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A la une / Enquête

Jeunesse en déperdition

Les raisons de la colère

Hormis leur jeunesse, il n’existe, a priori, aucun lien logique entre les émeutiers, les harragas et les kamikazes. Les raisons de leur colère et les effets de leurs actes sont même fondamentalement différents.

Sociologues, politologues et psychologues évoquent l’absence de repères, couplée à la misère, au manque d’affection et d’espace d’expression libre qui incitent beaucoup de jeunes à dévier du chemin de la vie qu’ils devaient originellement suivre afin d’avoir une vie d’adulte normale. Chérifa Bouatta, psychologue et présidente de l’Association pour l’aide psychologique, la recherche et la formation (Sarp), explique qu’“être jeune, c’est être dans une position de fragilité psychique, mais aussi de rébellion normale contre les adultes”. En 2001, l’Algérie affronte, pour la première fois, avec une ampleur inquiétante, le phénomène des émeutes. Au-delà de causes directes liées à la mort suspecte dans une brigade de gendarmerie du jeune Massinissa Guermah, les témoignages recueillis auprès des émeutiers montrent que cet incident est assimilable à l’allumette qui enflamme un brasier. La hogra, le chômage, le manque de loisirs et de perspectives… la jeunesse de la Kabylie n’en pouvait plus de les subir au quotidien. Elle a exprimé son ras-le-bol en brûlant des pneus, en incendiant des véhicules et en détruisant des édifices publics qui incarnent l’État qui ne les a pas pris en charge. À partir de 2002, les émeutes, circonscrites quelque peu à la région de Kabylie et quelques villes de l’Est, se sont propagées dans tout le territoire national. Les évènements du Printemps noir ont fait des émules : les jeunes s’expriment, désormais, par l’émeute dès qu’ils souhaitent porter une doléance aux pouvoirs publics. “Les jeunes ont remarqué que quand on est violent, on peut avoir des résultats”, confirme Mohamed Hennad, professeur à l’Institut des sciences politiques. Au-delà du fait de se donner la mort dans la discrétion et la solitude, certains jeunes se choisissent une mort plus spectaculaire, en acceptant de conduire un véhicule piégé qu’ils ruent sur la cible. Les services de sécurité dénombrent, jusqu’alors, une dizaine d’attentats perpétrés par des kamikazes, pratiquement tous âgés de moins de 30 ans. Il est, certes, extrêmement ardu de comprendre les motivations des kamikazes, qui ne sauraient s’expliquer uniquement par les convictions religieuses. La pulsion suicidaire est plus sournoise chez les émeutiers et les harragas, qui ne donnent pas volontairement rendez-vous à la mort. Pourtant, ils mettent leur vie en grand danger à chaque fois qu’ils mettent en application leurs projets. Les évènements de la Kabylie ont fait des dizaines de morts et de très nombreux handicapés à vie. Les dépouilles de harragas sont régulièrement récupérées par des garde-côtes. Entre 2005 et 2007, un total de 2 340 candidats à l’émigration clandestine ont été arrêtés. 1 301 d’entre eux ont été secourus en mer. Aucun recensement des disparus au large de la Méditerranée n’est établi, même s’il constitue une revendication des parents. Les experts recommandent à l’État de mettre en œuvre rapidement une politique de prise en charge effective de la jeunesse, au risque de voir la société partir davantage à la dérive. Les actes des émeutiers, des harragas et des kamikazes, majoritairement en âge de croquer la vie à belles dents, au lieu de s’enliser dans la violence contre eux-mêmes et contre autrui, sont assurément un SOS qui doit être pris au sérieux.

S. H.