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A la une / Dossier

Dalila Iamarene Djerbal (Réseau Wassila), à “Liberté”

“Les victimes déposeront plainte si elles sont convaincues de la protection de la justice”

Notre interlocutrice ne se fait pas beaucoup d’illusion quand à l’impact de la nouvelle loi sur le phénomène de violences à l’égard des femmes. Elle est persuadée que les tribunaux ne seront pas pour autant débordés car les victimes n’ont pas l’assurance d’être protégées par la justice.

Liberté : Les dispositions du code pénal portant sur les violences faites aux femmes sont en vigueur depuis un mois. Pensez-vous qu'elles participeront réellement à freiner le phénomène ?
Mme Djerbal : Ces dispositions réaliseront ce que voudront les institutions et les personnes chargées de les appliquer, c'est-à-dire les juges et les magistrats. Quand vous dites “va-t-elle réellement freiner”  le phénomène, cela signifie, effectivement, qu’une loi est absolument nécessaire mais n’est pas suffisante, car une loi c’est le texte et son application. Toute atteinte à un citoyen doit d’abord être nommée, désignée, pour être condamnée. Or, la violence contre les femmes, particulièrement celle des proches, a toujours été considérée comme un “droit” de la population masculine, et les femmes une catégorie de citoyens sortant de la protection de l’État. Le rôle de la loi est de dire ce qui est interdit dans la vie en société, et la responsabilité de chacun. Si les victimes sont convaincues, dans leur parcours de dépôt de plainte, enregistrement, enquête, etc., jusqu’au verdict,  qu’elles seront protégées par la justice, elles iront déposer plainte. Si les agresseurs sont effectivement prévenus et sanctionnés, il y aura dissuasion pour les récidivistes et les agresseurs potentiels car la loi a une valeur d’exemple aussi. Il faut dire que des victimes ont toujours demandé réparation, sans toujours obtenir gain de cause, maintenant nous espérons que les victimes, au moins des atteintes les plus graves, vont demander protection de la justice.

De par votre expérience de militante pour les droits des femmes, est-ce que les victimes recourront systématiquement à la loi contre leurs agresseurs ou sont-elles encore davantage victimes des pesanteurs de la société ?
Dire “systématiquement”  est utopique. D’abord les victimes subissent de longues années cette violence avant de rechercher l’aide des proches, ensuite désespérées, et craignant pour leur vie et l’équilibre de leurs enfants, la protection de la justice. Ce n’est pas demain que nous verrons les tribunaux débordés, mais il est absolument nécessaire que les institutions Justice, Information, Santé, Solidarité, montrent concrètement que l’Etat est soucieux de la protection des citoyennes, et qu’il ne protège pas l’impunité des agresseurs.  C’est trop facile de tout mettre sur les “pesanteurs de la société” quand c’est d’abord à l’Etat de mettre en place les mesures d’accompagnement, pour que cette loi fonctionne, et garantir qu’il n’acceptera plus ces atteintes aux droits des citoyennes.

Avez-vous reçu des cas de femmes qui sont déterminées à aller en justice contre leurs conjoints ou proches et éventuellement d'autres qui ne peuvent pas le faire ?
Environ 20% des femmes victimes de violences qui nous sollicitent envisagent le recours à la justice, parfois sans aller jusqu’au bout de leur démarche. Elles connaissent leur droit, elles savent qu’elles méritent justice et respect, mais elles se rendent compte que le parcours judiciaire ne prend pas en compte leurs conditions concrètes, et qu’elles restent sans protection face aux représailles sous toutes leurs formes. Voilà où intervient le “pardon”, malheureusement, une perche encore tendue à l’agresseur. Souvent nous les accompagnons, selon leur décision, avec la crainte qu’elles soient déboutées, non pas qu’elles ne sont pas dans leur droit le plus absolu, des situations sont totalement effrayantes, mais parce que la justice est parfois injuste. Les citoyennes seront de plus en plus nombreuses à demander justice quand elles se sentiront protégées par la justice.


S. H.


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2 réactions
no passaran le 08/03/2016 à 10h56

Elle garda le silence, Murée dans sa prison. Le rouge de l’ivresse est devenu ma seule arme, pour sécher mes larmes.

Argaz le 08/03/2016 à 19h50

Dommage pour nous, pauvres hommes disgracieux qui se prétendent ne survivre que sur les cendres de notre décadence laquelle nous renvoie cette image que notre mémoire inculte ne fait qu'admettre. Dommage qu'au lieu de se réveiller de ce sommeil qui n'a que trop duré pour se rendre compte de notre réalité amère que ce qui fait avancer le monde n'est pas tant le fait de se mordre la queue mais de transcender ses querelles en se focalisant sur cet intérêt commun à vivre dans l'inclusion.

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