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Les révélations de Nezzar

Dans un livre à paraître dans les prochains jours, le général major à la retraite, Khaled Nezzar, donne un certain nombre d’éléments d’information jusque-là inédits. Cinq octobre 1988-5 octobre 2002. Quatorze ans après les tragiques événements qui ont bouleversé l’Algérie, la vérité n’est pas encore connue. Le voile n’est toujours pas levé sur les tenants et aboutissants de ce qui s’est réellement passé avant et durant le mois d’octobre 1988 même si des bribes d’informations sont distillées ici et là par certains acteurs de la vie publique de l’époque. Dans son dernier livre qui sera en vente dans quelques jours, le général à la retraite, Khaled Nezzar, a apporté son éclairage sur ces événements. L’ex-officier supérieur de l’armée propose une grille de lecture basée sur la narration des faits tels qu’ils les a vécus. Il était, rappelons-le, sous-chef d’état-major. L’auteur livre des informations dont certaines sont inédites sur des aspects qui continuent d’alimenter la polémique jusqu'à ce jour, telle que la lancinante question : les événements d’octobre 1988 étaient-ils spontanés ou suscités ? À ce sujet justement, le général à la retraite soutient que ce qui s’est passé en octobre 1988 a été minutieusement préparé dans certaines officines du pouvoir. Il en accuse l’ancien président de la République et les réformateurs qu’il cite nommément : Hamrouche, Mohammedi et Hidouci. Nezzar indique que tout a commencé en septembre 1988 : “Le discours de Chadli Bendjedid le 19 septembre 1988 lazem echaâb entaâna yetherek ! (Il faut que notre peuple bouge !) sera le coup d’envoi officiel de l’opération vox populi, destinée, à l’instar de ce qui s’est passé en Chine populaire au milieu des années soixante lors de la révolution culturelle, à abattre les “caciques” et à ébranler les chasses gardées pour le ressourcement et la refonte du système”. Pour expliquer les mobiles de cette machination, Nezzar poursuit : “Tout était “ficelé” pour faire passer les réformes devant le comité central.” Comment les événements d’octobre ont été organisés ? L’auteur du livre raconte : “Le mauvais coup avait été minutieusement préparé. L’évacuation d’Alger par l’ANP, peu de temps auparavant, était une mesure qui s’insérait dans le canevas Bendjedid-Hamrouche.Le président, en personne, l’avait imposée”. Ne s’arrêtant pas à ce stade des révélations, l’ancien ministre de la Défense donnera un élément significatif : “Lorsque les événements d’octobre éclateront, l’unité la plus proche de la capitale se trouvait à Djelfa. C’est ainsi qu’elle ne pourra pas intervenir immédiatement pour empêcher les troubles de s’étendre.” Toujours dans ce registre, Nezzar affirme que Chadli Bendjedid “avait poussé le perfectionnisme jusqu'à ordonner la fermeture pure et simple d’ateliers de confection de treillis et de chaussures implantées avenue de l’ALN”. Et d’ajouter : “Mostefa Cheloufi, secrétaire général du ministère de la Défense nationale, désirant avoir le temps de trouver d’autres locaux, reçut un ultimatum : mela ma tabaqech ? (Alors, tu refuses d’obéir ?). Abasourdi, il dut s’exécuter.” Nezzar comme pour soutenir sa thèse sur les événements paraphrase l’ancien conseiller de Chadli et ministre de Hamrouche en écrivant : “Ghazi Hidouci, dont, hélas, je citerai le nom, l’âme damnée de Mouloud Hamrouche, reconnaît que lui et ses complices ont organisé et déclenché les manifestations d’octobre 1988.” Plus loin, il tentera l’explication de ce qui s’est passé pendant cette période en affirmant : “Le détonateur sera de peu d’effets si le terreau n’est pas explosif. Octobre 1988, avant d’être la conséquence de la manipulation d’une discrète “cinquième colonne”, était avant tout le résultat de la mauvaise gestion, de l’incompétence, en un mot, de la faillite”. L’ex-officier supérieur revient sur les événements pour donner son éclairage sur la manière avec laquelle a été rétabli l’ordre : “Le diable de l’émeute n’était plus maîtrisable, il se retournait contre les apprentis-sorciers qui l’avaient fait sortir de sa boîte.” Pour Nezzar c’était un séisme dévastateur et “seules les structures corporalisées et hiérarchisées de l’État avaient résisté. Les administrations, le parti unique et ses organisations de masse avaient volé en éclats au cours des six jours de désordre.” Cette situation avait amené le Président à réagir : “Chadli décréta l’état de siège. L’armée que l’on avait éloignée à dessein de la capitale fut rappelée d’urgence pour rétablir l’ordre. Le général A. Belhouchet et moi-même, à l’époque sous-chef de l’état-major, l’administrerons. Dans la soirée même du 5 octobre, j’ordonnais à la brigade blindée de Djelfa – la plus proche – de faire mouvement sur Alger et je fis venir également les unités para-commandos de Biskra ainsi que celles de l’infanterie prélevées sur le dispositif opérationnel face à l’ouest. La priorité était de protéger les vies des personnes et de préserver les édifices publics”. L’auteur révèle que “par la faute d’un pouvoir civil incompétent et irresponsable, nous étions placés devant un dilemme tragique : nous poster face aux jeunes qui criaient leur colère et peut-être faire usage des armes, ou voir le pays sombrer dans le chaos”. Le général poursuit son récit sur ce qui s’est passé aux Trois-Horloges à Bab El-Oued, la marche devant le siège de la DGSN, la tentative des islamistes, à leur tête Ali Belhadj, d’amplifier les événements et de récupérer politiquement le mouvement. Il a également parlé de l’acte de l’officier qui a sauvé un char bourré d’explosif et de cocktails Molotov à El-Biar. Grâce à son geste de bravoure, ce militaire a évité un carnage car si le char avait explosé, il y aurait eu plusieurs victimes. Nezzar n’a pas cité le nom de l’officier qui porte les séquelles de l’acte de sauvetage du char. Il s’agit du général major Kamel Abderahmane, actuellement chef de la cinquième Région militaire à Oran. Sur la suite des événements, le général à la retraite a apporté quelques révélations : “La seule solution que commandaient le courage politique, l’éthique, la décence, paraissait être la démission du président de la République. Nous le pensâmes et nous le fîmes savoir à Chadli Bendjedid par des canaux discrets mais adéquats. Au sein du gouvernement, un ministre, ancien haut responsable dans l’ANP, osa parler en plein conseil. Le groupe dit des “18” l’exigea”. Que s’est-il passé donc entre-temps ? Nezzar avoue : “Je témoigne qu’il voulait, alors, sincèrement se retirer. Les grands du sérail l’en dissuadèrent.” L’auteur a omis de donner le nom de ceux qui ont conseillé à Chadli de revenir sur sa décision de démission. S’agit-il de Hamrouche, Hidouci, Mohammedi, Mehri… ? On le saura un jour. Le témoignage apporté par Nezzar doit être suivi par ceux d’autres acteurs pour permettre à l’opinion publique de comprendre tous les aspects liés à ces événements qui constituent un tournant dans l’histoire de l’Algérie. Les éclairages de Hamrouche, Hidouci, des officiers de l’armée, Chadli, Lakhal Ayat, L’hadi Khediri et d’autres responsables de l’époque sont plus que nécessaires.