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A la une / Enquête

Centres de rétention pour immigrés clandestins

Ces geôles qui ne disent pas leur nom

En dépit de la réglementation, les séjours se prolongent au-delà des délais légaux.  Des compatriotes ont passé jusqu'à trois ans dans ces centres.

Parmi les Algériens mis en détention figure une frange importante d’individus qui n’ont commis aucun délit, sinon de séjourner illégalement au Royaume-Uni. Aussitôt après leur arrestation, ils sont conduits dans l’un des 15 centres de rétention repartis à travers le pays. En décembre 2007, 90 ressortissants d’origine algérienne étaient recensées dans ces établissements. En termes d’effectifs, ils figuraient en seconde place après les Nigérians (230). Par crainte d’une expulsion, la majorité des résidents recourt au même procédé. Ils s’empressent de formuler une demande d’asile.
Les trois tiers des Algériens comptabilisés l’année écoulée ont opté pour cette voie. Or, depuis les attentats de Londres en 2005, la formule ne fait plus recette. Rendant compte du nombre des refoulements réalisés durant cette période, la police des frontières (Border Agency) révèle que 540 Algériens ont été renvoyés dans leur pays. Certes, les déportations sont le synonyme d’un rêve manqué pour certains. Mais chez d’autres, elles signent la fin d’un long cauchemar. “Je connais un gars d’Hussein Dey qui est détenu dans un centre en Écosse depuis plus de trois ans”, révèle Saïd, un compatriote. Selon Mohamed Nacer d’Arab Advice Bureau, les délais légaux de rétention des immigres illégaux vont de trois mois à deux ans. “Mais, il arrive que cette période soit prorogée”, note-t-il. Généralement, les victimes algériennes des détentions abusives ne connaissent pas leurs droits, n’ont pas d’argent pour prendre un bon avocat. Pis, ne parlant pas anglais, elles sont tributaires de la présence d’un interprète pour plaider leur cause. Kamel n’est pas aussi démuni. Pour autant, il estime avoir vécu le martyre et continue à souffrir avec sa petite famille. Les actions des services de l’immigration à son encontre se sont muées en véritable harcèlement. Ni régularisé ni expulsé, il vit dans la crainte d’être renvoyé dans un des centres de rétention où il a déjà effectué un séjour. Cette fois, sa femme aussi, est menacée d’internement. Pour ne pas prendre de risques, Kamel a fait valoir auprès des services de l’immigration, un certificat médical attestant que son épouse est en proie a une dépression et ne pourrait donc pas supporter d’être incarcérée. “Elle a subi un profond traumatisme et vit dans la psychose”, confie le mari très affecté. Le cauchemar a commencé quand il a été arrêté en septembre 2006.
Ayant introduit une demande d’asile qui a échoué, Kamel devait se rendre chaque semaine au commissariat de police de son quartier pour confirmer sa présence sur le territoire, en attendant de connaître l’issue des recours qu’il a introduit. Un jour, sans notification préalable, il est embarqué dans un fourgon cellulaire et conduit au centre de rétention de Heathrow. “J’ai beau expliqué aux policiers que je ne peux pas laisser ma femme enceinte et mon fils seuls, ils ne voulaient rien comprendre. Même le député de ma circonscription leur a écrit. Mais en vain”, narre-t-il. Pendant plusieurs mois, Kamel es transféré d’un établissement à l’autre, à Londres, Oxford, Portsmouth… Dans ses pérégrinations contraintes, sa femme le suit. Elle lui rend visite en s’endettant pour pouvoir prendre un taxi. La malheureuse emprunte aussi de l’argent pour payer le loyer et les honoraires des avocats et acheter à manger. “Quand je suis retourné a la maison, mon femme et mon fils étaient tellement amaigris et pâles qu’ils ressemblaient à des cadavres”,  dit-il en confiant par ailleurs que son épouse a fait une fausse couche alors qu’il était encore en détention. À ce jour, Kamel ne sait pas pourquoi il a été élargi alors qu’une nouvelle menace de refoulement pèse sur lui et sur sa famille. “Ils – les services de l’immigration ndlr – ne savent pas ce qu’ils font”, lui a répondu un fonctionnaire à sa libération. “Elle m’a demandé des excuses et a promis qu’ils ne me toucheront plus”, rapporte Kamel. Or, depuis le 13 octobre dernier, il est de nouveau obligé de pointer au commissariat. Mais cette fois, il compte bien faire valoir ses droits. Sur les conseils d’un avocat, il compte attaquer en justice les services de l’immigration et leur demander réparation, suite au préjudice moral que son épouse a subi. En attendant, a chaque fois qu’il se rend au poste de police,  il prie d’en ressortir en homme libre. Karima espère aussi quitter son lieu de détention au plus vite.

S. L.-K.