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A la une / Enquête

MOHAMED DAHMANI, ARCHITECTE ET DIRECTEUR DE L’OGEBC

“Les biens que nous ne connaissons pas sont les plus menacés”

Selon notre interlocuteur, le trafic cible surtout les sites non classés où des fouilles clandestines sont menées.        Pendant des années, l’Agence nationale d’archéologie (ANA), située au palais Dar Aziza à Alger, était tiraillée par diverses préoccupations qui figuraient dans l’ordre de ses missions, s’efforçant tant bien que mal de les régler, souvent sans succès. L’ANA a été créée en 1987 avec un cahier des charges bien rempli. Elle faisait office de puissance publique. Par ailleurs, elle assurait un rôle de gardiennage, se chargeait de la recherche scientifique et s’occupait de la restauration des biens culturels. “Elle avait tellement à faire qu’elle en était paralysée. En outre l’ANA n’était pas dotée de moyens”, remarque Mohamed Dahmani. C’est avec satisfaction qu’il a accompagné la transformation de l’ANA en Epic, il y a plus d’un an. Désormais, cet organisme sous tutelle du ministère de la Culture porte un autre nom : Office de gestion et d’exploitation des biens culturels. Cette mutation fait suite à la signature du décret fixant les modalités d’établissement de l’inventaire des biens culturels protégés. D’ailleurs, le rôle de l’office consiste à chapeauter cette vaste opération. Selon M. Dahmani, l’inventaire est déjà lancé dans plusieurs wilayas. Plus tard, il sera élargi à tout le territoire national. Au niveau local, des commissions rattachées aux directions de la culture participeront à l’inventaire. Le recensement consiste en une prospection au niveau de tout le territoire de la wilaya suivie de la constitution de dossiers de classement national ou régional suivant l’importance de l’objet ou du site. “Les walis ont la possibilité de prendre des arrêtés de classement”, indique le directeur de l’office.  L’argent consacré à la première phase d’inventaire provient du fonds spécial débloqué par l’État pour le développement des Hauts-Plateaux.  Car ce sont les villes de cette région qui ont été ciblées en priorité par le dénombrement de leurs biens culturels. Connues pour être des musées à ciel ouvert, des wilayas comme Batna, Tébessa, Souk-Ahras et Khenchela font souvent une incursion dans l’actualité à travers des pillages ou des mutilations dont leurs vestiges archéologiques sont victimes. “Les biens que nous ne connaissons pas sont les plus menacés”, alerte M. Dahmani. Bien que niant l’existence d’une hémorragie, le trafic, selon lui, est entretenu par des réseaux. “La demande crée l’offre”, note-t-il. Son plus grand regret est que les pilleurs ignorent que là où ils passent, ils effacent un pan de notre histoire. Pour eux, l’objet volé ne vaut que par son prix de vente.  Mais pour les spécialistes, l’estimation est faite autrement. Hors de son milieu, l’objet est largement déprécié. “La decontextualisation” est le pire qui puisse arriver à une pièce archéologique. Elle devient muette. Alors qu’auparavant, selon son agencement, elle relatait une histoire. L’histoire de l’humanité.

S. L.