Scroll To Top
FLASH
  • L'intégralité du contenu (articles) de la version papier de "Liberté" est disponible sur le site le jour même de l'édition, à partir de midi (GMT+1)
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version papier de "Liberté" écrire à : info@liberte-algerie.com
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version digitale de "Liberté" écrire à: redactiondigitale@liberte-algerie.com

A la une / Enquête

L’algérie face à la spirale infernale du chômage

Emploi : les sept axes capitaux

Si le taux de chômage connaît un recul important au cours des dernières années, il reste toutefois la principale cause de précarité et le défi majeur. L’économie informelle demeure quant à elle une plaie sur le marché de l’emploi en Algérie, qui occuperait plus de 15% de la population active, soit environ 1 500 000 personnes, selon certaines estimations. Un plan d’action en sept points est en cours.

L’Algérie a considérablement réduit son taux de chômage depuis une dizaine d’années. C’est là une évidence caractérisée par les nombreux et surtout grands chantiers, du BTPH notamment, que l’on rencontre partout à travers le pays (autoroute Est-Ouest, grands travaux ferroviaires, programmes spéciaux régionaux…) mais aussi par la mise en place de dispositifs adéquats (Ansej, micro-entreprises…) qui à leur tour ont permis de drainer bon nombre de sans-emploi. Le processus de l’activité économique, également, a muté. Alors que le secteur public était le seul pourvoyeur d’emplois jusqu’à la fin des années 1990, aujourd’hui, c’est le privé qui occupe quasiment la première place en la matière, après l’administration.
La dynamique déployée par de gros entrepreneurs privés nationaux, tous secteurs confondus, a généré un savoir-faire exceptionnel dans des domaines restés latents durant des années par la faute d’un centralisme étatique économique lourd et bureaucratisé à souhait. Cette dynamique a entraîné aussitôt une activité propice au recrutement de plus en plus nombreux de jeunes Algériens diplômés, et de promotions entières sorties tout droit des centres de formation professionnelle, dans l’agroalimentaire notamment, le marketing, etc. Le secteur privé représente aujourd’hui plus de 50% du volume des importations du pays et près de deux tiers de la croissance hors hydrocarbures, rappelons-le.
L’Algérie n'a jamais été en aussi bonne position, en termes macroéconomiques, tandis que dix ans auparavant le tableau découvrait une réalité microéconomique bien sombre. Contrairement au secteur des hydrocarbures en pleine expansion (97% des recettes des exportations extérieures), l'économie intérieure était en pleine stagnation, sous l'effet d'un manque d'investissements aussi bien dans le secteur privé que dans le secteur public, avec pour résultat un taux de chômage avoisinant officiellement les 30%, et, sous l'influence des plans préconisés par le FMI, la Banque mondiale et l'Union européenne (UE), des milliers d'ouvriers étaient licenciés à la suite de la restructuration des industries en vue de leur privatisation. Si le taux de chômage connaît un recul important au cours des dernières années, passant de près de 27,3% en 2001 à 17,7% en 2004, 15,3% en 2005, et 11,8 % en 2007, il reste toutefois la principale cause de précarité et le défi majeur. 

Éviter l’exclusion des jeunes demandeurs
Le marché de l’emploi est complexe. Les services en charge de ce département au ministère algérien du Travail ont ouvert tout récemment un nouveau volet, intitulé “Stratégie de promotion de l’emploi et de lutte contre le chômage” en sept axes, qui tient lieu depuis le 1er juin dernier de plan d’action offensif, mais la tâche est ardue quand on sait que 70% des demandeurs d’emploi en Algérie ont moins de 30 ans et sont des primo-demandeurs. Comment agir donc pour prévenir le danger qui se profile à l’horizon lorsque la crise financière internationale menace de récession économique l’ensemble des pays de la planète ? “Nous sommes à présent confrontés à une crise mondiale de l’emploi”, déclarait à la fin du mois dernier Juan Somavia, directeur général du Bureau international du travail (BIT), au sujet du rapport sur les tendances mondiales de l’emploi en 2009 rendu public et prévoyant par rapport à 2007, une augmentation du nombre de chômeurs de 18 à 30 millions à travers le monde, et même de 51 millions si la situation continue à se détériorer. En outre, le marché de l’emploi est d’autant plus complexe en Algérie pour les responsables, qui doivent particulièrement s’attaquer à une économie informelle pesante, globalement estimée entre 30% et 40% de l’ensemble de l’économie nationale.
L’économie informelle demeure une plaie sur le marché de l’emploi en Algérie, qui occuperait plus de 15% de la population active, soit environ 1 500 000 personnes, selon des estimations du bureau de l’Organisation internationale du travail à Alger. “Ce qui compte dans nos dispositifs d’aide à l’emploi, c’est de mieux les articuler dans le contexte économique, leur fonction principale étant d’éviter l’exclusion des jeunes demandeurs et de leur offrir des opportunités d’insertion”, nous dit M. Anane, directeur général de l’emploi au ministère du Travail. Pour cela, le coût de l’emploi devrait être minimisé pour l’employeur, d’après le premier des sept axes contenus dans cette stratégie de mise en œuvre il y sept mois, et qui a donné déjà un premier résultat avec le placement au 31 janvier 2009 de 181 026 demandeurs dont la quasi-totalité dans le secteur économique. Une aide à l’employeur est octroyée par l’État à travers une amélioration de l’incitation fiscale et parafiscale, d’une part, et d’autre part, la nouvelle démarche des services concernés tendrait vers une dynamisation réelle des agences de l’emploi (Anem) qui doivent désormais rechercher les offres, accompagner les employeurs dans leurs recrutements et consacrer une bonne partie de leur emploi du temps aux discussions avec les demandeurs d’emploi. “Il faut rompre avec les guichets où l’on n’arrive pas à cerner les motivations des demandeurs d’emploi”, souligne le directeur général de l’emploi au ministère du Travail.
Aujourd’hui, l’incitation à l’emploi se traduit la première année par une prise en charge intégrale par l’État du coût de l’adaptation au travail du primo-demandeur d’emploi, la seconde année l’employeur privé peut recruter ce même employé sous la forme d’un “contrat de travail aidé” en payant une partie de son salaire (et l’État l’autre partie), et ainsi de suite les autres années, au moyen d’un système progressif jusqu’à prise en charge totale par l’employeur du recruté.

La formation qualifiante
À l’heure actuelle, l’amplitude de la demande induite par le lancement de grands chantiers, entre autres, a par ailleurs fini par réduire à néant les possibilités de recrutement de main-d’œuvre algérienne ordinaire (maçons, plâtriers, ferrailleurs, etc.) vite absorbée par les chantiers colossaux. Et les prévisions qui laissaient entrevoir une mobilisation importante de main-d’œuvre étrangère ne se sont pas vérifiées pleinement, nous précise-t-on au niveau de la direction de l’emploi du ministère du Travail, où l’on ajoute que cette main-d’œuvre représente en Algérie un niveau extrêmement bas, soit à peine moins de 1% de la population active, recrutée uniquement pour des travaux de qualification ou de technologies nouvelles (le cas des câbleurs, par exemple).
Sur le seul tronçon de Bouira de l’autoroute Est-Ouest, tronçon qui connaît des ponts, des tunnels et d’énormes ouvrages d’art, pas moins de 10 000 travailleurs algériens ont été requis, selon les mêmes sources. L’on peut ainsi expliquer déjà cet état de fait par l’existence en Algérie d’un formidable potentiel de main-d’œuvre autochtone qui ne demande qu’à travailler.
Évidemment, l’apport de main-d’œuvre étrangère aura permis de donner le départ à une mise à niveau des ouvriers, ouvriers spécialisés et autres contremaîtres algériens, qui ont commencé à bénéficier sur le terrain de l’ouverture aux techniques nouvelles et non négligeables de construction et du bâtiment notamment.
C’est bien pour ces raisons sans doute que les pouvoirs publics tiennent à présent à promouvoir la formation qualifiante (notamment sur site) en vue de faciliter l’insertion dans le monde du travail. Et cela va aller de pair avec l’amélioration et la modernisation de la gestion du marché du travail avec la poursuite du programme de réhabilitation de l’Agence nationale de l’emploi (Anem) et des directions de l’emploi de wilayas, la création et la mise en place d’organes intersectoriels, et toute une série d’objectifs assignés à la direction de l’emploi du ministère du Travail.Un plan d’action en sept axes capitaux pour l’emploi ?
Plus que jamais, il est d’une nécessité absolue pour faire face à ce défi majeur de lutte contre le chômage aujourd’hui confondu à cette période très incertaine de l’économie mondiale, et au moment où dans d’autres pays des plans d’urgence sont mis en route pour se prémunir des cataclysmes de la crise financière internationale et des licenciements massifs qu’elle enfante.

Z. F.