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Économie / Dossier economique

M.Cherif belmihoub, Professeur en gestion à propos du nouveau modèle économique

“Manque de clarté, de précision et sans transparence”

©Yahia Magha/Liberté

Dans cet entretien, le spécialiste de l’économie nationale tente d’analyser les résultats de la 19e tripartite.

Liberté : Quelle est la pertinence du nouveau modèle économique présenté en tripartite dans un contexte de baisse des revenus financiers du pays ?
Cherif Belmihoub :
L’événement majeur de ce début du mois de juin a été l’organisation de la tripartite (gouvernement-syndicat-patronat). Les résultats de la rencontre étaient très attendus par l’ensemble des Algériens, car il s’agit de l’avenir de l’économie nationale et de sa sortie de crise dans laquelle elle s’est embourbée depuis plus d’une année. Au moment de la préparation de la tripartite, un seul sujet retenait l’attention : l’annonce par le gouvernement du nouveau modèle économique. L’objectif était donc très fort et même alléchant et provocateur ; alléchant parce qu’on pensait que finalement l’ancien modèle bâti sur les hydrocarbures est dans une impasse et ne peut continuer à fonctionner ; bien au contraire, il devient même dangereux pour l’économie nationale (fuite en avant, déficits chroniques, inefficience systémique…) ; provocateur parce que les qualificatifs utilisés sont aussi très forts : modèle, et donc on attendait une élaboration des paramètres et des variables sophistiquées et une implémentation tout aussi raffinée.
Au final, nous avons eu droit (les informations diffusées) à quelques idées devant servir de base pour la transformation de l’économie. Trois idées sont mentionnées dans le communiqué final : une adéquation des politiques publiques et sectorielles ; une rénovation de la gouvernance économique et l’émergence des facteurs de marché.
Ces idées sont tellement vagues qu’on pourrait produire n’importe quel modèle ou plus modestement politique économique. Rien n’est dit sur la situation actuelle des finances publiques et des comptes nationaux et le volume des déficits ; rien n’est dit sur la structure de l’économie productive et sa compétitivité.
Sans dresser l’état des lieux, on ne peut pas construire de nouvelles orientations économiques. Le manque de précision dans les nouvelles “orientations” n’est pas de nature à mobiliser les acteurs et la société dans son ensemble autour des nouveaux choix.

Quel sens alors donner à cette nouvelle politique économique ?
On peut donner du contenu à ces idées en faisant des lectures positives et contextuelles ; ainsi on peut interpréter adéquation des politiques publiques et sectorielles par une politique de rigueur dans la dépense publique par son orientation et son efficience ; donc il s’agit principalement de la question des subventions dans le futur cadrage budgétaire ; comme on peut interpréter rénovation de la gouvernance par une nouvelle orientation sur la gestion du secteur public marchand et bancaire, voire même sa privatisation, il s’agit aussi du climat des affaires.
L’émergence des facteurs de marché peut signifier une nouvelle orientation de la régulation économique, dont le marché sera le référentiel pour toutes les sphères de l’économie : marché des biens et services, marché financier et marché monétaire. Vues sous cet angle, les annonces de la tripartite peuvent avoir un sens si des décisions économiques et des politiques publiques seront mises en œuvre pour amorcer la nouvelle politique économique. Mais pourquoi on n’aime pas appeler les choses par leur nom ? La bonne gouvernance c’est, entre autres, la clarté et la transparence des choix et des décisions publiques.

Après la décision de la tripartite de mettre fin à la retraite anticipée, pensez-vous qu’il faudrait aller plus loin dans le réaménagement de l’actuel régime de retraite ?
Le système de protection sociale est globalement équilibré aujourd’hui, mais le segment “retraite” est déficitaire depuis déjà plusieurs années, et c’est grâce à une contribution de 2% calculée sur les recettes des hydrocarbures que la caisse maintient une trésorerie suffisante pour verser les pensions. Aujourd’hui, il devient impératif de revoir les grands principes sur lesquels est bâti le système de protection sociale, car sa pérennité, qui est indispensable, dépend de ses équilibres d’aujourd’hui et de demain. L’âge de la retraite dépend de plusieurs paramètres pour justement garantir sa survie : la structure de la démographie, la population active, la population retraitée, la croissance économique, l’espérance de vie, etc.
Ces dernières années, ces données ont beaucoup changé : le rapport retraités/population active a chuté au dessous de 1/5 (ce dernier est un rapport universellement admis pour assurer un équilibre), l’espérance de vie a significativement augmenté (autour de 76-78 ans) et la contribution de l’État a baissé par l’effet du choc pétrolier ; tous ces indicateurs militent pour une révision de l’âge de départ à la retraite.
Mais au-delà de l’allongement de l’âge de départ à la retraite, c’est le nombre d’années de cotisation qui doit être revu. Ici aussi, il faut que les régimes spéciaux de la retraite soient intégrés dans la réforme pour garantir un minimum d’équité et une solidarité intra-système national de protection sociale. La question de l’informel revient avec force dans le dossier du régime de retraite et du système de soins aussi ; car aujourd’hui, les non-cotisants bénéficient des mêmes prestations que les cotisants, alors que souvent les premiers ont des revenus beaucoup supérieurs aux seconds. Les questions de justice sociale, d’équité, de solidarité doivent être les leviers pour la refondation du contrat social dans lequel se situe le système de protection sociale.

K. R.


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