Pour contacter la Rédaction Web de "Liberté" écrivez à cette adresse : redactionweb@liberte-algerie.comPour contacter la rédaction nationale (version papier)de "Liberté" écrivez à cette adresse : info@liberte-algerie.comSuivez-nous sur Twitter : @JournalLiberteDZ Suivez-nous sur Facebook:www.facebook.com/JournalLiberteOfficielChaque édition de la version papier (articles et PDF) est mise en ligne sur le site à 10h (GMT+1) et cela depuis le 05 octobre 2011
Dossiers Economiques Mercredi, 20 Juin 2012 09:50 Facebook Imprimer Envoyer Réagir

REFONTE DU SYSTÈME DE L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR

Condition sine qua non pour l’émergence d’un management efficient

Par : Seghir * Smaïl

La faiblesse de son management constitue l’une des plus graves contraintes à laquelle l’entreprise algérienne doit faire face. Qu’elle soit publique ou privée, son histoire ne lui a pas permis de bâtir des compétences managériales à la hauteur des exigences de compétitivité d’aujourd’hui.
La faiblesse du management de l’entreprise algérienne la rend particulièrement fragile, incapable de se positionner solidement sur les marchés concurrentiels. Surmonter cette difficulté passe par la remise en question du dispositif actuel de formation en gestion. Les réussites enregistrées dans les pays émergents, comme la Chine notamment, indiquent clairement la nécessité de réformes fondamentales dans les politiques publiques de formation en gestion.
Elles offrent en même temps des pistes particulièrement fécondes dont les pouvoirs publics algériens seraient bien avisés de s’inspirer pour engager les changements indispensables dans notre système de formation. Le management de l’entreprise algérienne souffre d’une maladie congénitale. Née au lendemain de l’indépendance, l’entreprise publique a été conçue dans une vision strictement productiviste et longtemps mise à l’abri de la compétition. De plus, avec la GSE, on lui a imposé pendant de longues années un mode de gestion uniforme où la performance managériale n’était pas le principe cardinal. Dans ces conditions, elle ne pouvait pas développer un management moderne qui la prépare pour la compétition. De plus, l’entreprise publique a toujours pâti du phénomène de nomination “politique” de ses responsables dont la compétence était rarement le critère de sélection. Les rares réussites managériales que nous avons connues dans le secteur public n’ont été que des coups d’éclat qui n’ont toujours pas fait long feu et n’ont pas pu initier un processus d’accumulation dans leur management.
De son côté, l’entreprise privée, qui n’émerge véritablement qu’au début des années 90, est encore très jeune. Elle n’a pas eu le temps de concentrer les efforts nécessaires pour faire émerger des capacités de management efficaces. De plus, trouvant difficilement des managers professionnels sur le marché du travail, elle a souvent dû se rabattre sur des managers issus du secteur public. Les effets de sa maladie congénitale sont donc toujours à l’œuvre pour plomber le management de l’entreprise algérienne et prolonger sa fragilité.
L’entreprise algérienne est aujourd’hui dans une situation similaire à celle des entreprises des anciens pays socialistes. Comme en Algérie, les entreprises de ces pays ont hérité d’un mode de gestion “à la soviétique”. Dans les anciens pays d’Europe de l’Est, les initiatives prises dès le début des années 90 ont consisté à lancer un gros effort de formation en management qui a vu se multiplier les créations de business schools, souvent en association avec des écoles de gestion prestigieuses d’Europe occidentale notamment. Mais l’effort le plus marquant à cet égard a été celui réalisé par la Chine. Coïncidant avec  les réformes économiques lancées par Deng Xiao Ping à la fin des années 80, la Chine a connu une véritable explosion d’initiatives qui ont totalement transformé son système de formation en gestion. En 1991, lorsque le premier programme MBA a été lancé en Chine, seuls 90 étudiants y étaient inscrits. En 2011, plus de 25 000 étudiants sont sortis avec un MBA, issus de plus de 250 business schools à travers le pays ! Sans compter les milliers d’autres inscrits dans des business schools nord-américaines et européennes. Cet effort gigantesque, qui est loin de se relâcher, est le résultat d’une politique vigoureuse des autorités chinoises pour faire face à l’un des plus grands challenges de leur économie.
Quels sont les tenants de cette nouvelle politique ? Ils tiennent en deux lignes d’action : une stratégie vigoureuse décidée au niveau central, destinée à développer les compétences managériales indispensables aux entreprises pour réussir la transition vers l’économie de marché ; et un pragmatisme large qui laisse une grande marge de manœuvre aux initiatives des acteurs et à l’expérimentation. La stratégie découle de la réforme du système d’enseignement supérieur, décidée dès 1978, qui met fin au monopole de l’État sur l’enseignement supérieur et donne une autonomie de plus en plus large aux universités publiques. Le pragmatisme c’est, par exemple, la variété dans les modèles adoptés dans les joint-ventures mises en place entre les universités chinoises et les business schools américaines et européennes. Ce sont ces décisions politiques qui ont permis à la Chine de placer aujourd’hui deux de ses business schools parmi les 25 meilleures au monde pour la qualité de leur programme MBA. La possibilité de faire appel à un corps de professeurs venant des universités et business schools parmi les plus huppées du monde et le fait de pouvoir confier le management des joint-ventures à des professionnels ont été les facteurs déterminants pour atteindre ces résultats. Ce sont ces succès qui ont été décisifs dans le prodigieux essor de l’économie chinoise durant les dix dernières années. Et non pas les bas coûts de la main-d’œuvre comme certains le pensent à tort !
Que faut-il faire en Algérie ? À l’instar de ce que le Chine a engagé pour réussir sa transition économique, l’Algérie devra obligatoirement lancer les réformes nécessaires pour fournir aux entreprises les compétences indispensables à leur essor. C’est là probablement l’un des chantiers les plus urgents pour préparer ce qu’on appelle l’après-pétrole. Compte tenu du retard que nous avons accusé – du fait que nous n’avons pas bénéficié de la courbe d’apprentissage dans nos compétences managériales – ces réformes devront être engagées sans délai. À cet égard, trois grandes directions devront être prises :
a) se débarrasser au plus vite du caractère monolithique de notre système de formation supérieur, hypercentralisé, qui n’accorde aucune autonomie aux établissements,
b) mettre en place un cadre réglementaire qui autorise la constitution de véritables joint-ventures avec des business schools internationales, c) ouvrir de façon effective l’enseignement supérieur à l’initiative privée. Bien sûr, ces transformations supposent un changement radical dans la politique actuelle. Mais la réussite des entreprises algériennes est conditionnée par le succès de ces transformations. Si l’université algérienne reste ce qu’elle est, il est illusoire d’espérer faire de l’entreprise algérienne le moteur de développement du pays. Ce n’est qu’à ce prix que l’Algérie pourra se doter d’un réseau de business schools de niveau international, capables d’offrir à leurs étudiants et aux managers les compétences indispensables pour assurer la compétitivité de leurs entreprises aussi bien en interne que sur les marchés globalisés.
À côté des réformes que l’université algérienne devra mener en priorité, d’autres mesures devront accompagner le processus de renforcement du management de l’entreprise algérienne. Parmi celles-ci, trois paraissent essentielles.
- Il s’agit d’abord de créer un cadre propice à l’investissement étranger. L’objectif visé ici, c’est de pouvoir attirer des compétences managériales qui vont créer un effet de catalyse sur le marché des compétences. Car plus que la technologie qui devient une marchandise relativement facile à acquérir, ce sont les bonnes pratiques de management portées par les entreprises leaders dans leur secteur qui font aujourd’hui l’excellence.
- Il faudra aussi généraliser les partenariats entre l’université et l’entreprise, à l’instar des expériences prometteuses initiées par certaines universités algériennes.
- Il faut enfin encourager l’émergence de médiateurs professionnels du marché des compétences – chasseurs de têtes et agences de recrutement – sans lesquels la jonction entre l’offre et la demande restera faible.
Quant au cas particulier de l’entreprise publique, celle-ci devra obligatoirement voir son mode de gouvernance totalement changé. Si on considère opportun de maintenir l’intervention de l’État dans certains secteurs de l’économie marchande, il est dès lors indispensable de doter les entreprises publiques d’un management de type privé, c’est-à-dire un management qui reconnaît pleinement la notion de risque dans la gestion. On devra donc faire appel à des managers professionnels qui seront jugés uniquement sur leurs performances managériales et sanctionnés en conséquence. Ce qui suppose, bien entendu, que les réglementations assimilant l’entreprise publique à une administration (code marchés publics, contrôle a priori…) ne devront plus leur être appliquées, comme du reste le prévoyaient les textes de la réforme de 1988. Car, comme disent les Chinois, “là où il n’y a pas de vrai business, il n’y a pas de management”.


S. S.
Consultant en management
Secrétaire général du think-tank Défendre l’entreprise

 

La Chine dispose déjà de plus de dix universités totalement privées, classées parmi les mieux cotées du pays. La plupart des grandes business schools mondiales (Harvard, Wharton, Insead, HEC-Paris, LSE, Kellog School of Management, Stanford, Duke…) ont, soit créé des joint-ventures avec des universités publiques chinoises, soit délocalisé des programmes de management particuliers.  Le classement mondial des MBA du Financial Times pour 2012 place la Hong Kong UST Business School à la 10e position et la CEIBS de Shanghai à la 24e, devançant même des business schools aussi célèbres que l’ESADE de Barcelone, Bocconi de Milan ou la Cranfield School of Management en Angleterre. L’université publique Tsinghua de Pékin a trois prix Nobel d’économie étrangers parmi son corps professoral. L’actuel recteur de la CEIBS de Shanghai, un Anglais, n’est autre que l’ancien doyen de la London Business School, puis vice-doyen de la Harvard Business School.
C’est par exemple l’université de Béjaïa qui a initié récemment un projet de type “bleu” (Bureau de liaison entreprises universités).  Sa maladie congénitale est toujours à l’œuvre pour plomber le management de l’entreprise algérienne et prolonger sa fragilité. La réussite de la Chine : une stratégie vigoureuse décidée au niveau central, destinée à développer les compétences managériales indispensables aux entreprises pour réussir la transition vers l’économie de marché. Ouvrir de façon effective l’enseignement supérieur à l’initiative privée. Mettre en place un cadre réglementaire qui autorise la constitution de véritables joint-ventures avec des business schools internationales.
Se débarrasser au plus vite du caractère monolithique de notre système de formation supérieure.

 
DIlem
DILEM DU 01ier OCTOBRE  2014
Galerie Agrandir
CONTRECHAMP
video

LIBAN
Bannière
Bannière
Bannière
LIBERTE MOBILE
Bannière
Voir toute La rubrique

Dernières infos