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A la une / Dossier

Noureddine Bouterfa, P-DG de Sonelgaz, à “Liberté”

“Les énergies renouvelables, une réalité en Algérie”

© Yahia Magha/Archives Liberté

Liberté : Lors de vos deux dernières sorties médiatiques, vous avez annoncé l’éventuel recours au financement international pour les projets d’investissement de l’entreprise et vous avez également relevé le caractère utopique du programme des énergies renouvelables. Peut-on connaître les véritables raisons qui vous ont poussé, M. Bouterfa, à vous exprimer de manière aussi franche et directe ?
N. Bouterfa : Que mes déclarations soient franches, elles l’ont toujours été. Je ne refuse pas le débat autour de questions qui touchent à l’avenir du pays à condition qu’on use d’arguments pertinents. J’ai toujours défendu les mêmes opinions et j’ai fait les mêmes déclarations par le passé. Rien n’est nouveau dans ce que j’ai dit. On semble oublier que je suis un chef d’entreprise, le premier responsable d’un groupe stratégique dont la santé financière et les différents métiers qu’il exerce sont essentiels pour accroître la dynamique économique du pays. En tant que responsable, j’ai toujours veillé à ce que les intérêts de Sonelgaz soient sauvegardés et que sa voix soit et continue d’être audible. Nous avons toujours milité pour que des solutions soient trouvées en harmonie avec la politique sociale de notre pays.

N’avez-vous pas reçu des garanties sur le plan financier de la part des pouvoirs publics pour pouvoir réaliser votre programme d’investissements ?
Les pouvoirs publics sont sensibles aux problématiques que je viens d’énoncer. J’aimerais vous rappeler que le groupe Sonelgaz engage de l’argent public. L’assemblée générale de Sonelgaz est composée de représentants de l’État. Ce sont des responsables qui connaissent les difficultés que nous rencontrons pour réaliser nos programmes et ils ont toujours trouvé des solutions pour que nous puissions les poursuivre. D’une manière ou d’une autre, les pouvoirs publics nous ont donné des garanties en nous permettant, à titre d’exemple, de nous financer auprès des banques publiques à long terme et avec des taux bonifiés. C’est encore le cas aujourd’hui où il y a lieu de trouver du financement à l’extérieur.
Je ne cesse de le répéter — et les pouvoirs publics en sont pleinement conscients —, le groupe Sonelgaz n’est pas un groupe comme les autres tant il est à la base de l’impulsion économique. Il y a une étroite et féconde imbrication de l’énergie et du tissu économique et social. Aussi, si nous voulons une prospérité économique et sociale, nous devons d’abord nous donner les moyens d’assurer la solidité économique et financière des entreprises énergétiques. Il s’agit là d’un impératif économique.

Les banques, qui ont l’habitude d’accorder des crédits à l’entreprise, ne sont-elles pas en mesure de le faire aujourd’hui ou c’est le montant du programme évalué à 1 100 milliards de dinars qui est trop important ?
Il ne s’agit pas de 1 100 milliards de dinars. Pour réaliser notre plan de développement à l’horizon 2025, il sera nécessaire d’investir, hors énergies renouvelables, plus de 5 000 milliards de dinars dont près de 4 200 milliards seront à la charge des sociétés du groupe Sonelgaz. Ce sont des montants très élevés si nous considérons les limites des capacités de financement de nos banques. Les 1 100 milliards de dinars que vous évoquez ne représentent que la somme que nous devons lever ailleurs que chez les banques publiques, et qui nous permettra de couvrir les ouvrages engagés et qui doivent être mis en service vers 2017-2018.

Sonelgaz est-elle éligible au financement international compte tenu de sa situation financière difficile marquée par un déficit certain ? Car, pour autant que l’on sache, une entreprise déficitaire ne peut ouvrir droit à des financements étrangers...
Il n’y a rien de très exceptionnel, rien qui soit surprenant à aller chercher un financement à l’international. Nous l’avons déjà fait par le passé et dans une période autrement plus critique. Je vous rappelle, à cet effet, qu’avant les années 2000, Sonelgaz avait financé une partie de ses investissements en recourant à la dette extérieure. À cette époque, Sonelgaz connaissait des difficultés de financement dues, également, au gel des tarifs. Nous sommes aujourd’hui, certes, déficitaires, mais le déficit est généré uniquement par les quatre sociétés de distribution dont les revenus sont régulés. Cela étant, toutes les autres sociétés de Sonelgaz sont bénéficiaires.
Par ailleurs, il faut prendre en compte d’autres éléments économiques. Le marché de l’électricité en Algérie est en pleine croissance. La demande en puissance (celle qui détermine les investissements en capacités de production) a connu un taux d’évolution moyen de près de 10% sur les trois dernières années et les prévisions pour les années à venir restent optimistes. Car, nous sommes un pays en développement et que la demande va continuer à croître aussi bien en surface qu’en profondeur. En conséquence, au-delà de toute autre considération, à tout moment, il nous faudra penser à ce que l’énergie, fournie en continuité et en qualité, peut apporter à l’économie et ce que, au contraire, elle pourra engendrer comme conséquences fâcheuses, comme manque à gagner, si elle fait défaut et si elle manque à son rôle d’alimenter l’essor économique. Aussi, c’est bien cette dynamique économique qui fait la solidité de notre groupe parce qu’elle est porteuse d’opportunités pour Sonelgaz de créer de la richesse et de l’emploi. Je pense aux opportunités qui nous sont offertes d’algérianiser la maintenance, de fabriquer localement les pièces de rechange, de localiser en Algérie des usines de fabrication d’équipements électriques de pointe, de développer le génie et l’expertise en matière d’engineering… Jumelés à la garantie directe ou indirecte de l’État, ce sont ces éléments qui rassureront les marchés financiers, aussi bien algériens qu’étrangers.
Il faut préciser enfin que nous irons non seulement à l’endettement extérieur, mais nous saisirons également toutes les opportunités sur le marché financier national que nous solliciterons d’ailleurs incessamment pour des emprunts obligataires.
Il reste évident que compte tenu de la situation des tarifs des sociétés de distribution, comme par le passé, une garantie directe ou indirecte de l’État sera nécessaire pour lever des fonds à l’extérieur.

Dans le cas où Sonelgaz ne réussirait pas à trouver les financements nécessaires, quel sort sera réservé à tous ses projets ?
Nous avons priorisé nos projets et nous allons tout mettre en œuvre pour les réaliser. Nous ne pouvons pas être un frein à l’essor économique du pays et sa dynamique dépend de l’énergie. Encore une fois, l’énergie est une question stratégique.

Pour des raisons techniques de faisabilité valables, vous avez remis en cause la réalisation du programme des énergies renouvelables dans les délais impartis. Peut-on comprendre par là que la concrétisation de ce programme est une utopie, tel que vous l’avez déclaré dans votre discours d’ouverture de la rencontre organisée par l’AIG ?
Je n’ai pas remis en cause le programme national des énergies renouvelables et je n’ai jamais dit que ce programme était utopique. Lors du 5e Symposium de l’AIG dont le thème était la technologie, je me suis exprimé en tant que P-DG de Sonelgaz et en tant que président du Comité algérien de l’énergie. En tant que tel, ma déclaration a porté sur les conditions techniques de réalisation de ce programme et sur ce que la technologie pouvait apporter pour le réaliser.
C’est dire que le caractère utopique, comme je l’ai affirmé, était lié à la technologie proposée pour atteindre un taux de 27% d’énergie renouvelable à l’horizon 2030 et ne visait pas le programme qui, lui, est dès à présent une réalité, puisque nous l’avons déjà engagé, et cette année, nous atteindrons plus de 380 MW de puissance mise en service. J’ai simplement dit qu’avec plus de solaire thermique thermodynamique avec stockage et moins de photovoltaïque et d’éolien sans stockage, nous aurons plus de chances d’atteindre notre objectif de 27%.
Je suis moi-même un fervent défenseur des énergies renouvelables mais à condition, je le répète encore, que leur durabilité soit assurée par le génie algérien. Il est indispensable que le génie algérien s’approprie toute la chaîne de fabrication des équipements de conversion. Cela n’aura aucun sens d’installer du renouvelable en recourant aux importations !

L’Algérie va-t-elle abandonner ou surseoir tous ces projets, du moins pour le moment ?
En aucune façon ! Nous avons déjà montré notre détermination à nous engager dans les énergies renouvelables. Hormis la mise en service de la ferme éolienne de 10 MW à Kabertene, nous réalisons depuis 2013 plusieurs centrales solaires photovoltaïques dont la capacité totale va atteindre 353 MWc à fin 2016. Ce qui portera la capacité installée à 388 MW en énergies renouvelables, soit le double de la puissance maximale appelée de l’Algérie de 1962. Ces réalisations feront de l’Algérie un des pays pionniers en Afrique. Encore une fois, nous ne militons pas contre les EnR, nous voulons que les investissements en EnR se fassent dans des conditions qui éviteraient à l’Algérie de perdre de l’argent.
Il faut savoir que la réalisation des fermes éoliennes et des centrales solaires sans stockage ne réduit en rien la nécessité d’investir dans les centrales classiques fonctionnant au gaz naturel. L’énergie intermittente sans stockage des énergies renouvelables sert à économiser du gaz naturel sans garantir la puissance. Voilà pourquoi nous insistons sur la nécessité d’investir dans le renouvelable avec stockage et sur la nécessité de s’assurer que les investissements en équipements renouvelables compensent bien les quantités de gaz exportées pour pouvoir justifier leur acquisition. Il faut surtout éviter de subventionner, par notre gaz naturel, les convertisseurs d’énergies renouvelables “importées”.

Quelles solutions préconisez-vous pour résoudre cette épineuse problématique ?
Pour le dire sans ambages, la stratégie de Sonelgaz dans ce domaine était claire. Elle reposait sur la domiciliation de la fabrication des équipements en Algérie et leur utilisation dans la construction des centrales solaires. Nous avions réussi à finaliser un premier projet de partenariat international et national, incluant l’Enie, qui devait nous permettre de produire en Algérie chaque année une capacité de 400 MWc en panneaux photovoltaïques. Autour de cette fabrication, il était prévu la fabrication par des entreprises algériennes du reste des équipements et accessoires. Cela nous aurait coûté annuellement un investissement de près de 100 milliards de dinars en centrales solaires. Du fait des arbitrages financiers, nous avons privilégié la sécurité d’alimentation de nos concitoyens en leur assurant la réalisation des centrales de production d’énergie classique, car indispensables avec ou sans renouvelables.

 


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