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A la une / Dossier

Fatiha Gas, signataire de l’appel des 41 musulmans du JDD

“Je ne vois pas de lien entre le burkini et l’islam politique”

Fatiha Gas est directrice du campus de Paris de l’École d’ingénieurs ESIEA (École supérieure d’informatique, électronique, automatique). Elle est docteur en informatique et a créé un laboratoire de recherches sur les réseaux et les systèmes d’information. Elle est par ailleurs membre du Bureau Femmes en numérique qui agit pour la promotion de l’accès des femmes et des jeunes filles aux TIC. Elle codirige également l’association Les Entretiens de l’excellence, qui vise à encourager les jeunes des banlieues à entreprendre des études et des parcours d’excellence. Mme Gas a reçu le 27 juin dernier la médaille de chevalier de l’ordre du Mérite pour son engagement au service de la diffusion des connaissances en TIC.

Liberté : La diversité est mise à mal actuellement en France, à travers la stigmatisation prononcée des musulmans. Comment réagissez-vous à cela ?
Fatiha Gas :
Le plus gros problème, selon moi, est l’amalgame que l’on fait aujourd’hui en France entre des gens qui tuent à tout-va en tirant prétexte d’une croyance qu’ils ont réinventée et qu’ils veulent imposer à tous et les vrais musulmans, qui comme vous et moi, vivent leur religion dans le cadre privé. À mon sens, la religion doit rester une affaire personnelle et exprimer la liberté de chacun. Je ne me définis pas, moi-même par ma religion, mais par ma personne, ma citoyenneté. Je suis une citoyenne française d’origine algérienne. J’ai la double nationalité. Et en aucun cas, je ne voudrais qu’on me présente comme une musulmane.

Quel regard portez-vous, de ce point de vous, au violent débat suscité actuellement par l’affaire du burkini ? Manuel Valls a qualifié cet habit de signe d’asservissement de la femme...
Pour moi, c’est simple. Le port du burkini ou plus globalement du voile islamique est soit un choix personnel et exprime la façon qu’ont celles qui le portent de montrer qu’elles pratiquent l’islam et croient en Dieu. Dans ce cas-là, on ne peut pas reprocher à celles qui ne le portent pas d’être moins musulmanes. Car, c’est aussi un choix d’être musulmane et de ne pas vouloir le montrer. Dans d’autres cas, le port des tenues dites islamiques relève d’une contrainte. Le voile ou le burkini sont imposés aux femmes par la communauté, par l’environnement. Certaines le portent, car on leur a dit que l’islam en fait une obligation. Évidemment, je ne peux pas cautionner cet état de fait, car il représente un motif d’aliénation de la femme.

Comment qualifiez-vous dans ce cas les décisions d’interdiction du port du burkini sur les plages ?
Je ne comprends pas qu’on puisse faire le lien entre le burkini et l’islam politique. Pourquoi maintenant alors que ce vêtement est vendu depuis 2004. Si le burkini est un signe de militantisme, le voile qui est, lui, autorisé, l’est aussi alors. Si on interdit le burkini, on doit donc faire de même avec le voile. Cette affaire exprime parfaitement l’amalgame entre l’islam et l’islamisme politique. En quoi les femmes qui ont choisi de porter le burkini sont-elles différentes de celles qui ont un voile et qui sont tolérées ? Et puis, il faut aussi penser que ces femmes ayant adopté le burkini, et qui ne sont pas très nombreuses après tout, sont un peu comme nous qui choisissons d’aller à la plage en portant des sous-vêtements mais qui vont dans l’eau.

Ne craignez-vous pas justement que la situation ne dégénère et qu’on se mette a traquer chez les musulmans tous les signes qui peuvent trahir leur appartenance religieuse, le voile, puis la barbe ?
Évidemment que oui. Le risque est là. On a déjà demandé à des femmes sur la plage d’ôter leur voile. Personnellement, je ne suis pas pour le burkini et le voile islamique, mais je n’y suis pas opposée par principe. Je suis d’accord qu’on prenne des décisions d’interdiction si réellement ces tenues représentent un signe de radicalisation et une menace à l’ordre public. Si ce n’est pas avéré, il n’y a aucune raison de les interdire. Dans ce cas, il faudrait aussi interdire aux bouddhistes de se balader avec leur tenue orange sur les plages. Il y a des bonnes sœurs. Il y a des prêtres.
Tous ces gens-là ont choisi de montrer leur appartenance à une communauté religieuse. Mais ils le font et c’est important de le dire, de manière libre et sans vouloir l’imposer à quiconque, comme c’est quelque fois le cas, dans la communauté musulmane.

Comment expliquez-vous justement le rigorisme de plus en plus apparent affiché par les musulmans de France ?
Il y a une espèce de radicalisation qui est en marche, un repli communautaire parce que les Maghrébins ne trouvent pas leur place dans la société. Certaines femmes portent le voile parce qu’elles sont obligées de le porter. Ce n’est pas toujours un choix personnel. Dans certaines cités, les jeunes filles non voilées se font siffler. Elles sont insultées. La pression de l’entourage est si forte qu’elles finissent par céder.

Vous avez cosigné, il y a quelques semaines, un appel dans le Journal du Dimanche (JDD) pour la réforme de la pratique de l’islam en France auquel ont été associées 41 personnalités musulmanes d’horizons professionnels divers. Pourquoi ?
Pour justement mettre un terme à toute cette histoire d’amalgame. Pour un Français lambda, aujourd’hui, l’islam c’est Daech, les gens qui tuent, les gens qui vous forcent à vous habiller avec des tenues qui vous enferment, qui demandent aux hommes de porter la barbe, d’aller obligatoirement à la mosquée tous les vendredis. Or, cette représentation complètement éhontée nous porte préjudice. Nous (les signataires de l’appel, ndlr) sommes une communauté d’amis de culture musulmane. Nous ne sommes pas forcément pratiquants. Nous en avons marre de cet amalgame qui met tout le monde dans le même sac. Alors qu’il y a des gens qui travaillent et brillent par leurs compétences.

Mais ces gens-là ne sont pas forcément visibles…
Ils ne sont pas visibles parce que dans la République française, la religion est une affaire privée. En tant que musulmane, j’ai complètement intégré ce principe. Je ne veux pas discuter de ma religion dans l’espace public. Cela ne regarde personne que moi. Ce qui doit prévaloir dans le débat public est la citoyenneté et le respect des principes de la République. Je suis d’abord une citoyenne française avant d’être une musulmane. Je ne veux pas qu’on me présente comme une musulmane. Ceci résume l’esprit de l’appel que nous avons lancé dans les colonnes du JDD.

Entretien réalisé par : S. L.-K.


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