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Yacine Hebbache, poète-écrivain, parle de l’œuvre de Matoub Lounès

“Sa poésie est celle d’un visionnaire”

© D. R.

Yacine Hebbache, poète et écrivain, est diplômé en sciences politiques de l’université d’Alger. À partir de 2004, il commence à publier ses œuvres littéraires. Il est notamment l’auteur de “Feu d’amour, Feu de révolte” (poésie, 2004) et de “L’encre sacrée” (poésie, 2009), “Matoub Lounès, le chemin vers le mythe” (essai, 2019), dont il nous parle dans cet entretien.

Liberté : Vous venez d’éditer un livre intitulé Lounès Matoub, ou le chemin vers le mythe. Plusieurs ouvrages ont été consacrés à l’œuvre du Rebelle, quel est l’aspect que vous aviez traité ? 
Yacine Hebbache : Effectivement. Beaucoup de recherches ont été faites sur la vie et l’œuvre du Rebelle. Les auteurs qui se sont intéressés à la vie et à l’œuvre de Matoub sont nombreux. Il y a des ouvrages biographiques, il y a des anthologies de sa poésie avec traduction, il y a des travaux universitaires, etc. Pour ce qui est de mon livre, je tiens à préciser que j’ai essayé de faire une sorte de recherche approfondie portée sur les différents aspects de l’univers matoubien. On y trouve l’aspect biographique dans le deuxième chapitre intitulé “Un artiste au parcours exceptionnel”. Un chapitre qui retrace minutieusement la fascinante trajectoire de l’artiste depuis sa naissance jusqu'à sa tragique disparition un certain 25 juin 1998. Un autre aspect très important est traité aussi dans mon ouvrage. Il s’agit de l’analyse de ses textes poétiques dans leur contexte historique. Dans l’ensemble de six chapitres que comprend le livre, on y trouve les poèmes de Lounès insérés entre les paragraphes selon le contexte et selon le développement des thématiques.

Le troisième chapitre est la parfaite illustration de cet aspect analytique de mon travail. C’est dans cette partie du livre intitulée “Une œuvre foisonnante de vérité historique d’un messager populaire qui dérange” que le rôle de l’artiste engagé dans la conscientisation des masses populaires et dans la dénonciation des forfaitures commises dès avant l’indépendance du pays sont démontrées. C’est parce que Matoub justement dit ouvertement cette vérité historique occultée par les pouvoirs successifs qu’il est frappé de censure et de déni. Un des aspects les plus importants décortiqués dans l’ouvrage est peut-être celui qui a trait aux éléments ou aux caractères qui se sont réunis en le personnage de Lounès et qui l’ont inscrit dans la galerie des mythes et des héros d’où le titre de l’ouvrage Lounès Matoub, ou le chemin vers le mythe…

L’œuvre de Lounès attire de plus en plus la curiosité des chercheurs, pourquoi selon vous ? 
À mon sens, il y a deux choses principales qui font de Matoub et de son œuvre un objet de curiosité grandissante. La première, c’est la singularité et la perfection de son art. La deuxième, la férocité et la constance de son engagement. Une façon de dire que l’esthétique a bien consolidé, a bien accompagné la thématique, et vice-versa, dans la totalité de l’œuvre poético-musicale de notre artiste. Et puis, il y a aussi et surtout la véracité et la pertinence de son discours. Plus de vingt ans après sa mort, les propos du barde sont d’une terrible actualité. Mieux encore, sa poésie est celle d’un visionnaire qui a prédit à maintes reprises les situations actuelles et futures. 

Matoub Lounès reste toujours l’idole des jeunes. En plein soulèvement, il est toujours présent. Comment expliquez-vous cela ?
Oui. Matoub est toujours présent pas seulement dans le soulèvement actuel mais dans toutes les révoltes qui ont jalonné l’histoire récente du pays. Il est ainsi omniprésent en son, en image et en slogan puisque son combat est le même que celui de cette jeunesse désabusée et en lutte. Faut-il bien rappeler que le Rebelle a mené un combat acharné sur plusieurs fronts et ces jeunes se reconnaissent parfaitement dans son combat multidimensionnel. Matoub a osé cibler les teneurs du pouvoir politique, leurs discours, leurs fourberies, leur vanité et leurs insanités. 

Ces tyranneaux qui ont perverti les idéaux nobles de Novembre et de la Soummam en engageant le pays sur la voie du pouvoir unique, du despotisme à la soviétique et du clanisme pétro-mafieux. Il a osé dénoncer la bourgeoisie d’État, parasitaire, et qui impose au peuple une langue qu’elle-même ne pratique pas et le pouvoir de l’argent acquis par les détournements des capitaux publics et les pots-de-vin. Il a osé tenir un discours critique sur le religieux qui, au nom d’une idéologie désuète, despotique et mortifère, empêche tout, interdit toute libre réflexion ou belle création. Il a osé aussi jeter un regard critique, certes violent, mais bien clairvoyant et surtout sans complaisance ni détour sur les défauts et les travers de sa société culturellement appauvrie, linguistiquement, symboliquement aliénée, historiquement pervertie, traditionnellement hostile à la liberté de la femme… Il est très naturel donc qu’il reste leur idole et le symbole.



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