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Économie / Dossier economique

Mohamed SaÏb Musette, expert au Cread, à “Liberté”

Une “crise de confiance s’est installée”

© D.R.

Mohamed Saïb Musette, expert au Cread, et Editor en chef des Cahiers du Cread, estime, dans l’entretien qui suit, que la priorité des priorités est celle de la gouvernance, avec l’inclusion des normes d’évaluation et de la redevabilité des responsables.

Liberté : Quelle est votre appréciation de la situation qui prévaut aujourd’hui sur le front social ?
Mohamed Saïb Musette : La situation aujourd’hui sur le front social est la suivante : la société se réveille après un long repos (les vacances d’été et le Ramadhan). Elle n’a pas  subi encore l’électrochoc attendu suite à l’impact de la crise pétrolière sur l’économie. Les premières manœuvres d’ajustement sont légères mais ont induit déjà des effets négatifs sur le pouvoir d’achat des ménages. Baisse du pouvoir d’achat signifie aussi réduction de la consommation et plus de pauvres. Ce choc est attendu. Toutes les mesures “anticrise” ne sont pas encore mises en œuvre. Ces recettes sont connues. Quelques-unes figurent déjà dans la future loi des finances 2017. Les autorités algériennes semblent avoir compris un peu tardivement (mieux vaut tard que jamais) que la manne pétrolière ne peut durer. Il est connu que toute manne recèle une part de cécité. Une nouvelle réalité s’impose à tous. Le monde du travail va ainsi subir les contrechocs de cette crise. Les partenaires sociaux s’organisent et s’observent. Notre économie résiste encore mais demeure fragile. Il faut admettre que l’adoption de l’éthique dans l’enseignement supérieur,  dans l’éducation nationale est un signe de maturité. Les règles d’éthique sont indispensables, mais non suffisantes. L’application devant réguler les conduites à tenir reste à prouver.
 
La retraite anticipée fait toujours polémique. Elle figure parmi les grands dossiers de l’heure. Quelle lecture en faites-vous ?    
La question de la retraite anticipée est effectivement un dossier sensible. Tout le monde du travail est concerné. Ailleurs, même les jeunes lycéens sont sortis dans la rue avec les travailleurs ! Ce n’est pas le dossier le plus important. Le salariat est en train de connaître des mutations. Il y a eu quelques années de flottement. La dominance de la flexibilité de l’emploi signifie que l’emploi à vie n’est plus la règle. Certains postes de la Fonction publique sont déjà externalisés. D’autres suivront. Le dossier le plus important, à mon avis, est le Code du travail en discussion depuis des années. La retraite anticipée n’est ainsi qu’une question comptable. Le dossier de l’économie informelle est encore plus explosif. Les récents résultats de l’enquête emploi de l’ONS (avril, 2016)  attestent une baisse du taux de chômage. Ce qui est apparemment un contre-sens dans une situation de crise. Cette baisse est conjoncturelle. Elle est aussi expliquée, à mon avis, par la hausse des NEET, notamment des jeunes (15-24 ans) qui semblent s’auto-exclure de toute activité. NEET est un nouvel indicateur, retenu par l’Agenda des Nations unies pour 2030. Il s’agit notamment des jeunes (15-24 ans) qui ne sont ni à l’école, ni en formation ni sur le marché du travail.
 
Quel est, selon vous, l’ordre des priorités aujourd’hui, au plan social ? Faut-il commencer par mettre de l’ordre dans la politique des subventions, par exemple ?
La révision de la politique des subventions semble être priorisée par les économistes et le FMI dans son dernier rapport sur l’Algérie. Elle comporte des risques sur le plan social. L’impact d’une réduction des subventions actuellement coûterait plus cher à l’Algérie. La réduction des inégalités sociales ne se fait pas sans heurts, sans affrontements. La priorité des priorités est celle de la gouvernance, avec l’inclusion des normes d’évaluation (selon des standards internationaux) et de la redevabilité des responsables. Toutes les politiques publiques doivent faire l’objet d’une évaluation “externe”. Une crise de confiance (au sens de Giddens) s’est installée depuis longtemps au sein de la société. Ce climat  risque d’atteindre son apogée dans les années à venir, avec encore plus de  désengagement. Cette position n’est pas inactive. Elle est simplement imprévisible. Tout n’est pas pour autant noir. Toute société dispose des capacités de se prémunir contre les risques mettant en danger son équilibre. Elle peut même se stabiliser dans l’instabilité, comme mode de vie. L’économie sociale tend à maintenir un certain équilibre des forces. Quelques initiatives des jeunes (notamment) indiquent un réel espoir quant à l’avenir de l’Algérie. Les ressources humaines constituent ainsi la richesse la plus importante pour le rétablissement de la confiance.


Y. S.


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