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A la une / Dossier

Dr Youcef SaïghI Architecte-Urbaniste – Chercheur en Gérontologie et Handicap

“Le nombre des personnes âgées va dépasser celui des enfants de moins 15 ans”

Il n’existe malheureusement aucune réelle politique de prise en charge pour cette frange vulnérable de la société. ©D. R.

Dr Youcef Saïghi est un architecte-urbaniste qui s’est spécialisé en gérontologie et handicap. Avant de s’installer en France, il a fait l’essentiel de sa carrière d’enseignant universitaire, de chercheur et d’expert à Constantine. Son dernier travail de recherche est lié à la gérontologie et la ville.

Liberté : L’Algérie célèbre, à l’instar de la communauté internationale, la journée mondiale de la personne âgée. Pensez-vous que notre pays dispose d’une politique en direction de cette frange de la société ?
Youcef Saïghi : Pour vous répondre, il y a lieu au préalable de vous dire que la communauté mondiale s'est intéressée à la question du vieillissement et de la vieillesse à partir des années 50. C'est en 1982 à Vienne, en Autriche et sous les auspices de l'ONU, que s'est tenue la première assemblée générale sur le vieillissement de la population. Suivie en 1991 des principes des Nations unies pour les personnes âgées qui ont été adoptés par l’Assemblée générale. La date du 1er octobre fut retenue, dans ce cadre-là, comme Journée internationale de la personne âgée. En 2002, soit vingt années après, la seconde assemblée s'est tenue à Madrid, en Espagne, et de là est sorti le plan de Madrid qui fait appel aux nations d'introduire les questions des personnes âgées dans leurs programmes de développement.
L'Algérie avait participé et adopté tous les protocoles de ces événements. Afin de rendre compte de ses politiques, elle a mis sur pied, en 1999, le Conseil national de bien-être et de la protection des personnes âgées (CNBEPPA), dont la mission consiste en la prise en charge de tout ce qui a trait à cette catégorie de personnes, et ce n’est qu’en 2009 que la politique sociale de l’Algérie a mis en place une direction centrale au niveau du ministère chargé des personnes âgées. Après ce bref rappel, je vais essayer de répondre à votre question.
En Algérie, les personnes âgées sont absolument protégées par une batterie de textes. Le plus important reste la loi 10-12 de 2010 relative à la protection des personnes âgées qui est venue encadrer l’ensemble de la question. Dans ce cadre, le 27 avril de chaque année est institué journée nationale de la personne âgée. Sauf que, si la législation existe et elle peut même paraître pléthorique, comme elle existe pour les autres franges vulnérables de la société, néanmoins la réalité est tout autre. Les personnes âgées sont noyées dans la population et il n'y a aucune structure gérontologique destinée à la prise en charge des questions de la vieillesse et le vieillissement, à part la Caisse nationale des retraites (CNR), qui se charge de verser les 1,8 million de pensions. Pour une nation, la politique de prise en charge de la vieillesse et du vieillissement ne peut pas se résumer en une caisse de retraite. Aujourd'hui, les personnes âgées représentent 3,6 millions et seront plus de 9 millions en 2040. Avec cette tendance, le nombre des personnes âgées va dépasser celui des enfants de moins 15 ans. Alors, à ce titre, le vieillissement n'est-il pas en train de devenir un défi démographique à relever ?

Pensez-vous que la ville et le village algériens sont, aujourd’hui, adaptés pour accueillir nos seniors et leur assurer un cadre de vie agréable ou, du moins, non agressif envers eux ?
Qui n’a pas remarqué les personnes âgées dans nos villes, de plus en plus nombreuses, par leurs processions quotidiennes le long des rues, des voies et des allées, par leurs regroupements en squattant par-ci, par-là des espaces en guise de points de rencontres et de détente sous le soleil d’hiver ou à l’ombre durant le saison chaude, par leur rassemblement devant certains équipements, tels que les mosquées, les bureaux de poste, les mairies, les cabinets médicaux et de soins et j’en passe ? Nos villes et villages sont devenus hostiles aux personnes âgées, voire même dangereux pour elles. Nos aînés ont besoin de sortir, de ne pas rester confinés chez eux.
Pour eux, mettre les pieds dehors peut s’avérer un véritable parcours du combattant. Ils ont peur des chutes et des chocs par rapport aux obstacles rencontrés, aussi bien physiques que psychologiques. Aux obstacles personnels liés à la santé et à la fatigue s’ajoutent d’autres comme l’état de la voirie, des trottoirs et des routes défoncés ou squattés ainsi que les crevasses, les difficultés de traverser et les pentes non justifiées. Les obstacles d’ordre psychologique se résument dans l’agoraphobie, l’insécurité et l’insalubrité. Les personnes âgées, quand la parole leur est donnée, émettent le vœu de voir ces obstacles levés, de voir les espaces verts revalorisés et l’hygiène et la propreté un droit et un devoir. À ce jour, exception des cafés et des jardins non adaptés, les personnes âgées estiment qu’elles n’ont pas d’endroits réservés pour elles.

Aujourd’hui, en Algérie, peut-on vivre, financièrement parlant, à l’aise après 60 ans, et qu’en est-il des centres pour personnes âgées ?
C'est une honte de parler du montant de l’AFS versé aux personnes âgées sans ressources. Ils sont des centaines de milliers de personnes âgées qui vivent aujourd’hui en Algérie sans le sou. Pour les foyers pour personnes âgées que gère le MSNFCF, leur nombre total est de 36 centres répartis sur 29 wilayas et accueillant 2283 personnes âgées démunies et/ou sans attaches familiales. La mission de ces foyers est de leur garantir une prise en charge sociopsychologique appropriée et d'œuvrer pour toute action favorisant la réinsertion familiale des personnes âgées en situation d'abandon et d'assurer leur accompagnement. Quant aux 9 structures de Dar Errahma, elles ne figurent pas dans le tableau des foyers pour personnes âgées.

Un dernier mot ?
Comme chaque année, et depuis 1991, la commémoration de la Journée mondiale de la personne âgée se fait en comité restreint dans les centres de personnes âgées, souvent par des festivités présidées par le ministre ou les walis. Mais que représentent ces 2283 pensionnaires dans les foyers par rapport au 3,4 millions de personnes âgées ? Ils ne sont que 0,07% répartis sur 1541 communes du pays. En ramenant la personne âgée aux hôtes des foyers, l’Algérie, dans sa politique de solidarité, ne cherche-t-elle pas à favoriser l'arbre qui cache la forêt ?

M. K.


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