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A la une / Enquête

LE TOURISME SAHARIEN EN GUISE DE PRODUIT D’APPEL

Les limites d'un choix

Les spécialistes s’accordent à dire que dans l’état actuel des choses, la politique algérienne en matière de tourisme frise l’échec annoncé avant même d’avoir vu le jour. Les réformes enclenchées depuis les années 2000, qui englobent le moyen et le long terme, n’arrivent toujours pas à briguer la moindre visibilité quant aux choix à entreprendre.

Devant la complexité de la problématique  les pouvoirs publics ne trouvent pas mieux que d’orienter tous les efforts vers un produit, jusque-là préservé, adoptant la politique de l’autruche pour justifier des actions avortées faute d’une réelle prise en main de la situation.
La mise à contribution de véritables compétences étant quasi absentes des sphères de décision rend toute participation aux manifestations internationales obsolète au regard de la pauvreté du contenu à proposer. La richesse naturelle de notre pays en patrimoine matériel autant qu’immatériel aurait dû en inspirer plus d’un. Or, le constat interpelle tout un chacun. La particularité du désert algérien réside dans sa préservation. Ce qui l’éloigne de facto de l’option de développer un tourisme de masse en recourant à ce type de produit qui doit demeurer restreint à ceux qui savent réellement l’apprécier.

Les agences de voyages se substituent aux tour-operators
La définition des missions autant pour une agence de voyages que pour un tour-operator tarde à s’éclaircir. Le mode de fonctionnement est pourtant évident puisqu’il incombe à l’agence de voyages de vendre ce que le tour-operator produit à grande échelle et profiter d’une couverture juridique requise en la matière. C’est loin d’être le cas aujourd’hui avec des agences de voyages dans l’obligation de monter elles-mêmes le produit.
 C’est aussi la cacophonie dans le mode de fonctionnement de ces agences qui, à un moment donné, ont poussé comme des champignons au détriment de la qualité et du professionnalisme. De simples agences de billetteries ou organisateurs de hadj et omra, les agences donnent l’impression carrément d’être en panne d’imagination.
À leur corps défendant, certains argumentent cette léthargie par l’absence d’un cadre encourageant à tous les niveaux à passer à l’infrastructure adéquate, le transport allant jusqu’à aborder l’aspect sécuritaire pour s’investir dans le réceptif. Ils soulignent, par ailleurs, l’hostilité des autochtones à l’encontre de ce tourisme censé être une source de vie tout autant que n’importe quelle autre activité économique. Les initiatives individuelles, louables à plus d’un titre, sont noyées dans le marasme d’une médiocrité générale.    
L’assainissement entrepris par les pouvoirs publics se justifie pleinement mais ne devrait pas non plus constituer un frein au développement.
Reste aussi à définir le cadre légal de l’accueil d’un touriste et de sa prise en charge qui plonge les agences de voyages dans la spirale d’un imbroglio inextricable. Souvent les touristes se plaignent de “l’overdose” sécuritaire inefficace dans la plupart des cas. Les formalités administratives sont également un élément dissuasif, à commencer par la délivrance des visas et le traitement des touristes à leur arrivée au niveau de nos plates-formes d’entrée au pays.

Les moyens investis en décalage avec les ambitions
Le discours officiel prône le développement du tourisme en guise de l’une des principales activités économiques de substitution aux hydrocarbures. Les moyens investis pour mettre en œuvre cette approche sont, cependant, dérisoires au regard des ambitions. Les spécialistes soutiennent qu’il faut continuer à réaliser des infrastructures hôtelières sans que cela constitue le point focal de notre politique.
On s’abstiendrait évidemment du conseil d’Odit France qui préconise l’option camping alors que l’Algérie voudrait figurer parmi les destinations à faire valoir sur la scène internationale.
Si la saison est riche en touristes, pour la plupart nos ressortissants établis à l’étranger qui viennent en visite familiale, le reste de l’année enregistre une faible fréquentation. Souvent les hôtels travaillent à perte plutôt que de s’adapter aux saisons basses à travers des formules à même d’encourager un tourisme local.
Ils sont nombreux les Algériens qui n’ont jamais mis le pied hors de leur wilaya et encore moins à aspirer visiter le Sud du pays tant le titre de transport est hors de portée de la plupart.
Ils sont pourtant plus de 2 millions d’Algériens à organiser leur grandes vacances à l’étranger individuellement ou par le biais d’agences grâce à des économies récoltées durant toute l’année ou par le biais de leurs mutuelles respectives (œuvres sociales comme c’est le cas pour Sonatrach, Sonelgaz, l’Éducation, etc.). L’autre chapitre qui exige toute notre attention réside dans la formation et la communication.
L’Algérie manque cruellement de cadre d’enseignement. À l’ère du e-tourisme, où des questionnements multiples sont posés de manière pertinente sur le phénomène d’émergence : Comment s’anime une communauté ? Comment s’auto-alimente-t-elle ? Comment créer des liens avec l’autre et se valoriser aux yeux d’autrui ? Comment relier le virtuel au réel pour vendre une destination ? Comment positionner son produit ? L’Algérie, pour sa part, en est encore à organiser des festivals sur le tourisme saharien mais en plein capitale, ou alors au Sud, en plein désert, comme cela a été le cas auparavant mais sans impliquer d’aucune manière les intervenants locaux.

La clientèle locale comme  seule alternative
Pour trouver la bonne médication il faut déceler le bon diagnostic. Il apparaît déjà qu’il nous faut opérer un travail sur nous-mêmes et se réapproprier certains réflexes. La responsabilité incombe à l’État qui, lui, interpelle le citoyen et réclame une participation active sans mettre les moyens requis en la matière. Il nous faudra expliquer, un jour, pourquoi nous avons raté le coche en ce qui concerne une clientèle considérée comme un gisement, en l’occurrence les nostalgiques pieds-noirs ? Ceci n’est qu’un exemple parmi d’autres qui révèle l’absence de vision. Les statistiques et autres chiffres sur les touristes sont une inconnue avec laquelle doit composer tout un chacun pour expliquer la nuance qui subsiste entre des estivants, de simples baigneurs et de véritables touristes qui marquent leurs passages par les hôtels. Il faudra expliquer ce potentiel touristique inexploité à même de générer d’importantes rentrées en devises.
Il faut aussi prendre en considération la mutation de la clientèle internationale et l’évolution de ses besoins. Car même ceux qui recherchent le dépaysement dans notre désert exigent un minimum de confort. Difficile à imaginer que pour visiter les ruines romaines de Tipasa, il nous faille éviter les pauses-déjeuner parce qu’on ferme boutique à ce moment-là et que pour accéder à notre mythique Casbah il faut assurer un maximum de conditions de sécurité.
Difficile d’admettre que passer des vacances au pays pour les nationaux coûte les yeux de la tête, bien plus cher que d’aller se prélasser chez nos voisins tunisiens ou même s’aventurer plus loin encore pour arriver jusqu’en Turquie.
Difficile d’accepter le fait que pour passer une journée au bord de l’eau, il faut débourser au minimum 300 DA par personne alors que notre pays jouit de 1 200 kilomètres de côtes au bord desquelles chacun pourrait trouver son bonheur.

Multiplication de tutelles  pour les mêmes structures
ONT, ONAT, des initiales connues de tous sans que l’on comprenne réellement les missions et les prérogatives de chacun. L’ONT, qui est l’organe de promotion,  manque cruellement de compétence pour présenter la destination Algérie. Par manque de moyens ou par manque d’imagination, souvent les produits (prospectus, images, affiches, CD, vidéos) dont l’ONT dispose sont de piètre qualité. La participation aux manifestations internationales est souvent d’ordre folklorique et très peu suivie d’effet.
À souligner aussi la rareté d’ouvrages et autres écrits spécialisés en la matière. Le TCA (groupe Touring Club Algérie) est, quant à lui, une véritable  particularité puisqu’il ne s’agit, et beaucoup l’ignorent, que d’une simple association qui, avec le temps, s’est développée pour créer des filiales qui puissent avoir un caractère économique, et fonctionne avec un conseil d’administration dans lequel l’État n’est pas présent.
Pourquoi a-t-on donc l’impression que le TCA appartient à l’État et jouit de tous les privilèges, notamment pour ce qui est du hadj et de la omra ?   
Qui fait quoi et qui est responsable de qui ? La question reste posée et les responsabilités diluées entre un ministère qui n’a pas réellement son mot à dire sur les infrastructures hôtelières et autres complexes touristiques qui dépendent officiellement des SGP. Sans compter souvent les télescopages entre des secteurs qui devraient se compléter, comme l’artisanat et la culture avec le tourisme.
L’on peut dire aujourd’hui aisément que l’opération de privatisation des infrastructures hôtelières est un fiasco total. Celle-ci échappe complètement au ministère du Tourisme même s’il figure en tant que membre du  Conseil de participation de l’État (CPE) après la disparition du conseil de privatisation qui a mené les premières opérations. Les investisseurs se heurtent souvent au problème du foncier et craignent encore le climat politique instable dans lequel l’Algérien lui-même a peur de s’aventurer. La dernière trouvaille en date n’est autre que l’obligation pour un étranger de partager la propriété de son investissement avec des partenaires algériens. Sur la base d’une simple circulaire du chef du gouvernement qui abroge une ordonnance.
Les aides des banques, annoncées en grande pompe, ne sont pas toujours de mise, du moins pour tous les intéressés,  et les privilèges octroyés dans le cadre d’incitation ne sont pas contrôlées (pas de suivi).
La baisse de la TVA pour l’hôtellerie et la restauration notamment chez le privé est loin d’être répercutée sans que personne ne le relève. Le plan de qualité de tourisme prôné par le ministère du Tourisme est loin de trouver une réelle existence dans la mesure où le minimum n’y est pas.