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A la une / Enquête

Rapatriement des dépouilles mortelles de Grande-Bretagne

Le prix du dernier voyage

Pouvoir être enterré dans son pays natal est un luxe que tous les Algériens de Grande-Bretagne ne peuvent pas s’offrir. Le transfert d’une personne décédée coûte environ 2500 livres. Très souvent, des quêtes sont organisées pour régler les frais de ce dernier voyage que des individus humbles, quelquefois des sans-papiers, accomplissent dans un cercueil.

Il n’est pas rare de trouver une urne sur le comptoir d’un magasin d’alimentation générale ou d’un petit restaurant algérien à Hounslow ou à Finsbury Park. Dans ces enclaves londoniennes très fréquentées par nos compatriotes, la solidarité communautaire est souvent mise à contribution pour secourir les plus démunis et préserver leur dignité, même après leur mort.
Dans les petites boîtes en carton, des anonymes glissent des billets de banque soit pour aider une famille en difficulté financière ou un malade abandonné dans un pavillon hospitalier ; soit pour permettre à une personne décédée d’être enterrée dans son pays natal.
Pendant très longtemps, le transfert en Algérie des dépouilles d’Algériens surpris par la faucheuse, en terre victorienne, s’est déroulé sous l’auspice de comités de rapatriement improvisés, qui organisent la récolte de dons, devant à la fois couvrir les frais du “dernier voyage” et du service funéraire. “Nous avons toujours procédé de cette manière, surtout pour rapatrier les corps de sans-papiers, qui n’ont pas de proches en mesure de prendre en charge cette opération”, confie Boudjemaa, tenancier d’une petite gargote à Finsbury Park. Il cite en exemple le sort dramatique d’un compatriote, qui a erré pendant vingt ans dans les rues de Londres, avant d’être tué par l’alcoolisme. Sa famille au pays, qui n’avait plus de nouvelles de lui, a appris son décès par le biais d’émigrés algériens, qui ont mis la main à la poche pour rapatrier son corps et permettre à sa pauvre mère de jeter un dernier regard sur lui. Le transfert des dépouilles mortuaires en Algérie coûte environ 2500 livres. “C’est une somme assez élevée que tout le monde n’est pas en mesure de payer”, observe Mohamed Nacer, responsable d’Arab Advice Bureau (AAB), un cabinet de conseils juridiques et administratifs, très sollicité par nos compatriotes, surtout par les sans-papiers en quête de régularisation. Il arrive également que Nacer soit requis pour organiser des quêtes en faveur de tel ou tel individu pas assez loti, pour assurer le rapatriement d’un proche décédé. “Je connais des personnes dont le père ou la mère ont perdu la vie au cours d’un séjour en Grande-Bretagne et qui n’étaient pas en mesure financièrement de transférer leur corps”, révèle le directeur d’ABB. Au cours de ces dernières années, il dit avoir coordonné de nombreuses quêtes, même si ce genre de démarche inopinée n’est pas vraiment conforme à la législation en vigueur au Royaume-Uni. “Ici, les opérations de collecte de dons sont réglementées. Elles doivent être approuvées et accomplies dans un cadre bien précis”, fait remarquer Nacer. Mais comme de nombreux Algériens, il n’hésite pas à faire une petite entorse à la loi quand il faut soutenir financièrement un compatriote en difficulté.
Dans le cas précis du rapatriement des dépouilles mortelles, l’aide n’est pas uniquement pécuniaire. Elle concerne également l’organisation du service funéraire, qui inclut la toilette rituelle du défunt et sa mise en bière. En l’absence d’un lieu de culte typiquement algérien qui serait en mesure d’offrir ce genre de prestations, nos compatriotes de Grande-Bretagne se tournent vers d’autres mosquées.
à Londres, le centre musulman de Whitechapel (est de Londres), fréquenté principalement par la communauté asiatique, constitue l’ultime recours des Algériens. Il dispose d’un service funéraire (Haji Taslim Funerals) qui prend en charge, monnayant une compensation financière, le transport du corps du défunt de l’hôpital ou de la morgue à la mosquée, la toilette et la prière funéraire. La dépouille est ensuite acheminée à l’aéroport, en vue de son rapatriement. Dans certaines situations, les choses ne se déroulent pas aussi simplement et rapidement. Les décès survenus dans des conditions suspectes donnent lieu à des enquêtes qui doivent être terminées avant que les corps des victimes soient autorisés à quitter la morgue. “Cela peut prendre des semaines”, note Nacer. Il relate le sort d’un jeune Algérien mort d’une overdose.
Après autopsie du cadavre, il a fallu attendre que le procureur clarifie les raisons du décès et délivre son autorisation pour rapatrier le défunt. Le transfert d’individus décédés et qui étaient en situation irrégulière est autrement plus compliqué. Dans ces cas-là, le consulat d’Algérie doit mener sa propre enquête pour confirmer l’identité du sans-papier. Cette opération peut également prendre du temps, car les agents consulaires doivent procéder à des recoupements.


S. L.-K.