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A la une / Dossier

Me Miloud Brahimi à propos de la réinstauration de la peine de mort en Algérie

“C’est un débat inapproprié”

©Billel Zehani/Archives Liberté

Avocat et ancien président de la Ligue algérienne des droits de l’Homme (Ladh), Me Miloud Brahimi est un abolitionniste convaincu. Dans cet entretien, il explique pourquoi l’Algérie ne peut pas revenir sur la ratification du moratoire de 1993, gelant la peine de mort. Bien au contraire, après le drame de la petite Nihal, il souhaite carrément l’abolition de cette peine.

Liberté : Le drame de la petite Nihal réengage le débat sur le rétablissement de la peine de mort ? Quel commentaire faites-vous ?
Me Miloud Brahimi : Je pense que c’est un débat inapproprié qu’il faut absolument éviter dans une période marquée par l’émotion. Il faut laisser la famille faire son deuil et ne pas rajouter à son malheur par un débat qui n’a pas lieu d’être en ce moment. S’il doit y avoir débat, ce doit être dans un climat apaisé. Car en pareilles circonstances, les gens ont tendance à réagir par le fait du sentiment plutôt que celui de la raison. Pendant la décennie rouge, il y a eu des crimes de masse qui ont touché femmes et enfants, et les terroristes qui les ont commis l’ont fait non pas sous l’effet d’une quelconque émotion, mais pour des raisons politiques ; ce qui est, à mon sens, plus grave.
Et lorsque le moratoire a été ratifié en 1993, je me souviens qu’aucune voix ne s’était élevée pour s’y opposer. Mon souhait est que, dans ce drame, l’Algérie montre, encore une fois, la voie de la sagesse, comme elle l’a fait par le passé, et procède carrément à l’abolition de la peine de mort. La loi du talion, œil pour œil, dent pour dent, remonte aux origines de l’humanité. Une humanité qui a évolué depuis.

Les islamistes, connus pour être favorables à la peine de mort, participent activement au débat…  
Ils étaient les premiers à profiter du gel de la peine de mort. Lorsque le moratoire a été ratifié, ils n’ont pas réclamé œil pour œil,  dent pour dent, alors que des gens de leur mouvance avaient tué femmes et enfants. Personnellement, je m’inscris dans une démarche humanitaire et non pas religieuse. Et si nous devons voir de quel côté progresse la modernité, les choses sont claires à mon avis.   

Le RND qui n’est pourtant pas un parti islamiste, réclame, lui aussi, la levée du gel de la peine de mort…  
Je suppose que la section RND de la wilaya de Tizi Ouzou a agi sous l’effet de l’émotion. Et c’est triste de voir un parti qui se réclame moderniste réagir de la sorte. Mais je ne perds pas espoir de les voir revenir à la voie de la sagesse.

Il y a aussi, à l’exemple de Me Farouk Ksentini, ceux qui réclament l’exclusion de certains cas du moratoire ?  
Un moratoire, soit nous sommes pour, soit nous sommes contre. Nous ne pouvons pas être pour certaines exécutions et contre d’autres. Il suffit d’une seule exécution pour que le moratoire ne soit plus.
Il ne faut pas oublier que l’Algérie a travaillé à universaliser le moratoire dans le cadre des Nations unies. Le président Abdelaziz Bouteflika avait lui-même indiqué en 2003, à l’Union européenne, à Bruxelles, qu’il était favorable à l’abolition de la peine de mort et qu’il attendait que le contexte du terrorisme cesse en Algérie pour le faire.
Quels pourraient être les risques si jamais la peine de mort était réinstaurée en Algérie ?
Qui sait si nous n’allons pas l’utiliser pour éliminer un adversaire politique ?

Entretien réalisé par :  Mehdi Mehenni

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