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Mustafa El Sagezli, directeur du Programme libyen pour la réintégration et le développement

“L’absence d’une alternative laisse les jeunes attachés aux armes”

© L. Menaceur

Mustafa El Segzeli est directeur du Programme libyen pour la réintégration et le développement. Il est originaire de Benghazi, mais il a été contraint de fuir vers Tripoli après avoir échappé aux incendiaires de sa maison qui lui reprochait son opposition à la dictature militaire du général à la retraite Khalifa Haftar. Dans cet entretien qu’il a accordé à Liberté, il dit que l’expérience de l’Algérie au lendemain de l’indépendance peut servir d’exemple dans son pays, pour réintégrer les jeunes miliciens libyens.

Liberté : En quoi les milices posent problème en Libye alors dans certains cas, sans leur présence, la situation aurait été pire dans beaucoup de régions libyennes ?
Mustafa El Segezli : La prolifération des armes et l’affaiblissement des institutions sécuritaires est derrière la multiplication des milices en Libye.
Certaines milices se sont formées pour lutter contre l’ancien régime de Mouammar Kadhafi en 2011 et d’autres sont nées après sa chute et la fin de la révolution pour se défendre, à l’ombre du vide sécuritaire. Les milices sont devenues maintenant un facteur d’instabilité et un frein pour la reconstruction de l’institution de l’Etat. C’est pourquoi il est urgent de procéder à leur démantèlement, puis à leur réintégration et à la récupération des armes en leur possession de telle manière à assurer la cohésion des institutions militaires et sécuritaires. Après, il faut leur donner une autre chance pour l’avenir, loin des armes et de la violence.

En tant que directeur du Programme libyen pour la réintégration et le développement, vous pourriez expliquer comment il faut procéder pour le démantèlement et le désarmement de ces milices ?
L’Algérie dispose d’une expérience édifiante après la guerre de Libération contre l’ancienne puissance coloniale française. Vous avez formé une armée avec les combattants qui ont participé à la guerre l’Armée de libération nationale, vous les avez honoré et constitué avec la colonne vertébrale de l’Armée nationale populaire. Aussi, chez nous, ce genre de programmes peuvent être bénéfiques et permettra la réintégration des hommes armés, y compris dans le domaine politique, parce que l’exclusion produit l’extrémisme et la marginalisation politique conduit à la dictature. L’absence d’une alternative laisse les jeunes attachés à la violence et aux armes.
C’est pourquoi je pense qu’il est nécessaire de réintégrer ces jeunes et les pousser à participer à la construction d’un État moderne, dans tous les domaines.

Quel est le nombre des milices actives en Libye ?
Leur nombre est très élevé et il est vraiment difficile de l’estimer, car certaines milices sont de dimension villageoise, tribale et régionale. Avec la prolifération des armes, chaque localité dispose d’une milice, formée par des jeunes de la région, et chaque groupe constitue une milice qui protège la région ou comble le vide sécuritaire. Autrement dit, les milices se comptent par centaines. Il revient au pouvoir local de les recenser et de définir leur nombre, afin de leur donner une autre alternative que les armes, les réintégrer dans les rangs d’une armée unie et de façon organisée. Certains membres de ces milices peuvent être réintégrés localement.


L. M.


 


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