Économie / Dossier economique

Rente pétrolière, consommation, investissements, partenariat...

Nordine Aït-Laoussine dresse un état des lieux sans concession

©D. R.

Quarante-six ans se sont écoulés depuis la nationalisation des hydrocarbures en Algérie. Nordine Aït-Laoussine, ancien ministre de l’Énergie, dans une analyse sans concession, souligne ce que le pays a réussi à faire. Il explique également ce en quoi il avait échoué. Qu’en est-il du développement économique et social qui constituait la finalité de la stratégie définie au lendemain de l’indépendance, notamment des mesures de nationalisation de 1971 ? L’état des lieux, note-t-il, nous révèle, hélas, que nous sommes encore loin du but malgré les progrès considérables réalisés en matière d’alimentation du marché national, que ce soit pour les carburants, le gaz naturel et l’électrification massive du pays à des prix largement subventionnés.
Notre économie est, rappelle-t-il, loin d’être diversifiée. Et de détailler : les données établies avant l’effondrement des prix à partir de l’été 2014 montrent, en effet, que les revenus tirés de nos exportations d’hydrocarbures ont représenté, en moyenne, près de la moitié de notre produit intérieur brut (PIB), comparés à 25 % en Norvège (le bon élève en la matière), par exemple. Et, qu’ils ont constitué, en moyenne, 95 % de nos exportations totales, comparés à 50 % en Norvège. Force est de rappeler que si, dit-il, nous avons gagné la bataille du contrôle de nos richesses en hydrocarbures ainsi que la bataille de la récupération et de l’augmentation de la rente pétrolière, nous avons perdu celle du recyclage effectif et de l’utilisation efficace de cette rente. Selon lui, l’effet de diffusion et d’entraînement attendu de l’exploitation massive de nos hydrocarbures par le biais du recyclage de la rentre pétrolière n’a donc pas joué. Ainsi, à  partir des années 1980, la rente a été, observe-t-il, presque exclusivement canalisée vers le soutien de la consommation aux dépens de l’investissement productif et de la diversification de l’économie nationale. C’est, ajoute-t-il, au début des années 2000 que les méfaits de l’économie rentière ont commencé à être dénoncés et que la référence à la “malédiction du pétrole” a gagné du terrain, plus particulièrement à l’occasion du débat national sur le projet de loi sur les hydrocarbures de 2003. Nordine Aït-Laoussine n’apprécie pas ce projet de loi. Et, il le fait savoir. Le ministre dissèque d’abord ce en quoi il consistait : “Le projet de loi proposait une démonopolisation du secteur, la libéralisation des prix sur le marché intérieur et une redéfinition des missions de la Sonatrach en vue de son éventuelle privatisation qui, heureusement, n’a pas eu lieu”. Dans l’histoire de notre industrie pétrolière, affirme-t-il, jamais un projet de loi n’avait suscité autant de controverses et de réactions aussi tranchées de la part, autant des forces politiques du pays que du syndicat des travailleurs et même des milieux favorables au passage à l’économie de marché. Nordine Aït-Laoussine souligne, dans un autre registre, qu’au train où vont les choses, c’est-à-dire au rythme actuel de notre production (de l’ordre de 200 MTEP), le solde des réserves disponibles (environ 4.3 milliards de TEP selon Sonatrach) sera totalement épuisé en l’espace d’une génération. Quid du partenariat ? L’ancien ministre de l’Énergie analyse que le partenariat souhaité avec les sociétés étrangères pour la relance de l’effort ne peut se faire que dans le cadre d’un accord équilibré qui tienne compte des transformations fondamentales qui s’opèrent dans l’industrie pétrolière mondiale. Avec l’effondrement du prix du pétrole et la réduction drastique de leur budget d’investissement, poursuit-il, ces sociétés deviennent plus sélectives dans le choix des opportunités disponibles à travers le monde, notamment dans les pays qui ont modifié leur législation pétrolière - ou sont en voie de le faire - pour la rendre plus attrayante pour le privé étranger tels que le Mexique, l’Iran ou la Russie. Nous devons, recommande-t-il, proposer à nos partenaires un cadre compétitif, non seulement en termes de fiscalité pétrolière, mais aussi en termes de sécurité de leurs investissements et de fluidité du processus de décisions de l’environnement administratif.

Y. S.