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A la une / Dossier

Abbas Bendali, consultant en média-marketing et directeur de Solis

“Les achats représentent une manne de plusieurs millions d’euros”

© D. R.

Pour ce spécialiste des habitudes commerciales et alimentaires des populations issues de l’émigration maghrébine, les achats de moutons pour l’Aïd sont une des facettes du marché du halal, qui représente 5,5 milliards d’euros par an.

Liberté : Le sacrifice du mouton est un rituel très respecté par la communauté musulmane en France. Que représente ce business ? Peut-on le chiffrer ?
A. Bendali : Près de 84% des originaires du Maghreb vivant en France métropolitaine déclarent fêter l’Aïd El-Adha et un peu plus de la moitié d’entre eux achètent un mouton ou un agneau pour cette occasion. Néanmoins, cette tradition est en pleine évolution. Si certains continuent à acheter des bêtes sur pieds et à sacrifier eux-mêmes l’animal, ils sont de plus en nombreux à acheter leur mouton de l’Aïd, sacrifié et prêt à consommer, auprès d’un boucher, d’une grande surface ou sur Internet. Il faut noter également que certains font directement un don financier pour acheter un mouton à l’étranger, en faveur par exemple de familles palestiniennes ou syriennes dans le besoin. L’ensemble des achats de moutons représente une manne commerciale de plusieurs dizaines de millions d’euros.  

Comment ce marché, et celui de la viande plus globalement, s’est développé au fil du temps en France ? Par qui est-il détenu ?
Près de 2 500 boucheries musulmanes maillent le territoire hexagonal avec une implantation au plus près de leurs consommateurs. Délégataires de confiance, de fait, pour la réputation halal des aliments carnés qu’ils proposent, ces commerces captent l’essentiel des achats.Ils offrent un large choix dans les viandes ou les abats, mettent en avant des prix dégressifs sur les achats en quantités et proposent de larges plages d’ouverture. Les deux dernières décennies ont été marquées par un essor important de ce type de commerce. Le dynamisme du négoce de la viande halal est à mettre au compte d’une demande en hausse, liée à l’évolution démographique avec l’arrivée à l’âge adulte des enfants des migrants d’origine maghrébine arrivés dans la 2e partie du siècle dernier et les apports migratoires des années 2000, provenant notamment de l’Afrique du Nord et de pays musulmans de l’Afrique subsaharienne. Leur clientèle se compose pour l’essentiel de ménages musulmans soucieux d’une alimentation respectueuse des préceptes de l’islam, et pour le complément, une clientèle non pratiquante mais sensible à l’argument de commodité et à des prix attractifs. Présentant à l’évidence encore des perspectives de croissance à moyen terme, ce secteur entame également une mutation avec le développement de rayons boucherie à la coupe dans certains supermarchés alimentaires indépendants, le développement de boucheries en réseau pour les entreprises les plus dynamiques et une offre commerciale “revisitée” lorsque les enfants reprennent le flambeau des parents arrivés à l’âge de la retraite.

Outre le sacrifice du mouton, quelles sont les autres habitudes de consommation de la communauté émigrée pendant les fêtes religieuses ? Sont-elles les mêmes que dans le pays natal ?
Le période du Ramadhan et sa spécificité sur le plan des comportements de consommation constitue de plus en plus un temps fort commercial en France. Le poids économique de cette période est loin d’être négligeable avec près de 350 millions d’euros dépensés par les ménages musulmans. Les industriels et les distributeurs intègrent de plus en plus ce temps commercial dans leur agenda promotionnel. La demande est forte et est entretenue par une offre plus abondante de produits dans les points de vente avec, de plus en plus, un soutien promotionnel visible à travers des mises-en-avant et des prospectus spécifiques de la part des distributeurs. Ce sont également des campagnes publicitaires ciblant les médias communautaires (radios, Internet…), voire utilisant les supports des grands médias, qui sont déroulées en amont et pendant cette période. Outre la viande, on retrouve dans le panier de la ménagère beaucoup de produits orientaux, liés au pays d’origine, comme les dattes, les feuilles de brick, le lait fermenté mais aussi les sodas des marques algériennes par exemple. Néanmoins, il faut noter une évolution des habitudes de consommation pour les foyers les plus jeunes pour des raisons économiques et sociologiques. Ils cuisinent moins que leurs parents et ont recours aux plats préparés comme la chorba ou la h’rira déshydratées, les boureks et les msemens surgelés.

Les modes de consommation des musulmans ont fait exploser le marché du halal. Quelle est sa part dans l’économie française ?
Avec un potentiel de 5 millions de consommateurs en France métropolitaine, le marché du halal est un secteur économique dynamique et conséquent aujourd’hui. Il représente 5,5 milliards d’euros, 4,5 milliards pour la consommation à domicile et 1 milliard pour la restauration hors domicile, notamment le snacking avec le développement des offres telles que les kebabs et autres sandwicheries. La part du marché halal est encore marginale dans l’économie française mais le secteur est dynamique. Il est entré aujourd’hui dans une phase de maturité. Outre les boucheries musulmanes, de grandes enseignes de la distribution ont développé leurs propres marques et sont en concurrence avec les marques des industriels. Il s’agit là d’un signe de la banalisation de ce marché avec la présence à la fois de grandes marques nationales, de marques historiques, de marques premier prix et de marques de distributeurs. Il y a encore du potentiel dans le développement de ce marché qui reste soutenu par une demande importante notamment en ce qui concerne les produits élaborés.


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