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A la une / Enquête

Les membres du réseau de la capitale condamnés à 6 et à 8 ans de prison ferme

Quand des repris de justice s’improvisent gardiens de parking !

Se faire voler son véhicule dans un parking informel, où un gardien est censé assurer la sécurité des lieux et des biens, est loin d’être de l’intox.  Des affaires du genre, où le principal accusé n’est autre que le soi-disant gardien à qui le conducteur paie la “sécurisation” de son véhicule en ignorant que c’est celui-là même qui planifie le vol tant redouté, atterrissent au tribunal. Le tribunal criminel d’Alger a statué mardi dernier sur l’une d’elle. Verdict : entre 6 et 8 ans de prison ferme pour les membres du réseau.

“Je préfère débourser quelques dinars et être sûre de retrouver mon véhicule que de prendre le risque de l’exposer à un éventuel vol en le laissant dans un espace non gardé.” Ou encore : “Nous n’avons d’autre choix que de nous plier aux humeurs des gardiens de parking sauvage pour s’offrir une place de stationnement et une meilleure sécurité.” Ce sont-là les arguments avancés par la grande majorité des automobilistes pour justifier le recours au stationnement au niveau des parkings informels. Place et sécurité sont donc les maîtres mots. Si la quête d’une place reste très justifiable en raison du manque flagrant des aires de stationnement, le souci de sécuriser son véhicule en le confiant à un gardien n’est pas souvent évident. Qui dit parking informel ne dit pas forcément sécurité. Au contraire. C’est en étant contraint d’y laisser son véhicule qu’on l’expose davantage à ce risque. En effet, même s’il existe des parkings sauvages bien organisés et sécurisés, il existe également des aires de stationnement à haut risque. Le trousseau de clés exhibé par un gardien de parking n’est point un signe d’assurance. Certaines institutions ont accaparé des ruelles limitrophes pour les véhicules de leur personnel. Le fait qu’ils soient les mêmes automobilistes, voire employés de ses institutions qui reviennent chaque matin fait qu’une certaine confiance s’installe entre les automobilistes et le gardien du parking improvisé. Mais la situation est tout autre quand un repris de justice s’improvise gardien de parking. Là, bonjour les dégâts. L’automobiliste peut s’attendre à tout. Le diktat du gardien est tel que l’on s’empresse de payer rubis sur l’ongle les dinars exigés et démarrer en trombe en se disant : “Cette fois, on l’a échappé belle.” Insultes, bagarres, menace de saccager le véhicule, racket… sont autant de dangers auxquels s’exposent, malgré eux, des automobilistes en quête d’une hypothétique place de stationnement. Et ce n’est pas tout. La plus grande menace n’est autre que la disparition pure et simple du véhicule.
 
Le double des clés
à l’insu du client 
Le vol est l’une des plus mauvaises surprises que le propriétaire d’un véhicule en stationnement dans un parking sauvage peut avoir. Des vols ont bien eu lieu au niveau de ces aires de stationnement. Pis, ils sont commis par de soi-disants gardiens. Pour certains, cette “profession” n’est qu’une couverture pour se rapprocher le plus des clés de contact des voitures immobilisées. Les vols y sont planifiés au moindre détail. Des détails et des stratagèmes dévoilés par des membres d’un réseau qui a été démantelé par les services de sécurité suite justement à un vol de véhicule dans un parking situé à vol d’oiseau du palais de justice Abane-Ramdane. Les faits remontent au début de l’année 2010, et les auteurs du vol ont comparu, mardi, devant le juge du tribunal criminel d’Alger pour constitution de bandes de malfaiteurs, vols de voitures en stationnement, faux et usage de faux. En fait, la stratégie de vol de voitures au niveau des parkings informels, “gérés” par un ou deux repris de justice, est toute simple, mais son timing repose sur des données bien précises. On s’improvise gardien loin de son domicile familial, on joue le jeu pendant des semaines ou des mois et, quand l’occasion se présente, on n’hésite pas à abuser de la confiance du client qui ne se doute point de ce qui se trame derrière son dos. Il sera surpris par non seulement la disparition de son véhicule mais aussi du gardien qui élira “parking” dans un autre quartier. Des sources policières nous ont révélé que des gardiens, qui ont partagé des séjours dans des prisons, gardent contact et se filent des tuyaux et échangent les postes une fois le forfait accompli. Car le gardien du parking où le vol a eu lieu est la première personne interrogée. Mais, en général, il se volatilise. Rares sont ceux qui sont arrêtés à temps par les services de sécurité. Comme ce fut le cas pour un ancien gardien de parking de la rue Abane-Ramdane et ses acolytes qui ont fait des révélations lors de l’interrogatoire.
 
Une voiture neuve bradée pour… 16 millions de centimes !  
L’affaire remonte au 6 janvier 2010 quand un jeune avocat, épuisé par la tournée des différents tribunaux, rejoint son cabinet à la rue Abane-Ramdane aux environs de 16 heures. En stationnant son véhicule, le jeune gardien du parking l’oriente dans ses manœuvres ; après quoi il monte à son cabinet confiant. Quelques heures plus tard, le jeune avocat ferme son cabinet et se dirige vers le parking pour récupérer sa voiture. Et là, surprise ! L’inattendu. La voiture a disparu. Il dépose plainte contre X au niveau du commissariat de Sidi M’hamed. Les enquêteurs entameront évidemment leurs investigations en interrogeant le gardien du parking du quartier. Après avoir nié les faits, il finira par tout avouer aux policiers. Il s’avérera, selon ses vœux, que le vol de la voiture était loin d’être un hasard ou un simple concours de circonstances.
C’était planifié jusqu’au petit détail. Repris de justice, le gardien du parking situé à quelques mètres du tribunal d’Alger était en fait le cerveau du groupe. Mis en confiance, les automobilistes, des avocats en général, toujours pris par le temps et ne pouvant attendre qu’une place de stationnement soit libérée, sont nombreux à confier leur véhicule aux gardiens du parking. Et comme les audiences sont assez souvent longues, le gardien ou ses complices ont largement le temps de s’éclipser pour faire le double de la clé de la voiture. Un double qui sera gardé soigneusement dans la poche en attendant le moment propice pour commettre le vol. Et c’est ce qui s’est passé lors du vol de la Chevrolet noire du jeune avocat. À vrai dire, le même stratagème est utilisé pour faire disparaître d’innombrables voitures.
 Selon les aveux du même gardien, “l’idée de voler les voitures des clients lui a été soufflée par un copain chômeur”, originaire de Sétif, qui a débarqué dans la capitale pour chercher du travail. Les trois autres complices ne sont pas non plus algérois, et certains sont récidivistes. Des doubles de clés sont confectionnés à chaque fois qu’un client confiant a du mal à trouver une place de stationnement. Le Sétifien s’est engagé à acheter n’importe quelle voiture que le gardien de parking lui proposerait. Evidemment, le véhicule est bradé. La Chevrolet flambant neuve a été proposée à 50 000 DA au départ. Le prix  augmentait au fur et à mesure que l’un des complices l’a propose à l’autre par téléphone. Elle sera vendue au final pour la modique somme de… 160 000 DA et atterrira dans un parking situé dans la région d’Eraïs. L’arrestation des membres du réseau et les perquisitions effectuées dans leurs domiciles a permis de récupérer de nouvelles preuves : des permis de conduire falsifiés, des cartes grises, des doubles de clés, des PV de contrôle technique, des certificats d’assurance, des sommes d’argent…
Des preuves qui renseignent sur le nombre de véhicules volés par ce réseau. Il faut savoir que beaucoup d’affaires de ce genre ont été traitées par le tribunal, mais les récidivistes, en quête du gain facile, reviennent toujours à la charge. Et ceux qui sont pris la main dans le sac finissent par retourner en prison.