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A la une / Enquête

La sardine, l’espadon et la crevette royale

Les mareyeurs fustigent la clochardisation du commerce du poisson

Le littoral des wilayas de Skikda, de Annaba et d’El-Tarf renferme un stock de fruits de mer important, mais la production reste cependant relativement insignifiante. Les marins pêcheurs n’arrivent plus, depuis des années, à inonder le marché comme ce fut le cas dans le temps. Ce qui explique en partie la flambée des prix du poisson. Même la sardine, le mets des pauvres par excellence, il y a une décennie, est devenue inaccessible. Nos journalistes ont fait le tour des poissonneries.


AEl-Kala, le poisson “moissonné” est vendu avant même d’être étalé sur le quai, ce qui le rend excessivement cher à El-Kala, nous explique un armateur. L’information se confirme du fait qu’au marché hebdomadaire de Bouhadjar, le poisson est disponible alors qu’à El-Kala, point des fruits de la mer. Pire, arrivé à un certain niveau des prix, les mareyeurs préfèrent balancer le poisson par-dessus port, afin de maintenir élevés les prix pratiqués, que de céder leurs produits à de petit prix. Le reste du temps, la demande est nettement plus forte que l’offre, notamment en fin de semaine, au point que la main invisible du marché n’a pas besoin de celle des pêcheurs pour pousser la mercuriale vers le haut.

On jette la sardine dans la mer !
Pourtant, selon le directeur de la pêche, la production halieutique, durant l’année 2008, a atteint 5 028 tonnes, soit 70% des objectifs arrêtés. Des chiffres qui assurent une augmentation de la production de 2 144 tonnes par rapport à 2007. Un pêcheur, ayant une expérience d’une dizaine d’années, nous prend à témoin que la côte tarfinoise longue de 90 km foisonne de poissons appréciés par les mandataires. Cependant, il déplore le manque de moyens, car la flottille existante est pour 56% d’entre elle, surannée. “Personnellement, j’ai sollicité une aide pour avoir une nouvelle embarcation, depuis plus de cinq ans, mon dossier traîne de bureau en bureau sans qu’il y ait de répondant”, rajoute un autre.
À El-Tarf, la flottille existante est de 209 embarcations toutes catégories confondues, soit une augmentation d’une centaine d’embarcations, dont 138 petits métiers, comparativement à 2002.
La production enregistrée au cours du mois de décembre est de 67 315 kg contre 220 077 kg au mois de novembre dernier. Cette régression s’explique par les conditions atmosphériques enregistrées en décembre dernier.
Nos interlocuteurs avouent plus loin que les 80% de la production de sardines du port d’El-Kala sont écoulés à des mandataires venant d’autres wilayas. Il en résulte une hausse vertigineuse du prix sur le marché local faisant passer le prix du kilo de la sardine de 100 DA, il y a quatre mois, à 140 DA le kilo et plus. Sur le marché du gros, le prix d’une caisse totalisant moins de 20 kg est adjugée à 1 900 DA contre 350 DA, il y a deux ans. Pour les autres types de poissons, les prix oscillent entre 500 et 3 000 DA le kilogramme. “Ces prix sont justifiés par l’absence d’une halle à marais ou doit transiter le produit de mer”, nous explique-t-on.
À El-Tarf, la pêche est une activité économique porteuse. La population active dans ce créneau est de 2 275 entre patrons, mécaniciens et marins.

Le poisson du pauvre à 200 DA à Skikda
Bien que le littoral de la wilaya de Skikda renferme un stock de pêche estimé à 18 000 tonnes, la production reste cependant relativement insignifiante et ne dépasse pas le tiers. Rien que pour l’année dernière, avec
6 534 tonnes, la production est en nette augmentation par rapport à 2007 où on a enregistré 4 425 tonnes, soit un apport de plus de 22%.
Cet accroissement est expliqué, selon le président de la chambre de la pêche, par l’arrivée de petits pêcheurs au niveau de la côte de Skikda durant l’année 2008, l’introduction de nouvelles embarcations acquises dans les différents programmes d’aide ainsi que les cycles de formation pour le perfectionnement des marins pêcheurs.
Quant à la faiblesse de cette production par rapport aux gisements, elle est diversement explicitée. M. B. Kharbeche, armateur, avance le réchauffement climatique et la prolifération des barrages d’AEP. “La réalisation des barrages a considérablement diminué l’apport en phytoplancton nécessaire pour la survie du poisson”, dira notre interlocuteur. Il regrette les années 1960 et 1970 quand on utilisait les filets Sardal, dont les mailles sont plus larges que ceux utilisés actuellement, qui permettaient un tri sélectif qui assure la régénération du poisson juvénile.
On avance aussi que si la flottille s’est considérablement élargie, la consommation du poisson a également augmenté à l’intérieur du pays. L’introduction importante du poisson dans les traditions culinaires par les habitants des régions intérieures du pays et la restauration collective a bouleversé le marché. L’apport des camions frigorifiques et la multiplication des moyens de stockage ont facilité cette démocratisation. Les exportations expliquent aussi une partie des causes de cette raréfaction. Quant à la faiblesse de la production de la crevette, l’armateur l’expliquera par le procédé du chalutage qui a influé sur la régénération du poisson. Les deux zones poissonneuses de Skikda qui sont le Tourniquet, au niveau de la baie de Collo, et la grande calle (calle à merlan), au niveau de la baie de Skikda, “sont intensément exploitées par une multitude de chalutiers où la quantité du poisson juvénile de taille non commerciale rejetée en mer est en moyenne 5 fois supérieure à la prise du poisson autorisé à la commercialisation”, nous explique-t-on. “On ne peut parler d’augmentation de production quand la sardine arrive au prix de 200 DA le kg”, soulignera, quant à lui, le président du comité national de la pêche. H. Belout, qui fustige la clochardisation de la commercialisation du poisson.

La loi des prédateurs à Annaba
Avant même d’être consacrée, à tort ou à raison, capitale de l’acier depuis qu’elle abrite le complexe sidérurgique d’El-Hadjar, Annaba est une ville côtière avec ce que cela suppose comme activités dans le domaine de la pêche. Le littoral annabi, long de quelque 80 km, renferme quelque chose comme 30 000 tonnes d’espèces pélagiques, une biomasse qui peut paraître conséquente, mais qui, dans la réalité, ne profite pas à la population locale. Pas plus qu’elle ne profite aux gens de la mer, les petits métiers s’entend. La production moyenne de ces dernières années, de l’ordre d’un peu plus de 8 000 tonnes, reste très loin des potentialités que la wilaya recèle, de l’avis des gens du métier. La quantité pêchable y est évaluée, en effet, à 10 000 tonnes par an, toutes espèces confondues, un potentiel qui fait le bonheur exclusif des trois ou quatre grands armateurs établis entre Annaba et Chetaibi. La production se heurte, toutefois, à la contrainte du relief sous-marin, très accidenté, de la zone de pêche. Le plateau continental, étroit, ne présente pas les conditions requises pour le chalutage, regrettent les marins pêcheurs. Cependant, l’introduction de nouvelles techniques de pêche et notamment le renforcement de la flottille, tels que figurant au programme de la direction de tutelle permettront, on l’espère du moins, une augmentation substantielle de la production. Cette même autorité de tutelle rappelle que la wilaya de Annaba, dont la flottille de pêche compte 463 unités, à savoir 41 chalutiers, 125 sardiniers et 297 petits métiers, pour 3 325 marins pêcheurs, présente des opportunités dans le domaine de la transformation des produits de mer, l’élevage aquacole et de l’artisanat lié à la pêche. Mais ce ne sont là, que des chiffres pour le simple citoyen.
Le père de famille, quant à lui, ne peut que se morfondre devant l’étal des poissonneries. Lui, qui a toutes les peines du monde à ramener à sa maisonnée le moindre aliment de base ne pourra jamais se payer le poisson dont les prix ne cessent d’augmenter. Même l’allache, la bogue, le “maquereau” et la sardine, prétendus “poissons du pauvre”, sont vendus entre 150 et 300 DA le kg. Alors comment peut-on décemment rêver de rougets, de merlans ou de crevettes qui sont proposés à des prix exorbitants quand ils ne sont pas interceptés par les restaurateurs spécialisés de Annaba et de la capitale ? Les professionnels de la pêche affirment que les crustacés, notamment, sont, soit vendus en haute mer à ces “requins du négoce illicite” qui en tirent des bénéfices substantiels, soit exportés vers l’Italie, via la Tunisie, pays où les produits de nos côtes sont très prisés, semble-t-il. Une situation que seule une moralisation effective et suivie de la filière pourra ramener à la normale, par la mise en place de la police des mers ou d’une présence plus soutenue des garde-côtes dans les zones connues de pêche du large, souhaitent certains des marins pêcheurs.

T. B., A. B. et A. Allia