Réunion d’automne des institutions de Bretton Woods
Le FMI veut éviter une “décennie de croissance perdue”
Par :On a appris, cette semaine, à l’occasion des réunions d’automne des institutions de Bretton woods, que le FMI a été chargé par les membres du G20 de préparer un plan d’action international qui sera adopté en octobre et novembre prochains pour contrer une crise économique qui enfle et menace, depuis l’été dernier, de devenir incontrôlable .
Une nouvelle démonstration, après celle du sommet de Londres voici près de 3 ans, de l’importance centrale et croissante de cette institution dans la gestion de l’économie mondiale, particulièrement en temps de crise. Une bonne raison aussi pour se pencher avec attention sur le dernier «rapport sur les perspectives de l’économie mondiale», rendu public le 21 septembre. Dans la confusion provoquée par l’accélération et la multiplication des signaux de la crise économique au cours des derniers mois, le FMI se révèle la seule institution capable de proposer dans un délai record à la fois un bilan très détaillé de la situation de l’économie des principales régions du monde, mais également une grille de lecture sur les causes et les origines de la crise, en même temps qu’un programme d’action pour endiguer son développement. Un rôle croissant et une performance qui renseigne aussi a contrario sur la pertinence et l’intérêt de beaucoup des commentaires et des caricatures, qui continuent de caractériser sur la scène nationale une grande partie du débat public et médiatique autour de cette institution.
Une phase dangereuse
pour l’économie mondiale
“L’économie mondiale se trouve dans une nouvelle phase périlleuse. L’activité mondiale a fléchi et est devenue plus inégale, la confiance s’est effondrée depuis peu, et les risques de dégradation de la situation augmentent. Sur fond de fragilités structurelles non corrigées”. L’auteur de cette entrée en la matière peu rassurante est l’économiste en chef du FMI, François Blanchard. Il est rejoint par Christine Lagarde qui, dans une conférence de presse, juge “dangereuse” la situation actuelle de l’économie mondiale. À l’origine de ces inquiétudes, deux constatations. La première concerne la faiblesse de la croissance économique mondiale, qui donnait déjà des signes de fatigue au début de l’année et qui se confirme. La deuxième est plus récente, il s’agit d’une “forte augmentation de l’incertitude budgétaire et financière, particulièrement prononcée depuis le mois d’août”.
D’après les projections du FMI, la croissance mondiale s’est réduite sensiblement en 2011 et va continuer à ralentir, tombant à un rythme d’environ 4 % jusqu’à la fin de 2012, contre plus de 5 % en 2010. La croissance sera particulièrement faible dans les pays avancés, qui devraient connaître une “expansion anémique” d’environ 1,5% en 2011 et 2% en 2012. Elle sera plus “robuste” dans les pays émergents et en développement, qui se maintiendraient encore à un rythme solide d’environ 6 % en 2012. Pour ces derniers pays, les situations sont très contrastées et varient d’une performance moyenne d’environ 9 % pour la Chine et l’Inde à un peu plus de 4% pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, en passant par environ 5% pour l’Amérique latine et près de 6% avec de fortes variations entre les pays pour l’Afrique subsaharienne.
Au sujet de la région Moyen-Orient-Afrique du Nord, le rapport du FMI note que “Les mouvements des prix des produits de base et les troubles sociaux continuent de définir la situation et les perspectives des pays de la région. L’évolution à court terme fait encore l’objet d’incertitudes inhabituellement fortes, dues essentiellement à l’instabilité de la situation politique et sécuritaire de certains pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, ainsi qu’à un manque croissant de visibilité au sujet de la demande extérieure.
Les cours élevés du pétrole ont favorisé jusqu’à présent les pays exportateurs de pétrole de la région, tout en posant des difficultés aux pays importateurs de pétrole. Dans les pays exportateurs de pétrole, l’activité a également été stimulée par des politiques macroéconomiques
de relance globale. Dans le même temps, dans plusieurs pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, l’activité a subi les conséquences des troubles sociaux et des conflits en cours, qui pèsent lourdement sur les recettes du tourisme, les entrées de capitaux et les investissements.”
Un scénario catastrophe
Malheureusement, ce scénario officiel de repli en bon ordre de la croissance mondiale, qui reste la prévision centrale du FMI, est de plus en plus battu en brèche au cours des derniers mois. Sa réalisation suppose en effet que “les dirigeants européens endiguent la crise qui sévit à la périphérie de la zone euro, que les décideurs américains trouvent le bon équilibre entre le soutien de l’économie et le rééquilibrage des finances publiques à moyen terme, et que la volatilité des marchés financiers mondiaux ne s’empire pas.” Dans la période la plus récente, le FMI observe l’apparition de “risques de dégradation” manifeste. Le premier risque est que la crise de la zone euro échappe au contrôle des gouvernants, Le second est que l’activité aux États-Unis, qui mollit déjà, subisse un blocage politique pour ce qui est de l’assainissement des finances publiques,
Pour l’institution de Washington, ces “éventualités auraient de graves conséquences pour la croissance mondiale. Le regain de tension pourrait miner les marchés et établissements financiers dans les pays avancés. Les cours des matières premières ainsi que les flux commerciaux et financiers mondiaux diminueraient sans doute nettement, ce qui grèverait la croissance des pays émergents et en développement. La zone euro et les États-Unis pourraient replonger dans la récession, l’activité se situant en 2012 près de 3 points au-dessous des projections évoquées plus haut. Les autres pays subiraient aussi des dommages considérables.”
Éviter une décennie
de croissance perdue
Dans le but d’éviter la réalisation de ce scénario catastrophe, le FMI plaide en faveur de politiques plus énergiques. Des politiques qui pourraient “éviter une décennie perdue de croissance dans les pays avancés, et qui serait extrêmement dommageable pour tous.”
Le plan d’action qu’il préconise comporte trois volets. Premièrement, un volet budgétaire. “Il ne faut pas que le rééquilibrage des finances publiques soit trop hâtif, sinon il risque de miner la croissance. Il ne faut pas qu’il soit trop lent, sinon il risque de saper la crédibilité. Son rythme doit être fonction de la situation propre de chaque pays, mais il reste indispensable que le rééquilibrage soit crédible à moyen terme. Certains pays auront besoin de beaucoup de concours extérieurs pour y parvenir.”
Deuxièmement, des mesures financières. “Il faut redonner de la force aux banques pour que le crédit et la croissance tendancielle augmentent. Pour un certain nombre de banques, en Europe surtout, cela nécessitera de nouvelles injections de capitaux, de sources privées ou publiques.” Troisièmement, le rééquilibrage des comptes extérieurs. “Un certain nombre de pays d’Asie, notamment la Chine, ont d’énormes excédents courants et ont fait part de leur intention de privilégier non plus la demande extérieure, mais la demande intérieure. Ces plans ne peuvent pas être mis en œuvre du jour au lendemain, mais il importe qu’ils soient déployés aussi rapidement que possible.”
Ce n’est, conclut le rapport du FMI qu’ “au prix de ce rééquilibrage à l’échelle mondiale que nous pouvons espérer une croissance plus forte dans les pays avancés et, par extension, dans le reste du monde ».



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