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A la une / Enquête

Au service de médecine légale du CHU de Bab El-Oued

Des séquelles parfois à vie

Pour certaines femmes algériennes, il existe un endroit  parfois  plus dangereux que la rue : c’est leur propre foyer.  L’étude du service de la médecine légale  du CHU de Bab El-Oued révèle que 284 femmes sur 421 ont été violentées au domicile contre 137 sur la voie publique.

421 femmes battues est le chiffre enregistré par le service de la médecine légale  de CHU Bab El Oued, jusqu’en juin de l’année en cours. En  janvier, 70 cas, février 64, mars 51, avril 86, mai 59 et juin 91 cas.
Ce nombre de 421 comprend 49 femmes de moins de 20 ans, 227 entre 20 et 40 ans, 111 entre 40 et 60 ans et 34 au-delà de 40 ans. 293 femmes sont sans profession, 126 actives et deux d’entre elles n’ont pas donné de précision à ce sujet.
Pour certaines femmes algériennes, il existe un endroit parfois plus dangereux que la rue : c’est leur propre foyer. L’étude du service de la médecine légale du CHU Bab El Oued révèle que 284 femmes sur les 421 ont été violentées au domicile  contre 137 sur la voie publique. 112 d’entre elles ont été victimes de plusieurs sortes de moyens de violence dont celles commises par le biais d’objets contendants et naturels (mains et pieds). Commentant ces données, le professeur Laïdli affirme qu’il s’agit là d’un chiffre noir.
Il estime que la plupart des femmes agressées ne portent pas plainte et que celles qui osent franchir le pas, le font généralement sous l’encouragement d’un proche ou d’un membre du mouvement associatif. Cela est dû, selon lui, à la procédure de dénonciation qui est longue et pleine d’embûches. “En parlant d’une femme battue, j’ai toujours en tête la caricature d’une femme portant un fardeau  très pesant et qui doit frapper à plusieurs portes en ne sachant pas par où commencer : les soins d’urgence, la porte du médecin légiste, la plainte au niveau du commissariat, le tribunal, le conseiller juridique… Comment trouver tant de force, de temps et d’argent pour affronter ce périlleux parcours et faire valoir ses droits.” 
Après les soins au niveau des urgences, la femmes battue doit, en effet, passer chez le médecin légiste pour l’établissement d’un certificat dans lequel est notifié le taux d’incapacité temporaire qui doit accompagner sa plainte devant la police, qui, à son tour, transmettra le dossier en justice. “Le certificat du médecin  légiste est  très important. Grâce à lui, elle obtient le statut de femme battue, lui ouvrant l’accès, une fois devant le juge, si elle veut demander le divorce le droit au logement et à la garde des enfants”, tient  à souligner le professeur Laïdli. Notre interlocuteur pense que les femmes qui se présentent à son service pour faire constater les blessures et les lésions, le font après avoir été violentées plusieurs fois auparavant, dans le but de se servir du certificat pour faire peur à l’agresseur ou le faire valoir devant la justice pour divorcer. “Le  certificat est  très important pour la suite judiciaire et c’est à ce stade que la femme battue est particulièrement désorientée et a besoin d’un conseiller juridique et l’appui des associations car elle n’a pas toujours les moyens de faire face à une soudaine rupture, surtout si elle a des enfants à charge et qu’elle ne travaille pas. De ce fait, le parcours de la  femme victime de violence est semé d’embûches. Il faut que qu’elle soit   constamment orientée et assistée, à la fois psychiquement et matériellement   pour qu’elle ne renonce pas à ses droits  et qu’elle ne subisse pas la violence comme une fatalité. Pour cela, l’apport  seul du mouvement associatif n’est pas  suffisant. Il faut que les pouvoirs publics centralisent et abrègent les moyens de recours parce que la lenteur qui caractérise la procédure pousse souvent à l’abandon.”
Le temps qui passe apaise, en effet, les esprits avant qu’une nouvelle violence   ne vienne raviver les souvenirs, si cette dernière n’aura pas été cette fois fatale.
 Le professeur Laïdli fait état de 3 décès suite à des violences exercées sur des femmes et de nombreux cas de séquelles  à vie enregistrées au niveau de son service, l’année dernière.

N. H.