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A la une / Enquête

Chronique d'une désinformation

Idriss Jazairy, victime d'islamophobie!

Montage Rédaction Numérique de "Liberté"/©D.R.

Nommé rapporteur spécial du Conseil des droits de l'Homme en mars 2015, et depuis juillet dernier il est directeur exécutif d'une ONG, Idriss Jazairi se retrouve au milieu d'une cabale aux contours encore flous. L'ex-ambassadeur d'Algérie auprès de l'ONU à Genève, initiateur de plusieurs projets de résolutions Onusiennes pour la défense des droits de l'Homme et contre l'islamophobie, se retrouve ces dernières semaines victime ... d'islamophobie!

 

En moins de dix jours l'ancien diplomate algérien, Idriss Jazairy, s'est retrouvé au coeur d'une polémique dépassant le cadre suisse dans lequel il séjourne. Ainsi, un article d'un journal helvétique, Tribune de Genève, publié le 10 octobre dernier sur la version numérique (et le lendemain sur la version papier), accuse l'ancien diplomate algérien de cumul de fonctions.




Le Centre de Genève pour la promotion des droits de l’homme et le dialogue global (CGHRAGD) existe depuis 2014. Il a pour mission de s’assurer que chaque personne vivant au Moyen-Orient et en Afrique du Nord  puisse jouir des droits prévus au sein de la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Voir le lien de l’ONG, en anglais, en cliquant ICI 




Il lui est reproché d'être en même temps rapporteur spécial au Conseil des Droits de l'Homme (CDH) et directeur exécutif d'une ONG. Une double casquette qui serait, selon le journaliste de la rubrique internationale du quotidien (et également correspondant permanent accrédité auprès des Nations Unis), Alain Jourdan, une "situation inédite". Dans le même article sont publiés quelques "bribes" de déclarations de Idriss Jazairy. Il s'avère que le journaliste avait envoyé au diplomate algérien un e-mail dans lequel il demandait s'il y avait "une éventuelle incompatibilité" entre la fonction de directeur d'une ONG financée exclusivement par un seul pays et celle de Rapporteur.  "Liberté" a pu se procurer la réponse de Idriss Jazairy. Un e-mail daté du 30 septembre 2016, soit 10 jours avant la parution de l'article. Il explique dedans au journaliste suisse que 23% des "quelques 80 détenteurs de mandat" (ce qui est son profil à la CDH) sont "membres d'ONG, d'instituts nationaux des droits de l'homme et des activistes en matière de droits de l'homme". Une précision dont il donne la source: le rapport "Human Rights Special Procedure , Déterminants of influence"de l'ONG Universal Rights Group et "écrit par Marc Limon et Ed Piccone". 

L'article de la "Tribune de Genève" du 10 octobre 2016/©Salim Koudil

il indiquera également, dans le même courriel, que la "tâche d'un détenteur de mandat est bénévole donc non rémunérée et, ne prenant que quelques semaines par an, n'empêche nullement à ses titulaires de gagner leur vie le reste du temps". Il n'omettera pas d'ajouter une précision de taille, en citant des passages du manuel des procédures spéciales du CDH, "sous réserve de n'exercer aucune responsabilité de décision dans les instances exécutives ou législatives d'un Etat ou dans une organisation qui peut donner lieu à un conflit d'intérêt avec des responsabilités inhérentes au mandat".

Extrait de la réponse de Idriss Jazairy envoyée au journaliste suisse/©Salim Koudil

Concernant les sources de financement de l'ONG "Centre de Genève pour la promotion des Droits de l'Homme et le dialogue global" Idriss Jazairy précisera qu'il s'agissait de "financement privés" provenant de "mécènes des milieux d'affaires et du secteur caritatif des EAU". A la fin, en guise de conclusion, Idriss Jazairy écrira "je ne vois pas a priori d'incompatibilité entre la direction d'un Think-Tank qui se consacre à la recherche et à la formation en matière de droits de l'homme, à l'exclusion de toute activité de lobbying ciblant des pays, et la fonction de Rapporteur spécial". 

Tous ces détails seront  omis, ou tronqués, dans l'article de la Tribune de Genève. Le journaliste pondra un article dans lequel il alterna entre deux conflits, "d'intérêts" et "internes".  Il s'étalera ainsi sur le limogeage par Idriss Jazairy, dès son installation à la tête du centre de Genève, en juillet dernier, de "plusieurs salariés". " Au moins quatre personnes ont été priées de prendre la porte de sortie, dont deux directeurs" est il indiqué dans l'article. Le journaliste ne citera aucun nom des "écartés" ni ses sources concernant les menaces de saisir la justice.

Cet article est  ainsi surprenant par le contenu et par le timing. Comment ne pas être surpris quand, juste 22 jours auparavant, le même journaliste, Alain Jourdan,  et sur les colonnes du même journal, citait l'ex-diplomate algérien en des termes très différents, n'évoquant, ni insinuant, un quelconque conflit (ni d'intérêts ni internes). C'était dans un article intitulé "L'islamophobie en Europe préoccupe l'ONU" et dans lequel Alain Jourdan a repris les déclarations de Idriss Jazairy faites lors d'une réunion organisée par le Centre de Genève en marge de la session du Conseil des droits de l'homme. 

L'article de la "Tribune de Genève" du 22 juillet 2016/©Salim Koudil

Censure!

Un surprenant revirement. La situation prend de plus grandes proportions quand plusieurs médias, algériens et européens, ont repris l'information, mettant subitement Idriss Jazairy sur le banc des "accusés". Le directeur exécutif du centre de Genève, qui se trouvait alors à Abu Dabhi, n'a pas tardé à réagir. Le 13 octobre, un Droit de réponse (dont "Liberté" détient une copie") est envoyé par l'avocat de l'ex-diplomate algérien (par recommandé et par e-mail) à la "Tribune de Genève". A l'heure où est publié cet article, soit 8 jours après, cette "mise au point" n'a pas encore été publiée. Attaques médiatiques et non respect du Droit de réponse, tous les ingrédients d'une cabale...

Le "Droit de réponse" envoyé par l'avocat de Idriss Jazairy/©Salim KOUDIL

Intitulé "Il n'y a pas de "mandat de trop" pour l'ex-diplomate algérien, M. Idriss Jazairy", le texte revient sur l'article du journal suisse qui, comme indiqué par l'avocat,"porte (...) atteinte à l'honneur" de l'ex-ambassadeur d'Algérie à l'ONU. Dès le début il est mentionné qu'effectivement Idriss Jazairy cumule une fonction bénévole, celle de rapporteur spécial au Conseil des droits de l'homme "qui lui prend quelques semaines par an" et celle "rémunérée"  de directeur exécutif d'une ONG. 

Concernant les "conflits internes", évoqués par l'article du 10 octobre le Droit de réponse est venu démentir toute déclaration "par voie de presse sur d'éventuels litiges avec d'anciens employés". Pourtant, Alain Jourdan avait bien indiqué que Idriss Jazairy a confirmé "avoir mené une restructuration du personnel" et d'avoir mis "l'accent sur la recherche de solutions consensuelles". Des déclarations dont la source n'est pas indiquée, et dans la réponse de Idriss Jazairy, datée du 30 septembre, on n'en trouve aucune trace!

"Je dérange"

Afin d'avoir l'avis du concerné lui même "Liberté" a pris attache avec Idriss Jazairy. Il était à Genève, de retour d'Abu Dhabi où il avait animé, une conférence, avec l'Organisation de Coopération Islamique (OCI), sur "Le droit au développement". D'emblée, il ne cachait pas son indignation sur le contenu de l'article et aussi sur la non publication du Droit de réponse. Il commencera par dire "je dérange" avant de préciser qu'il est très rare de retrouver un musulman à la tête d'une ONG dont le siège se trouve à Genève, "alors qu'on retrouve d'habitude que des occidentaux" a-t-indiqué. Un "statut" qui semble déranger "certaines personnes" . ces dernières n'auraient pas hésité à actionner des lobbys suisses contre l'ex-diplomate algérien. Pour Idriss Jazairy sa mission est avant tout de promouvoir les Droits de l'Homme, "un domaine dans lequel nous n'avons pas de leçons à recevoir, il suffit de se fier au Coran et au parcours de l'Emir Abdelkader pour être édifier". L'absence sur la scène internationale d'ONG musulmanes capables d'avoir de l'influence , selon le président du Centre de Genève, est la principale raison pour laquelle il a accepté le poste de directeur exécutif du Centre de Genève pour la promotion des Droits de l'Homme et le dialogue global. Il réaffirmera que ce sont "des milieux d'affaires émiratis et des fondations caritatives, et non l'Etat des EAU (Emirats Arabes Unis), qui en voulant donner un son de cloche aux droits de l'homme "et pour servir une cause", qu'il s'est "lancé" . "Pour moi il faut surtout dépasser cette position défensive d'accusé dans laquelle se retrouve les pays musulmans" a-t-il précisé, avant de faire un "amer" constat: "Human Right Watch et Amnesty International défendent des positions occidentales et ils font écho aux politiques occidentales, et d'ailleurs il font un bon travail, à tel point qu'ils arrivent même à s'imposer dans les sociétés civiles des pays musulmans". 

Se disant loin d'être démobilisé, Idriss Jazairy déclare rester "aussi passionné qu'avant" et plein d'enthousiasme. En plus de ses fonctions il travaille sur un nouveau livre sur le langage ...islamophobe contemporain.

Salim KOUDIL

@SalimKoudil

 

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