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Foot / Enquêtes sport

5 octobre 1988 - 5 octobre 2002

Entre colère et désespoir

Spontanées comme peuvent l'être les fameuses marches de soutien au régime, les émeutes orchestrées le 5 octobre 1988, ont néanmoins débordé du cadre de la simple manœuvre politique pour donner lieu à une véritable révolte populaire. Longtemps bridé par la pensée monolithique du FLN, le peuple s’est aussitôt emparé de la rumeur distillée par les différents relais du pouvoir pour assouvir sa soif de dire. C’est à partir du complexe industriel de Rouiba que les premiers cris de colère — encouragés ou pas — ont fusé. D'autres innombrables, prendront aussitôt le relais dans cette symphonie époustouflante et ébranleront le pays. Quittant précipitamment leurs murs, les hittistes se vengeront sur toutes les administrations publiques qui leur avaient, dans leur quête éperdue d'emploi, claqué la porte au nez. Ils s'acharneront sur tous les abribus, où l'attente aléatoire a été suffisamment longue pour nourrir les pires rancœurs. Pris de folie destructrice, ils s'en prendront également aux magasins d'État qu'ils pilleront, puis brûleront. On les a vus tous ces jeunes sortir des souk El Fellah, les bras chargés de couvertures, de bidons d'huile, de sacs de semoule... bref de tous les produits que les longues pénuries ont hissé au rang d'articles de luxe. C'était octobre, I'automne cette année-là a précédé un hiver qui sera rude et long. L'Algérie des années qui a définitivement ravalé sa fierté, n'a plus rien de cette nation glorieuse qui avait triomphé du colonialisme. Terriblement affectée par la chute vertigineuse des prix de pétrole, livrée pieds et points liés au Fonds monétaire international, gangrenée par la corruption et confrontée impuissante aux besoins incessants de sa population galopante, elle est au bord du gouffre. Croyant pouvoir opérer le changement salutaire en se débarrassant des apparatchiks du FLN, le président Chadli Bendjedid, dit-on aujourd'hui, aurait poussé la rue à la révolte contre le parti, ses dogmes et ses symboles afin de l'exclure de la scène politique. Et octobre fut. Restées au début de ce soulèvement populaire inédit et singulièrement en retrait, les forces de l'ordre se mettent très rapidement de la partie. Elles seront relayées par l'armée qui prend position dans tous les points stratégiques de la capitale et des autres régions du pays. Très rapidement la machine répressive se met en marche. Traque des manifestants, arrestations. Pis, des jeunes sont tués. Ils sont pour certains, victimes de coups de feu tirés à partir de voitures banalisées. Mystère ! D'autres, dont des intellectuels, arrachés la nuit à leur famille, subiront la gégène. Hicham Aboud, ancien officier des renseignements, accusera plus tard Mohamed Betchine, son chef devenu conseiller du président Zeroual d'avoir commandité les actes de torture. Qui dit vrai ? Dans ce climat de confusion générale, alors que les islamistes, sous la houlette de Abassi Madani et de Ali Benhadj tentent de récupérer la colère de la rue, Chadli visiblement dépassé par la tournure des évènements et leur ampleur, s'adresse à la nation pour la rassurer. Nous sommes le 10 octobre, cinquième jour des émeutes. Blême et hésitant face à la caméra de la télévision, le chef de l'État tente néanmoins de surmonter son malaise en promettant au peuple des réformes. Moins d'une semaine plus tard, un référendum pour la révision de la Constitution est annoncé. Chadli va, par ailleurs, déboulonner le FLN, son suprême souhait, en limogeant l'un de ses hommes clé, Mohamed Chérif Messaâdia, responsable du secrétariat permanent du comité central. Cependant, il aura du mal à canaliser ce qui fut, un instant, appelé le chahut de gamins. Grèves, marches, rassemblements dans une Algérie qui découvre la liberté d'expression. Grâce à l'avènement du pluralisme politique et syndical ainsi que I'autorisation de journaux privés, une grande contestation se développe. Encore une fois, les islamistes désormais reconnus en tant que force politique — agrément du FIS dissous en septembre 1989— vont exploiter cette situation de grand bouillonnement pour conforter leur base. En juin 1990, ils s'emparent des