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Économie / Dossier economique

Mohand Amokrane Nouad, consultant en agronomie, à “Liberté”

“Les circuits de distribution sont désorganisés”

Consultant en agronomie, expert auprès de l’Onudi, ce spécialiste  explique dans cet entretien  qu’en Algérie l’organisation des marchés des produits n’obéit pas globalement à la loi de l’offre et de la demande.  

Liberté : L’organisation du marché des produits agricoles (distribution, prix, contrôle, normes…) est défaillante. L’anarchie s’en est emparée. À quoi cela est-il dû, selon vous ?
Mohand Amokrane Nouad : Les circuits de distribution des produits agricoles sont désorganisés. Le citoyen n’est pas protégé contre les flambées périodiques des produits agricoles de large consommation. Le poids de l’informel dans certaines filières sensibles, la main des spéculateurs, les rétentions de produits, les défaillances de la chaîne de froid font que les prix augmentent de façon sensible au détriment des consommateurs.
Le morcellement des terres, la jachère qui occupe une bonne partie de la surface agricole utile sont également deux handicaps qui expliquent cette volatilité des prix. L’agriculteur, son rôle consiste à vendre sa production au niveau de la ferme. Sa contribution reste très faible dans la fixation des prix. L’intermédiaire, c’est le maillon fort de la chaîne, il contrôle l’amont et l’aval du marché, il fixe le prix à la ferme et le prix sur le marché de gros.
La prolifération de ces intermédiaires qui effectuent des reventes successives d’un même produit est un phénomène qui influe sur les niveaux des prix. L’organisation des circuits de distribution résulte de l’état de développement des différentes filières de productions et qui n’est pas sans conséquence sur le pouvoir d’achat des citoyens. Dans cette situation, seul le dynamisme des associations de consommateurs, les pressions des professionnels et le bon comportement des ménages pourraient réguler et normaliser le marché des produits agricoles.
Pour pouvoir mettre un terme à cette anarchie sur les marchés agricoles, le gouvernement a fait un arrêté ministériel (avril 2008) portant sur les conditions d’implantation et de fonctionnement des marchés de gros des fruits et légumes. Cette implantation est timide et elle n’a pas eu l’effet escompté. La majeure partie des marchés existants se résume en des terrains vagues sans infrastructures et sans contrôle.

 De tous les produits agricoles, les viandes (rouge et blanche) flambent démesurément pendant le mois de Ramadhan. Pourquoi, selon vous, l’État n’arrive-t-il pas à organiser cette filière et à rendre les prix de la viande relativement raisonnables ?
Le Ramadhan de cette année ne déroge pas à la règle en matière de hausse des prix des années précédentes, notamment pour les viandes rouges et blanches. Les raisons de cette hausse est que la forte demande durant les premiers jours de chaque Ramadhan était à l'origine de cette flambée qui s’estompe et redevient normale dès la deuxième semaine de ce mois sacré. La loi de l’offre et de la demande explique en partie cette flambée des prix pendant le Ramadhan et des spéculateurs qui profitent de l’aubaine.
L’autre raison est le fait du comportement des consommateurs algériens d’acheter à n'importe quel prix et l’adaptation du marché pendant ce mois. Cette hausse est expliquée par la forme du circuit de distribution des viandes. Les circuits longs, correspondant à une vente par l’intermédiaire de négociants, grossistes et distributeurs, sont les plus répandus. Les circuits courts, correspondant à une vente sans intermédiaire entre le producteur et le détaillant, sont peu répandus ; alors que les circuits directs, correspondant à une vente sans intermédiaire, du producteur au consommateur, sont rares.
En Algérie, l’organisation des marchés des produits n’obéit pas globalement à la loi de l’offre et de la demande, car les mécanismes de négociation et de formation des prix sont moins connus. Dans le souci aussi de sauvegarder le pouvoir d’achat des consommateurs algériens durant le Ramadhan, le ministère du Commerce procède à des contrôles plus stricts de la qualité des produits de base et de leur prix. Avec le potentiel que recèle notre pays pour le développement de la filière viandes rouges, plus de 25 millions de têtes ovines, plus d’un million et demi de bovins et 4 millions de caprins et plus de 300 000 camelins et un espace sylvopastoral de plus de 30 millions d’hectares, tout ceci lui confère un statut de pays producteur de viandes rouges, notamment ovines, et on devrait plus songer à exporter que de parler de manque. L’Algérie est classée comme un pays producteur potentiel de viande du mouton. Pour réhabiliter cette filière et qu’elle reprenne sa position, il y a lieu de la réorganiser et de la remettre dans son contexte de production initiale, à savoir le développement du système de production “association élevage-céréales”.

Quel est le chaînon manquant dans le marché des produits agricoles ?
L’activité de production de produits agricoles dépend de ressources naturelles telles que la terre et l’eau, et que la production agricole est liée à des facteurs aléatoires telles les conditions climatiques.
Par nature, les marchés agricoles doivent assurer l’adéquation entre une demande rigide et une offre qui est fluctuante, puisqu’elle résulte de la nature et de ses caprices. Le marché est un facteur déterminant dans le bon fonctionnement des filières et leur stabilisation. Les caractères spécifiques de l’offre et de la demande des produits agricoles ont depuis longtemps été soulignés comme facteurs d’instabilité des marchés entraînant des fluctuations considérables des prix. La régulation des marchés agricoles est une résultante de la politique agricole.
Un problème dans la régulation des marchés agricoles est un indicateur déterminant de la politique entreprise. Cette situation interpelle les institutions pour la mise en place d’un système de régulation à même de mettre le producteur et le consommateur à l'abri de ces aléas, qui se manifestent selon les périodes par des prix hors de portée du consommateur moyen ou le bradage du produit avec les déficits qui en découlent. Pour les chaînons manquants, ils sont de trois ordres :
- Le développement des marchés de gros : la mise en place de véritables marchés de gros va permettre une réelle confrontation de l’offre et de la demande aboutissant à la réalité des prix. - La multiplication des marchés de proximité pour juguler la hausse des prix à la consommation.
- La mise en place de coopératives de services : l’absence de coopératives de commercialisation, coopératives qui pourraient permettre aux producteurs de mieux valoriser leurs produits en offrant un interlocuteur unique aux différents négociants et en mettant en place un système d'information rapide sur les prix pratiqués sur les marchés de consommation.
La dynamisation du Conseil de la concurrence afin de garantir le libre jeu d’une concurrence saine et loyale entre les opérateurs et de préserver le pouvoir d’achat du consommateur. La réduction du commerce informel et le renforcement des circuits de distribution. La mise en œuvre du décret obligeant les agriculteurs à fournir un document renseignant sur l'origine, la quantité et le prix de leurs produits vendus sur les marchés de gros et de détail. Cette démarche devrait faciliter aux services du ministère du Commerce le contrôle des marchandises, notamment sanitaire, et le suivi de la traçabilité du produit agricole depuis la phase de production jusqu'à son arrivée au consommateur. Ce mécanisme permettra de réduire le nombre de commerçants illégaux au niveau des marchés de gros et la spéculation, la difficulté à suivre la traçabilité des produits agricoles étant parmi les causes à l’origine de l’anarchie qui entrave l’organisation de ces marchés.


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