Entraves à la fluidité des opérations d’importation
La situation s’est aggravée en 2011 et 2012
Par : Khaled R.
La situation dans nos ports en termes de fluidité des opérations du commerce extérieur s’est dégradée, confirment plusieurs sources concordantes.
Les délais d’enlèvement des marchandises sont aujourd’hui plus importants. “La situation s’est aggravée. En moyenne, les délais d’enlèvement des marchandises sont de 35 jours”, confie un intervenant dans le transport maritime. Pour un commissionnaire en douane, ils sont de 16 jours en moyenne. Dans les deux cas de figure, ces délais sont extrêmement longs. Dans les ports des pays voisins, Maroc et Tunisie, ces délais ne dépassent pas quatre jours, voire une semaine.
À l’index, les mesures décidées par le gouvernement en 2008 et 2009 pour lutter contre la fraude et freiner les importations. Ces décisions ont montré leur inefficacité puisque la facture des importations a dépassé la barre des 45 milliards de dollars en 2011 : un record. Et la fraude n’a jamais été aussi importante. Tout simplement, parce qu’on s’est attaqué aux effets et non aux causes. Plus précisément, les opérateurs, en particulier les importateurs, pointent du doigt la décision de consacrer le crédit documentaire comme unique mode de financement du commerce extérieur.
“On veut étrangler les importateurs, alors qu’il faut commencer par séparer le bon grain de l’ivraie. Les importateurs ne sont pas tous malhonnêtes. Bien des importateurs ont un volume d’importations conséquent, des compte transparents et pas de contentieux avec la douane. Pourquoi faut-il qu’ils paient pour les importateurs véreux”, commente un négociant. Un autre importateur a souligné que l’acte d’importation présente des avantages pour l’Algérie. Pourquoi faut-il diaboliser cette activité ? “L’activité d’importation peut constituer une étape avant la production. Avec la relation de confiance qui s’installe entre le fournisseur et le client, ce dernier peut inciter le premier, dans un contexte où l’État accorde des avantages aux investisseurs étrangers, à investir en Algérie dans la production des biens auparavant importés”, a-t-il argué. Or, le crédit documentaire ne semble pas encourager cette relation de confiance entre fournisseur et client.
En effet, l’obligation de verser l’argent à la banque au titre de la provision ainsi que le paiement de la marchandise avant sa commercialisation ont entraîné des difficultés de trésorerie pour la plupart des sociétés de négoce et des petites et moyennes entreprises. Alors qu’avec le transfert libre auquel recourraient auparavant nombre d’opérateurs, l’importateur ne payait le fournisseur qu’après avoir vendu localement sa marchandise. Une relation de confiance liait le fournisseur étranger au client algérien.
En fait, le crédit documentaire livre l’importateur pieds et poings liés au fournisseur. En effet, supposez que la marchandise réceptionnée est avariée ou ne correspond pas à la commande de l’importateur, ce dernier ne peut être remboursé, le paiement du fournisseur étant déjà effectué à travers le canal bancaire.
Comment des importateurs s’arrangent pour transférer illégalement Les devises
Ce qui soulève une autre question. La quantité de marchandises avariées, non conformes ou refoulées aux frontières, estimée à des dizaines de milliers de tonnes, a été financée grâce au crédit documentaire. Elle a été donc payée. “Une bonne partie a servi à un transfert illicite en devises. On importe avec l’intention d’acheter des produits qui forcément seront refoulés aux frontières. La différence de valeur achat bon produit dans les documents mauvais produit importé va dans des comptes en devises à l’étranger”, lance un intervenant. Il est curieux que des investigations ne soient pas menées pour tirer au clair les tenants et aboutissants de ce nouveau “filon”.
le commerce des surestaries
Par ailleurs, on estime à 4 milliards de dollars/an les surestaries, ces surcoûts générés par le long séjour des marchandises sur les quais ou en rade. Rien n’est fait actuellement pour réduire ces coûts. Au lieu d’inciter, par exemple, des opérateurs privés à construire des infrastructures de stockage ou à investir dans des flottes de transport en vue d’accélérer le rythme d’enlèvement des marchandises, on les dissuade.
Dans ce sens, une histoire vraie est racontée dans ce milieu de négociants, de transitaires et de transporteurs maritimes.
Un fournisseur demande à un intervenant de confiance d’agir pour accélérer la cadence de traitement de ses marchandises. Ce dernier voit un intermédiaire qui lui répond : “Il faut payer.” “Que vais-je payer ? lui dit-il, la marchandise est déjà payée.” Il lui conseille de voir une autre personne plus influente, c'est-à-dire “le parrain”. “Vous voulez que je vous aide, versez 200 000 euros sur mon compte à l’étranger.” Dépité, l’intervenant se dit : “Je ne veux plus avoir affaire à ces gens.”
Le commerce des transitaires véreux
On montre également dans ce milieu comment des transitaires véreux abusent de la confiance des importateurs. Ils simulent des complications avec la douane, par exemple, des minorations de valeur. Pour régler ce contentieux imaginaire avec l’administration douanière, il faut payer une tchipa. Que le transitaire empoche à l’insu de la douane. Ce sont là quelques procédés qui montrent comment la corruption s’est généralisée dans les ports algériens.
K. R.
Commentaires
AKSEL 15-02-2012 13:50
mokhtar mokhtari 15-02-2012 10:37
personne n osent leve le petit doit pour arreter ce massacre.



