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L’héritage de Halilhodzic dilapidé

À l’inverse de ce qu’il fait avec un ballon, le capitaine de l’équipe nationale, Carl Medjani, manie plutôt bien le verbe. À l’issue du bide contre le Nigeria, il a concédé à juste titre d’ailleurs que l’Algérie ne possède pas une grande équipe nationale. Mahrez et Feghouli qui passent leur temps à répéter à satiété que leur génération est la meilleure de l’histoire du football algérien vont sans doute apprécier, mais bon, passons, ce n’est pas là notre propos. Notre préoccupation aujourd’hui est de savoir comment une équipe qui s’est qualifiée brillamment à un huitième de finale du Mondial 2014, qui a tenu la dragée haute au champion du monde, l’Allemagne, a pu descendre aussi bas. Au-delà du problème récurrent de la défense, le maillon faible de l’EN, le vrai problème de la sélection algérienne, c’est le fait que depuis 2014, elle a tout simplement dormi sur ses lauriers. Deux ans durant, elle s’est suffi d’un menu fretin, dévorant sur son passage des adversaires de seconde zone, sans jamais chercher à hisser son niveau en optant par exemple pour des matches amicaux contre des équipes de haut standing. Des failles aussi évidentes en défense et dans la maîtrise du jeu auraient pu apparaître lors de ces confrontations ; des remèdes auraient pu être trouvés en temps opportun. Mais pour ce faire, encore faut-il avoir un staff technique stable, capable de prendre la relève et fructifier l’héritage incontestable de Vahid Halilhodzic. En l’espace de deux ans, les Verts ont connu quatre coaches, à savoir Halilhodzic, Gourcuff, Rajevac et Leekens, soit une moyenne de 2 entraîneurs chaque saison. Avouez qu’avec une instabilité pareille, les coéquipiers de Brahimi n’avaient aucune chance de préserver leur acquis, de parfaire leur cohésion et surtout de se doter d’un projet de jeu. Et là, l’erreur de casting de la FAF, ce n’est pas Rajevac, mais c’est plutôt Christian Gourcuff qui a laissé tomber l’Algérie au mois d’avril dernier, soit à quatre mois du début des éliminatoires du Mondial 2018. Avec le technicien breton, l’Algérie a perdu du temps, beaucoup de temps, sans que les Algériens ne puissent entrevoir ne serait-ce que l’esquisse d’un projet de jeu pour lequel il a été recruté par la FAF. L’erreur de Mohamed Raouraoua s’est d’avoir mis sa confiance dans un entraîneur qui n’avait ni le charisme ni la compétence pour succéder à Vahid Halilhodzic. Mais pas seulement. La fédération a commis une seconde bévue en prenant tout son temps pour trouver un coach national avant de dénicher le canular Rajevac, parti avant même d’avoir commencé. “Il faut savoir être humble, cravacher de nouveau pour inverser la tendance”, ajoute Medjani. Encore une fois, le capitaine a tapé dans le mille. L’analyse est lucide. Désormais, pour rebâtir une bonne équipe, la FAF doit tout simplement revenir à la base, c'est-à-dire privilégier le travail à long terme, mettre en place un plan de préparation suffisant avec des rencontres amicales de niveau appréciable, et surtout ne pas commettre l’erreur de mettre la pression sur Leekens pour sauver la face dans deux mois à la CAN 2017. Sinon, le concert des désillusions va inévitablement se poursuivre…


S. L.