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A la une / Enquête

99,05% des dattes exportées illégalement

Y a-t-il une Deglet Nour connexion ?

Sur une production de 864 314 tonnes, 3 000 tonnes seulement sont exportées légalement, soit moins de 0.5%. Quand on connaît la notoriété, transnationale, de Deglet Nour et l’engagement de l’État pour soutenir les producteurs, on ne peut que s’interroger sur les origines de cette situation. 

Alors que la production nationale de la datte est en constante évolution selon les chiffres officiels, l’exportation reste, quant à elle, insignifiante toujours. Une véritable problématique sur laquelle les avis divergent. Certains observateurs expliquent ce déséquilibre par deux hypothèses. Selon la première, il existe une  filière d’exportation illégale de la datte, vers la Tunisie et dont les ramifications se trouvent des deux cÔtés de la frontière et dans différentes institutions des deux pays.
Selon la seconde, Deglat Nour algérienne n’arrive plus à reconquérir ses parts, dans un marché conquis par sa sœur tunisienne.

Un marché illégal
L’existence d’un marché parallèle à l’export de la datte algérienne est dans la quasi-totalité des bouches à Biskra. Une thèse que même des cadres de la direction locale de l’agriculture avancent en requérant l’anonymat. En effet, selon des sources locales, très au fait du phénomène, il existerait un large réseau de trafic de datte, qui ferait transiter une grande partie de la production vers la Tunisie.
Ces derniers n’écartent pas l’hypothèse selon laquelle, les rênes de cette filière seraient tenus par de hauts responsables dans l’administration, qui profitent de leur position dans la hiérarchie, pour dicter leurs volontés dans un marché juteux et générateur de monnaies fortes.
Selon une source locale, “avant même que les chiffres annuels officiels ne soient arrêtés, une partie de la production de la datte est détruite, en tant que produit impropre à la consommation. Ce sont ces écarts qui vont alimenter le marché informel. “Cette marchandise est ensuite emballée sous un empaquetage non identifié et acheminée vers la Tunisie” où elle bénéficie d’autres complicités. “Vendue au plus offrant, Deglet Nour est, par la suite, emballée et commercialisée sous un label “ made in Tunis” en Europe qui reste l’un des continents les plus consommateurs de la datte”, nous confiera une autre source au fait du marché de la datte, sans pour autant pouvoir nous avancer des chiffres exacts. Au niveau de la Direction de l’agriculture de Biskra, les rares cadres, qui ont voulu s’exprimer à titre personnel, nous ont confirmé que le marché national est incapable de supporter l’excédent de la production et que seule l’exportation justifie la situation régulée du marché national. Ainsi, côté officiel, les chiffres sont révélateurs d’un déficit flagrant. Durant la campagne 2004-2005, la wilaya de Biskra a exporté 3 000 tonnes seulement, dont  2 075 tonnes vers la France, 114 tonnes vers l’Espagne, 11 tonnes vers la Belgique et 101 tonnes vers le Canada. Les traces de la filière tunisienne ne figurent pas dans les statistiques officielles. Pour plus de précisions, nous avons tenté d’avoir un entretien avec M. Messaoudi, responsable du service des exportations et de projection, au niveau de la DSA de Biskra. Ce dernier n’aura aucun mal à afficher un niet catégorique à toute déclaration, sans l’aval de son supérieur qui était injoignable. Dans les coulisses, on parle de black-out total face aux journalistes. Ce black-out alimente les rumeurs les plus folles, sur la présence de la Deglet nour connexion.
                  
“La thèse de la filière tunisienne est plausible”
Même si l’hypothèse de l’existence d’un marché clandestin est la plus soutenue, il n’en reste pas moins qu’elle a ses détracteurs. En effet, selon ces derniers, l’Algérie serait en perte de vitesse, par rapport à la Tunisie qui, elle, a conquis une bonne place dans le marché international. Cette concurrence est due, selon les affirmations d’une source sûre côté tunisien, à la présence d’une véritable stratégie de conquête. Une machine de commercialisation, bien huilée, notamment en matière de marketing et de commercialisation, choses qui font défaut chez les algériens. L’association des exportateurs locaux, via la voix d’un de ses membres, appuie cette thèse, tout en niant l’existence d’un marché illégal. Ce dernier, directeur de Eurl- Ecodatte, une unité de traitement et de conditionnement de dattes, destinée à l’exportation, s’appuie sur trois arguments pour rejeter, en bloc, l’hypothèse du marché informel à l’export.
Pour le premier, et sans trop s’étaler sur les détails, il dira que “le gouvernement tunisien interdit, formellement, l’entrée de la datte sur son territoire national, craignant la maladie d’El-Bayoud. C’est une maladie qui affecte, particulièrement la datte, et les tunisiens font dans la prévention”. 
Pour le second, il avance la présence d’une concurrence soutenue de la part des tunisiens.
Il s’agit là d’un circuit de commercialisation, hautement organisé, avec entre autres, une approche marketing de haut de gamme. Selon notre interlocuteur, les exportateurs tunisiens bénéficient d’un atout majeur, qui est le facteur temps. “En Algérie, ce qui serait favorable à une exportation de haute qualité, c’est le recours aux trailers, autrement dit, les remorques. C’est un procédé qui garantit et la qualité de la datte et le délai de livraison. Nous perdons, à chaque fois un temps fou, à vouloir honorer une commande, pour des raisons, purement, d’ordre bureaucratique”. 
“Pour notre unité, nous exportons, annuellement, entre 10 000 et 12 000 tonnes de Deglet Nour et elle est vendue à hauteur de 60 à 65 DA/Kg. L’exportation se fait par voie maritime. Dans ce cas, le coût du fret est très important, mais comparé à la voie aérienne, cela nous revient moins cher”. Il explique : “Le coût du kilo nous revient entre 6 et 7 DA. Par voie aérienne, il est vrai que nous perdons beaucoup moins de temps et nous livrons dans les délais, mais il nous reviendrait à payer 37 DA/kg à chaque livraison.” Le troisième argument, qui n’est pas de moindre importance, est le déficit enregistré en matière d’unités de conditionnement à Biskra. Selon notre interlocuteur, sur un total de 7 unités étatiques qui appartiennent à l’ex-OFLA, il n’y en aurait que 3 qui font de l’exportation. Ce sont des unités qui, dans le cadre de la privatisation, ont été cédées aux ouvriers. Par ailleurs, il existe 8 unités appartenant à des investisseurs privés et qui pratiquent l’exportation. Cette situation ne permet pas l’émergence d’une concurrence nationale et d’une filière qui se complètent. À ce propos, et évoquant le marché national, M. Bouzeghaïa nous dira que le marché national de la datte est un marché informel.  “Seule l’instauration d’un marché de gros nous permettra de nous stabiliser”, conclut-il.
Dans ce débat, l’essentiel manque. Des données chiffrées sincères et des enquêtes économiques sérieuses à même de faciliter les investigations. Pour un économiste, “la thèse de la filière tunisienne est plausible, d’autant que les administrations concernées n’ont pas à ce jour, des études de marché sérieuses. Mais, comme d’ailleurs pour le tourisme, l’incompétence des gestionnaires du secteur et le non-professionnalisme des intervenants sont, certainement, un désavantage pour nos produits. Le mal est en nous !”
Ainsi, si le marché parallèle national et à l’export, prospère, c’est justement à cause de l’absence d’une stratégie pour la promotion de la filière. Relancer un secteur, dans un environnement concurrentiel, est une affaire de sous, certes, mais surtout de management et de ressources humaines.

Biskra  Capitale de Deglet Nour
Si les deux wilayas de Ouargla et d’El-Oued représentent le plus fort pourcentage de la production nationale, Deglet Nour de Biskra est classée première, en matière de qualité, pour deux raisons essentielles.
La première découle du fait que la région du Zaâb ouest est caractérisée par la nature exceptionnelle du sol qui contient une couche gypso-calcaire, favorable à une production de qualité. La seconde est relative au programme de soutien agricole qui permet à la wilaya, d’avoir 700 000 nouveaux palmiers chaque année, en plus des 1 400 000 palmiers qui existent déjà. Ainsi, à Biskra, la production de la  datte, toutes variétés confondues, est estimée à 1 176 030 tonnes par an. Deglet Nour représente, à elle seule, 864 314 tonnes, soit 75,55% de la production totale.   L. N.

Année 2005 Une production record de 1 556 700 quintaux
Les dernières statistiques officielles fournies par la Direction de l’agriculture (DSA) confirment, en effet, que la production de la datte est en constante augmentation. Durant la campagne agricole de 2000-2001, la production a été estimée à 1 263 244 qx. Avec une petite baisse enregistrée en 2002, la production a atteint 1 196 264 qx. L’année 2002-2003, la production a été estimée à 1 286 835 qx et en 2003-2004, elle atteindra 1 465 057 qx. Entre 2004-2005, la production a atteint son pic, avec 1 556 700 qx.   

L. N.