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A la une / Enquête

Expulsions

Les raisons des retards

Selon des sources consulaires algériennes à Londres, des compatriotes refusent souvent de dévoiler leur identité et leur pays d’origine afin d’éviter leur transfert.

Dans son rapport sur les détentions abusives dont sont victimes les étrangers en attente d’expulsion, London Detainee Support Group s’est fié aux assertions de l’inspection générale des prisons, selon laquelle les services consulaires de certains pays, dont l’Algérie, refusent parfois de délivrer des laissez-passer indispensables au transfert de leurs ressortissants.
Or, d’après une source diplomatique algérienne à Londres, ce genre d’allégations n’est pas tout à fait exact. “Nous coopérons avec les autorités britanniques en vertu des accords qui existent entre nous”, confie-t-elle en référence, notamment, à la convention sur la libre circulation des personnes et les réadmissions que les deux États ont signée en 2006. La délivrance des laissez-passer se fait sur la base d’une identification stricte des individus concernés par les expulsions. “Le problème ne se pose pas quand ils sont munis de pièces d’identité, comme la carte militaire ou le passeport”, explique notre source. En l’absence de papiers d’identité, les services consulaires sollicitent leur tutelle, le ministère des Affaires étrangères, à Alger, pour une demande d’information. Des enquêtes et des recoupements sont réalisés pour identifier avec exactitude les individus faisant l’objet de demandes de refoulement de la part des services migratoires britanniques. Quelquefois, les investigations n’aboutissent nulle part, car les personnes concernées ont donné de faux noms et filiations. “Beaucoup d’Algériens en détention mentent sur leur identité ou refusent carrément de dire de quel pays ils sont originaires pour éviter d’être expulsés. Ils pensent qu’avec le temps, les services migratoires baisseront les bras et les remettront en liberté”, commente notre source.
À ces yeux, ce subterfuge utilisé par les sans-papiers est la principale raison qui empêche ou du moins retarde leur refoulement. Cependant, les lenteurs dans la délivrance des laissez-passer ne sont pas tributaires uniquement des paramètres d’identification. “Quelquefois, il s’agit de ressortissants dûment immatriculés au niveau du consulat, mais qui ont intenté des actions en justice pour empêcher leur expulsion. Nous ne pouvons pas donner d’accord pour leur transfert avant l’épuisement de tous les recours qu’ils ont introduits devant les tribunaux”, précise notre interlocuteur. Si certains arrivent à gagner le droit de rester au Royaume-Uni, la plupart par contre échoue. “Certains avocats cupides profitent de la détresse des sans-papiers en leur faisant croire qu’ils peuvent obtenir gain de cause. Ils les entraînent dans des procédures longues et coûteuses pour rien”, note notre source. Sur un autre registre, elle évoque l’intérêt de certains établissements de rétention, administrés par des entreprises privées, à garder des sans-papiers. “C’est comme dans les hôtels. Les gérants n’ont pas toujours envie que les locataires quittent les lieux”, ironise le diplomate. Selon London Detainee Support Group, la prise en charge hebdomadaire de chaque pensionnaire coûte plus d’un millier de livres sterling, prélevés sur l’argent du contribuable. Cette charge financière rajoute à l’exaspération de l’opinion publique. De plus en plus allergique à la présence des étrangers en situation irrégulière. Outre leurs performances économiques, les pouvoirs publics sont jugés aujourd’hui sur leur capacité à stopper le flux migratoire.
Notre source indique d’ailleurs que le nombre des reconduites aux frontières concernant les Algériens a augmenté considérablement ces dernières années. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, les expulsions ne seraient pas toujours forcées. “Nous enregistrons aussi beaucoup de retours volontaires”, confie notre source. Elle cite le cas de jeunes sans papiers “en liberté” qui s’adressent aux services consulaires pour obtenir des laissez-passer leur permettant de retourner au pays. Sans abri et sans le sou, ces derniers préfèrent tout simplement rentrer.