Économie / Entreprise et marchés

Djilali Remki, consultant en investissement de la société

“AS Motors exportera 200 000 motocycles à moyen terme”

©D. R.

Liberté : Quelle est l'importance du marché des motocycles en Algérie ?
Djilali Remki :
En 2014, le marché algérien a consommé 120 000 motocycles, ce qui est dans les normes des pays de la région méditerranénne à l’exception du Maroc qui en a consommé plus de 350 000 véhicules. Depuis que le marché a été fortement perturbé par les nouvelles mesures de restriction automobiles, ce chiffre est descendu à presque zéro pour les six premiers premiers mois de 2016. Les deux-roues sont une alternative pragmatique et écologique pour résoudre les problèmes de circulation dans les grandes villes.

Quelle est la consistance de l'installation industrielle à BBA en termes de montant d’investissement, de création d'emplois et de couverture du marché ?
En 2010, AS Motors s’est dotée d’une unité de 4 000 m² sur la région de Bordj Bou-Arréridj, équipée d’une chaîne de montage avec une capacité de 100 vehicules en 8h, chaîne de contrôle technique et divers équipements nécessaires à l’activité d’assemblage.
D’autres ateliers sur ce même site sont en cours d’installation afin de robotiser la soudure des châssis qui se fait aujourd’hui manuellement. Ces installations seront opérationnelles début septembre 2017, ce qui permettra de baisser le coût d’importation de 10 à 15% environ et d’augmenter le taux d’intégration d’environ 25%.
En janvier 2017, le wali de Bordj Bou-Arréridj a reçu le fondateur du projet et une délégation réduite des cadres : son écoute s’est soldée par l’attribution d’une nouvelle assiette foncière, dans la zone industrielle de Ras El-Oued (à 15 km du site actuel), de 30 000 m² sur laquelle AS Motors à entamé la construction de la nouvelle usine. Cette usine fera l’assemblage avec des nouvelles chaînes plus modernes avec injection plastique. L’ancienne usine sera reconvertie et dédiée exclusivement à la fabrication de châssis. Nos capacités de production seront portées à 250 000 véhicules au taux d’intégration de 60% environ (châssis + carrosserie), 200 000 d’entre eux seront dédiés à l’export. Ajoutez à cela le grand plan de recrutement pour un besoin incompressible de la nouvelle usine qui est de 200 pour le démarrage.

Comment voyez-vous l'avenir d'usines d'assemblage de motocycles en Algérie ?
Ceci est la vraie question !

AS Motors œuvre dans ce domaine depuis plusieurs d’année déjà, elle est même pionnière dans le domaine en Algérie. C’est un métier qui a des particularités diverses :
• Ça demande des systèmes d’information complexes, des centaines de composants, voire des milliers pour certains modèles. La traçabilité et la gestion des références est très complexe.
• Des certifications diverses et variées selon les pays pour pouvoir vendre dans ces mêmes pays.
• La durée de vie des modèles est relativement courte, de 3 à 5 ans, donc il y a un besoin continu en recherche, d’innovation.
• Une main-d’ouvre hautement qualifiée et donc rare et onéreuse.
• Un marché relativement petit, un pays de 40 millions d’habitant ne peut pas consommer au delà de 200 000 véhicules, et donc l’export est une conséquence logique.
• Un réseau de sous-traitants quasi inexistant ou sous-qualifiés.
Toutes ces raisons et d’autres encore purement techniques font qu’aujourd’hui, assembler est faisable à condition de rester vigilant sur l’aspect qualitatif puis exporter peut-être, mais les conditions sont loin de faciliter cette approche. Notre pays va assister à la création de dizaines de sociétés dans ce sens mais beaucoup déchanteront, car ça reste un métier de savoir et d’innovation. Ceci dit, vous m’accorderez le fait que par absence de transmission de savoir et désintérêt à l’aspect innovation et recherche de certains acteurs dans ce domaine d’activité, eh bien l’environnement n’est pas au RDV de l’innovation, ce qui doit impérativement changer. Pour notre part, cette aventure que nous menons depuis 2010 déjà est le levier qui nous permettra d’accéder au marché mondial, seul garant d’une production de masse.
Nous avons les Européens qui consomment chinois, et presque 1 milliard d’Africains qui consomment aussi chinois. Ceux qui se lanceront dans ce métier doivent accepter de verser la totalité de leur dividendes à l’innovation, la recherche, la formation de leurs personnels, l’actualisation et mise à jour de leurs sociétés, Nos concurrents asiatiques sont des géants, et nous devons les dépasser en nous spécialisant dans des produits de haute qualité et grande valeur ajoutée.

Entretien réalisé par : K. Remouche