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A la une / Enquête

Quatre structures privées sont opérationnelles à Alger

La Pma, le pouvoir de la biomédecine

Là où le secteur privé peine à démarrer, il investit lourd. Sur les huit cliniques privées de procréation médicalement assistée (PMA), quatre existent dans la capitale. Elles reçoivent, quotidiennement, des dizaines de couples qui désirent enfanter par la grâce de la biomédecine. Témoignages, dans ce reportage, de femmes qui mettent tous leurs espoirs dans les techniques de la PMA.

Ce qui était inconcevable, il y a dix ans, dans une société très rétive au traitement de la stérilité autrement que par les méthodes séculaires des masseuses et des mixtures des herboristes, frôle désormais la normalité. Des centaines de couples, issus de tous les niveaux sociaux et intellectuels, recourent à la procréation médicalement assistée (PMA) pour connaître enfin la joie d’être parents.
Dimanche 16 novembre, trois jeunes femmes — toutes originaires du sud du pays — se reposaient en regardant un programme sur une chaîne française câblée dans une chambre de la clinique Feriel, spécialisée dans la procréation médicalement assistée. Quelques instants auparavant, elles avaient subi des ponctions ovariennes. L’ultime étape avant le transfert, 72 heures plus tard, d’un ou de plusieurs embryons fécondés en laboratoire. Nawiya est toute volubile. Sans complexe, elle accepte de témoigner, quasiment à identité dévoilée, sur sa situation de jeune femme de 39 ans, mariée depuis dix ans et surtout sans enfant. “J’ai essayé tous les traitements possibles. Au départ, on pensait que le problème de stérilité venait de moi. J’en suis presque arrivée au divorce”, raconte-t-elle. Il est généralement difficile d’admettre que la stérilité du couple est d’origine masculine. Pourtant, dans le cas de Nawiya, c’était flagrant. Son mari a divorcé deux fois avant de l’épouser. Ses ex-femmes ont eu des enfants en secondes noces. “Au bout de cinq ans de vie commune, j’ai menacé mon mari de le quitter s’il ne faisait pas un spermogramme. Comme il avait peur de subir un troisième divorce, il a cédé”. Il s’est avéré que l’homme souffrait d’un problème d’infertilité. Quatre autres années passent sans que le couple consente un pas vers la procréation médicalement assistée. “Un de ses cousins a eu une fille après avoir pratiqué la fécondation in vitro. Cela l’a convaincu. Nous avons fait une première tentative, il y a six mois, sans succès. Nous  retentons l’expérience”, affirme-t-elle. “Dommage qu’il n’existe pas de centres d’hébergement pour des personnes qui viennent à Alger pour des soins. Nous sommes à l’hôtel. Cela nous coûte 1 600 DA par nuit”, regrette-t-elle. Nawiya et son mari résident à Laghouat. Ils font le déplacement à Alger régulièrement depuis qu’ils ont décidé de s’en remettre aux spécialistes de la procréation médicalement assistée pour enfin avoir un enfant. “Nous avons payé la première fois l’équivalent de 220 000 DA pour l’opération et le traitement. Cela nous revient un peu moins cher cette fois-ci. Ni moi ni mon mari ne travaillons. J’ai vendu mes bijoux et nous avons contracté des emprunts. L’argent se remplace. L’espoir de devenir parents compense les sacrifices financiers”, précise-t-elle, dans un sourire. Elle reconnaît néanmoins qu’il est plus ardu de lutter contre certaines mentalités étriquées. “Des membres de ma belle-famille rejettent cette option. Ils pensent que c’est hram (interdit par la religion, ndlr). Nous avons préféré leur cacher notre démarche pour que mon enfant ne soit pas traité de bébé de l’insémination”. Mme Kerri, qui a accouché à la mi- novembre à l’hôpital de Kouba d’une petite fille née d’un embryon congelé par les soins de l’équipe du Dr Nedir Cherif à la clinique Feriel, rapporte que des proches,  sensibilisés aux affres de la stérilité s’intéressent à la technique, tandis que d’autres soutiennent que ce n’est pas aussi bien que d’avoir des enfants naturellement.  “Heureusement que ma fille aînée ressemble beaucoup à son père, pour éviter toute suspicion”, ajoute-t-elle. Mme A. A. n’est pas d’accord avec cette perception.  “J’ai déjà eu, il y a 5 ans, une fille par fécondation in vitro. Tout mon entourage le sait. Je n’ai jamais senti qu’on faisait une différence entre elle et les autres enfants de la famille”. Elle informe qu’elle avait déjà un enfant d’une première union. “Il était alors clair que c’est mon second mari qui souffrait de stérilité. Au bout de deux ans de mariage, nous avons pensé à la PMA comme seule solution d’avoir un bébé”. Après l’aboutissement de la première tentative, la jeune femme de 33 ans et son conjoint sont revenus à la clinique Feriel pour une deuxième FIV. Nous suivons le Dr Nedir vers une autre salle, où il devait effectuer le transfert de plusieurs embryons dans l’endomètre d’une patiente, qui en est à sa quatrième tentative. “Nous voulons mettre le maximum de chances de son côté”, explique le Dr Nedir. Il lui explique, encore une fois, le protocole étape par étape. “À partir du moment où la patiente comprend ce qui se passe, elle gère mieux la situation”, affirme-t-il. “Nous avons une présomption de réussite de la nidation suivant la division des embryons, classés par ordre de A à D. Autant que possible, on transfère les embryons de classe A”, développe le praticien. Naturellement, de meilleurs résultats sont obtenus auprès de femmes de moins de 30 ans. Il est certes admis que l’âge ovarien ne correspond pas automatiquement à l’âge civil. Il n’en demeure pas moins qu’il est tout aussi prouvé que la fécondité de la femme baisse au fur et à mesure qu’elle avance en âge. Le docteur Nedir est diplômé en gynécologie obstétrique de l’université de Besançon, en 1972. En 2004, il a obtenu un diplôme de biologie de stérilité de l’université Paris XI. Sa clinique fonctionne depuis déjà quatre ans. Actuellement, son équipe procède à 600 ponctions par an. Il jure dur comme fer que la clinique enregistre un taux de succès variant entre 34% et 38%. “Nous avons environ 200 grossesses par an, sans compter les inséminations artificielles”, assure-t-il. Sa plus belle réussite s’appelle, pour l’heure, Nour Imane, le premier bébé né d’un embryon congelé puis décongelé et transféré dans l’utérus de la maman par ses soins et ceux de son équipe. Nour Imane a vu le jour le 17 novembre dernier à l’hôpital de Kouba au service gynécologie obstétrique du Pr Mourad Derguini. Ce dernier indique, d’ailleurs, que trois grossesses, survenues du même procédé, sont en cours. “La demande existe. Nous avons attendu 2008 pour avoir une première naissance car c’est une haute technologie qu’il fallait posséder et maîtriser”, précise-t-il. Le Dr Amari, médecin biologiste à la clinique El-Farabi, remet les pendules à l’heure  en réaction à des articles de presse sur Nour Imane, présentée comme un miracle de la science, réalisé en Algérie pour la toute première fois. Il a rappelé que la première naissance par congélation et décongélation d’embryons a été obtenue dans sa structure à Annaba en 2005. La clinique Feriel conserve, gratuitement, les gamètes et les embryons pendant trois ans. À l’approche de la date d’expiration de ce délai, les parents sont contactés, par courrier, pour faire connaître leur intention d’utiliser les cellules congelées. Le cas échéant, elles seront systématiquement détruites. Le couple Kerri, originaire de Lakhdaria, a reçu une correspondance de la structure pour réserver un sort à leurs embryons surnuméraires congelés depuis plus deux ans. “Nous avons décidé de donner un frère ou une sœur à Nour Houda. Un embryon a tenu et nous avons eu Nour Imane”, témoigne la maman, encore mal remise de sa césarienne. L’opération a coûté, cette fois-ci, au couple 20 000 DA. Le Dr Nedir Cherif situe à ce niveau l’intérêt de la congélation des embryons. “Le couple peut décider à tout moment de les utiliser. Cela lui revient nettement moins cher. Et puis la femme n’aura pas à subir de traitement ni une autre ponction”. Sur les risques de se tromper d’embryons, le chef de la clinique Feriel est catégorique : l’erreur est quasiment impossible. “Nous identifions les embryons sous plusieurs matricules. Si on se trompe sur un chiffre, on ne pas peut l’être sur le second ou le troisième”. Il affirme, par ailleurs, que la congélation des gamètes mâles est un espoir pour les cancéreux. “Avec le traitement par chimiothérapie, la qualité des spermes se détériore. C’est pourquoi, il est important de conserver des gamètes avant de commencer le traitement”. Dans la majorité des cas, les différentes techniques de l’assistance médicale à la procréation parviennent à vaincre la stérilité. Il demeure, néanmoins, quelques anomalies du système de reproduction, qu’il soit féminin ou masculin, qu’il n’est pas possible de transcender.

S. H.