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Dossiers Economiques Mercredi, 20 Juin 2012 09:50 Facebook Imprimer Envoyer Réagir

Mode de gouvernance

L’étatisme économique, ennemi de la prospérité

Par : Taïeb Hafsi (*)

L’étatisme économique revient avec force en Algérie. Une dérive grave, car il constitue une voie sans issue. Nous avons besoin, au contraire, d’une démarche pragmatique qui repose sur le dialogue permanent entre les acteurs.

L’étatisme économique est souvent présenté comme une forme de nationalisme. En fait, c’est une maladie organisationnelle. L’État ne peut pas gérer le système complexe qu’implique la prise en charge directe des activités économiques. Il doit plutôt aller vers “l’incrémentalisme disjoint” pour associer les acteurs et améliorer la qualité des décisions. C’est cela qui mettra l’Algérie sur une trajectoire vertueuse et l’éloignera des tourments économiques et sécuritaires qui la menacent.
Un jeune homme d’affaires m’a récemment décrit, non sans fierté, le projet touristique qu’il avait conçu et dans lequel il comptait investir une bonne partie des ressources qu’il avait accumulées depuis deux décennies. Ce projet comprenait entre autres deux hôtels cinq étoiles, des appartements de standing, un centre commercial, cinéma, piscine, etc. Tout cela au bord de la mer, pas loin de Annaba. Compte tenu de l’état lamentable des infrastructures touristiques du pays et le sous-emploi des jeunes, on pourrait s’attendre à ce qu’un tel projet soit non seulement approuvé mais encouragé par les autorités administratives. Tel n’est pas le cas.
En plus du rejet méprisant, on lui a laissé entendre que des infrastructures comme celles-là étaient du ressort de l’État ! La liste des histoires d’horreur est sans fin. Je n’ai pas rencontré encore une personne impliquée dans le jeu économique qui n’en avait pas à raconter. Tous décrivent les dérives organisationnelles qui sont le produit de l’étatisme économique.

C’EST QUOI L’ÉTATISME  ÉCONOMIQUE ?
L’étatisme économique est cette conception du rôle de l’État comme l’initiateur et souvent le réalisateur de tout ce qui a une valeur économique et sociale. Souvent, l’étatisme est aggravé par une idéologie égalitariste qui prétend qu’on ne peut permettre à certains de s’enrichir parce que ce serait au détriment des autres. Les soviétiques ont été l’exemple le plus accompli de cette conception de l’État. Bien sûr, l’étatisme peut au départ générer des bénéfices lorsque les élites sont ordonnées et alimentées par une idéologie forte. Ce fut le cas de l’Union soviétique. Elle a été capable de faire un rattrapage impressionnant entre 1917 et 1950. En réalité, les soviétiques, sous prétexte de construire une société idéale, ont généré un monstre qui non seulement n’a pas atteint les buts d’égalitarisme promis, mais a réprimé et terrorisé la société civile à un point difficile à imaginer dans un pays moderne. C’est cet étatisme économique, et non la menace externe, qui détruit sans relâche les sociétés nouvelles qui sont sorties de la nuit coloniale. Engluées dans leur incapacité à fonctionner, ces sociétés n’ont pas besoin d’ennemi pour les détruire. Elles se détruisent elles-mêmes. En effet, pour que l’État puisse gérer l’ensemble des activités d’un pays, il lui faut mettre en place un appareil d’une complexité telle que personne n’est plus capable d’en comprendre le fonctionnement. Il se produit alors ce que les sociologues des organisations, de Weber à Crozier, ont décrit abondamment : une toute-puissance des règles et une rigidité considérable. La règle devient ainsi l’objet et le sujet du comportement étatique. L’objectif pour lequel la règle a été établie est vite oublié, et l’organisation se comporte alors comme une machine. Kafka a remarquablement décrit ce phénomène qui fait d’une organisation une machine insensible, incapable d’adaptation.Le problème de l’étatisme est donc un problème pratique, organisationnel. On ne peut pas, lorsque les problèmes sont multiples, construire d’organisation capable de répondre de manière judicieuse aux besoins de la réalisation des objectifs. Le fonctionnement de l’organisation devient opaque pour tous. Les relations de cause à effet ne sont plus connues et, contrairement à ce qu’on espère, on obtient souvent un résultat contre-intuitif, parfois inverse. L’étatisme ne peut pas faire face à la complexité du fonctionnement économique d’une nation.

L’INCRÉMENTALISME DISJOINT :
UNE SOLUTION ORGANISATIONNELLE À LA COMPLEXITÉ DES DÉCISIONS DE L’ÉTAT
Dans les pays qui marchent, il y a généralement une démarche de prise de décision qui est beaucoup plus modeste que celle des prétentions de l’étatisme. Dans un livre remarquable, le philosophe Braybrooke et le politologue Lindblom ont révélé que la prise de décision en matière de politiques sociales et économiques américaines répondait à ce qu’on pourrait appeler de l’incrémentalisme disjoint. Lorsqu’une décision importante doit être prise, par exemple faut-il que l’État assure une couverture médicale pour les plus pauvres ? Alors, “on ouvre la table” et tous les citoyens, individuellement ou collectivement, sont autorisés à venir argumenter une opinion. C’est ainsi que des multitudes de memoranda et de rapports sont soumis aux commissions chargées de l’étude. Le résultat est que grâce à cela toute décision est mieux étudiée que partout ailleurs, notamment mieux que par un organisme central.
Grâce à ces études “disjointes”, stimulées par les intérêts spécifiques concernés, les différents aspects du problème et les solutions possibles sont révélés, puis la décision est prise.
Comme pour toute décision majeure, certains (personnes ou groupes) vont gagner et d’autres perdre. Dans ce cas, pourquoi ceux qui perdent reviennent-ils pour alimenter d’autres décisions ? C’est parce que toutes les décisions sont incrémentales, c'est-à-dire petites, jamais majeures. On ne perd donc jamais de manière définitive. Ce processus à petits pas est un système très décentralisé où l’État n’intervient que comme gestionnaire du processus. Cela demande des institutions de qualité où la continuité de l’effort est valorisée.
En Algérie, mes collègues du think-tank me disent que quelques départements ministériels ont fait certains progrès dans le sens d'une plus grande décentralisation et implication des acteurs concernés. Si c’était le cas, cela confirmerait qu'une large décentralisation est non seulement bénéfique mais tout à fait possible en Algérie. L’objectif est que tous les ministères se reconstruisent progressivement en régulateur et parfois accompagnateur.
C’est l’incrémentalisme disjoint qui permet le bon fonctionnement de l’économie. En effet, lorsqu’on veut prendre de grandes décisions économiques, qui peuvent prendre la forme de lois, la participation large des acteurs, en particulier l’entreprise, permet de s’assurer que la décision considérée est suffisamment éclairée pour permettre une application judicieuse. à l’opposé de l’incrémentalisme disjoint est le système organisationnel étatiste.
La décision est prise sans consultation. Inévitablement elle ne prend pas en compte les multiples obstacles, invisibles au sommet, mais que connaissent bien les acteurs sur le terrain. Les décisions étatistes, dans des situations de complexité, sont un échec annoncé. Ceci est vrai en Algérie comme ailleurs. En Algérie, l’un des effets aggravants de l’étatisme est qu’il est source de désespoir des élites et le moteur le plus important du développement de la corruption.

CONCLUSION : SOYONS PRATIQUES  ET ARRÊTONS DE THÉORISER  LÀ OÙ CE N’EST PAS APPROPRIÉ !
Si je prends mes étudiants comme exemple, ils me surprennent parfois parce qu’ils veulent tout décrire en référence aux théories que nous leur enseignons. Même quand les décisions sont évidentes, ils ont tendance à compliquer les choses pour les faire plus séduisantes au plan théorique. Comme eux, nous avons tous tendance à nous compliquer la vie, à théoriser là où ce n’est pas vraiment approprié.
Ainsi, face aux problèmes clairs que vit l’Algérie au plan économique, beaucoup de gens talentueux s’évertuent à faire appel à des théories grandiloquentes pour justifier l’injustifiable. Par exemple, je suis toujours surpris de voir combien les grands économistes sont cités, souvent de manière inadéquate, pour justifier une étatisation plus grande. Ainsi, tour à tour, des récipiendaires de prix Nobel, comme Stiglitz, Kaufman et bien d’autres ont été pris à témoin pour dire : “Voyez, même eux disent qu’il faut plus d’État !” En fait, ils disent cela dans un contexte qui n’est pas celui de l’Algérie mais celui des États-Unis ou des grands pays occidentaux.
Là, en effet, il y a eu des excès de libéralisme qui ont mené à des déréglementations sauvages et aux dérives financières qui ont été révélées depuis 2008.
Pour les pays comme l’Algérie, la grande souffrance est celle d’un État qui est en grande partie théorique et maladroit. Souvent, peu connaissant de la réalité, englué dans ses propres procédures, l’État, au lieu de susciter le mouvement et la dynamique qui font le progrès économique, bloque tout.
Dans le processus de création de richesse, il y a bien entendu des anomalies qui apparaissent.
Il ne faut pas, sous prétexte de les corriger, établir des lois et des règlements qui paralysent tout le monde.
Un contre-exemple intéressant est celui de beaucoup d’entreprises aux États-Unis, notamment celles de télécommunications. Supposons qu’un client les appelle pour contester sa facture. Il argumente qu’il y a eu une erreur, un appel facturé à tort. La réponse habituelle est : “C’est bien monsieur, déduisez le montant contesté et envoyez-nous un chèque de la différence !”
Cette attitude est la plus économique. En effet, on perdrait bien trop de temps et d’argent à vouloir contrôler les quelques clients qui seraient tentés de tricher. On ignore ce coût en espérant qu’une attitude de confiance va générer l’honnêteté.
L’État peut aussi faire la même chose dans ses efforts de développement économique. Il ne faut pas qu’il soit dévié de l’objectif sous prétexte qu’il veut appliquer une règle. S’il le fait, comme en Algérie, il risque d’appliquer la règle mais de ne pas atteindre l’objectif.
Quand on va résolument vers l’objectif, des emplois de qualité sont créés, l’économie s’améliore, les comportements déviants diminuent et la société et ses composantes se civilisent.
Le résultat est qu’on a plus de chance de réduire les déviances en gardant l’œil sur l’objectif. L’étatisme est justement cette déviance qui donne plus d’importance à la règle qu’à l’objectif.


T. H.
(*) Professeur de stratégie à HEC-Montréal Président du think-tank
Défendre l’entreprise
http://defendrelentreprise.typepad.com

 

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