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A la une / Entretien

José Bonyème :

« Au Canada nous sommes tous des Immigrants »

José Bonyème, conseiller en gestion territoriale auprès du ministre des Ressources Naturelles du Québec (Canada), était présent séminaire de formation sur l’approche par compétences, tenu fin décembre, à l’Institut supérieur de management, INSIM-Béjaïa. Liberté l’a approché pour avoir son avis sur plusieurs sujets.


Vous avez des origines africaines, vous êtes européen d’adoption et à présent vous êtes Conseiller en gestion territoriale auprès du ministre des Ressources Naturelles du Québec. Vous comptez poursuivre votre périple ou vous fixer définitivement au Canada ?
Je ne me considère pas fixé quelque part, au Canada ou ailleurs. Après près de trente ans au Canada, j’irai partager l’expérience y acquise partout où c’est nécessaire, notamment en Afrique.

Il est donc possible aux migrants des pays du Sud dans le Canada d’aujourd’hui d’accéder à des responsabilités. Comment s’effectue l’intégration, des Maghrébins en général et des Algériens en particulier ?
Le Canada est un pays ouvert, avec une profonde culture d’immigration. Les immigrants, d’où qu’ils viennent, peuvent accéder à n’importe quel niveau de responsabilités car, selon l’adage populaire, au Canada nous sommes tous des Immigrants.
L’intégration des Maghrébins, Algériens ou autres, s’effectue tant bien que mal car cela ne dépend pas que du pays d’accueil, cela dépend aussi, et de beaucoup, de celui qui décide d’immigrer dans ce pays.

Vous, qui aviez été ministre dans l’ancien Zaïre (actuellement République Démocratique du Congo), n’êtes-vous pas gêné du fait que l’élite africaine, formé à coup de milliards, soit ainsi happée par des pays développés ?

Loin de moi un quelconque gêne, pour autant que cette élite sache faire profiter l’Afrique de son expérience acquise dans les pays développés et pour autant que l’élite émigrée de l’Afrique serve de pont entre leur continent d’origine et leurs pays d’accueil.  L’élite émigrée d’Afrique doit être pour celle-ci ce que la diaspora vietnamienne a été pour la reconstruction du Vietnam.
N’oublions pas que beaucoup d’Africains sont formés dans les pays développés, par les fonds des pays développés, sans que cela n’en coûte aux pays africains.  Tout compte fait, l’Afrique en sort gagnante.
Revenons à la raison de votre présence en Algérie. Vous n’êtes surement pas pour les vacances de fin d’année ?
Non, je ne suis pas en vacances de fin d’année.  Ç’aurait été idéal de les passer en famille plutôt que seul dans une chambre d’hôtel ; je n’ai pas l’âme d’un moine. Je suis là pour donner un séminaire en «Approche par compétences».

Expliquez-nous en quoi consiste cette formation sur l’approche par compétences. Elle aurait des origines américaines, non!
L’approche par compétences est née d’une réalité universelle, celle de la rencontre d’une double attente du monde de l’entreprise — disposer d’une main d’œuvre adéquatement formée et rationaliser ses coûts de formation — et de conceptions pédagogiques axées sur le résultat individuel plutôt que centrées sur les savoirs tel que prône la pédagogie par objectifs inspirée du behaviorisme anglo-saxon et du cognitivisme.
Les travaux théoriques de chercheurs relatifs à la «competency based education» remontent pour la plupart au début des années 1970 (Houston et Howsam 1972, Schmiedler 1973, Burns et Klingstedt 1973). Dans le monde anglo-saxon, l’approche par compétences a occupé le devant de la scène depuis la publication du rapport «A nation atrisk» en 1983, sur l’état calamiteux de l’enseignement américain (US Department of Education 1983), on a commencé alors à parler plus d’éducation axée sur les résultats (outcome-basededucation), de performances, d’excellence, de standards de contenu (ce qu’un individu doit être capable de réaliser ou d’accomplir) et de standards de performance ou benchmarks (repères de niveau qui permettent d’expliciter un standard de contenu au regard d’un niveau de formation). C’est dans ce contexte que l’approche par compétences a réoccupé le devant de la scène, qu’elle a émergé à nouveau avec fracas.

Pourquoi l’approche par compétences ? Quelle est, selon vous, sa plus-value ?

Grosso modo, ce qui constitue la principale caractéristique de l’approche par compétences, c’est que les objectifs d’enseignement n’y sont plus de l’ordre de contenus à transférer mais plutôt d’une capacité d’action à atteindre par l’apprenant. Une compétence ne se réduit ni à des savoirs, ni à des savoir-faire ou des comportements. Ceux-ci ne sont que des ressources que l’apprenant ne doit d’ailleurs pas forcément posséder, mais qu’il doit être capable de mobiliser d’une façon ou d’une autre, en vue de la réalisation d’une tâche particulière.
Une compétence, vue dans ce contexte pédagogique, est une réponse originale et efficace face à une situation ou une catégorie de situations, nécessitant la mobilisation, l’intégration d’un ensemble de savoirs, savoir-faire et savoir-être.
Beaucoup de spécialistes en approche par compétences s’entendent également sur le fait que la tâche à réaliser pour prouver sa compétence doit être «inédite» : l’apprenant (ou l’employé) compétent doit pouvoir se débrouiller dans des situations nouvelles et inattendues, quoique relevant d’une même «famille de tâches» déterminée.

Parmi les critiques de cette approche par compétences, il y a ceux qui estiment que, derrière le discours généreux et moderniste, se cache une opération de mise au pas de l’enseignement à savoir sa soumission aux besoins d’une économie capitaliste en crise. Quel est votre avis ?
L’approche par compétences est un courant des sciences pédagogiques véhiculant des nouveaux paradigmes d’apprentissage et d’enseignement. Il est normal qu’elle suscite de la résistance, à l’instar de tout changement. Mais, ce que je trouve déplorable est que l’argumentaire critique de l’approche par compétences se nourrisse toujours de l’idéologie. Naturellement, dans le meilleur ou le moins mauvais des mondes, les arguments scientifiques sont dépourvus de tout accent idéologique. Naturellement, ils s’imposent par pur pragmatisme et révèlent, bien sûr, la seule réalité objectivement et efficacement. En matière d’idéologie, une chose sûre et à retenir, le capitalisme contemporain et le néo-libéralisme qui le soutient ne dispensent aucune vision de l’homme, de la société, ni du sens de l’existence. Actuellement, l’idéologie capitaliste n’est fondée que sur la concurrence, la compétition, la consommation, l’accumulation des richesses et l’individualisme. Quoiqu’il en soi, l’approche par compétences, de par les stratégies et pratiques pédagogiques qu’elle privilégie, prépare les apprenants à pouvoir s’adapter, se débrouiller dans des situations nouvelles et inattendues, qu’elle que soit l’idéologie, quel que soit le type d’économie, capitaliste ou autre, en crise ou non.


M O