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A la une / Entretien

Le ministre des affaires religieuses, Ghlamallah, à Liberté

“Ce n’est pas dans une mosquée qu’on recrute des kamikazes”

Dans cet entretien, le ministre revient sur l’apparition du phénomène des kamikazes qui est, selon lui, en relation avec les milieux de la drogue. Il certifie que le recrutement des jeunes par des réseaux terroristes se fait en dehors des lieux de prière et que ce qui s’est passé à la mosquée d’Appreval est un cas isolé. Il indique que, dernièrement, son département a fait face à des dérapages au niveau des mosquées de Bab El-Oued. Pour cela, il a dû solliciter l’aide des services de sécurité. Il reconnaît l’existence d’un discours extrémiste tout en précisant que le ministère mène une campagne contre le terrorisme et la drogue, et fait la chasse aux missionnaires. Le ministre des Affaires religieuses s’est également exprimé sur l’enquête de l’IGF sur la collecte de l’argent au niveau des mosquées et de nombreux autres sujets d’actualité liés au secteur.

Liberté : Les déclarations des parents des jeunes kamikazes sur les circonstances de recrutement de progénitures relance le débat sur le contrôle des mosquées. Que fait le ministère des affaires religieuses pour mettre les lieux de culte à l’abri de ce genre d’agissements ?
Bouabdellah Ghlamallah : Je reçois régulièrement des comptes rendus, des rapports sur la situation des mosquées. Aujourd’hui par exemple (comprendre lundi), j’ai reçu un rapport sur les mosquées au niveau d’Alger. Il ressort qu’il y a au moins une quinzaine de salles de prière dans la capitale non autorisées. Une salle de prière est un lieu destiné à accueillir les gens pour l’accomplissement de la prière. Quand un quartier ou une commune est dépourvue d’une mosquée et uniquement dans ce cas, nous autorisons l’ouverture d’une salle de prière pour ne pas pénaliser ses habitants. Mais il faut au préalable obtenir l’autorisation de la direction des affaires religieuses de la wilaya. Pour cela, il faut fournir tout un dossier, renseignant notamment sur la situation juridique du lieu. Concernant le privé, il faut qu’il établisse un acte notarié de la donation de son bien.

Le rapport dont vous parlez vous a été transmis par qui ?
Par notre direction des affaires religieuses de la wilaya d’Alger.

Qu’est-ce que vous allez faire pour parer à cette situation ?
Nous avons déjà averti les services de sécurité pour enquêter sur ces salles de prière et les fermer s’il le faut, ou bien demander à leurs gérants de se rapprocher de la direction des affaires religieuses pour régulariser leur situation. Nous ne les fermons pas automatiquement. Nous le faisons que si nous constatons une infraction.

Ouvrir une salle de prière sans autorisation est déjà une infraction…
Oui, mais il y a l’appréciation de l’agent de sécurité.

Pensez-vous qu’aujourd’hui, nos mosquées sont en danger. Qu’elles deviennent un lieu de plus en plus idoine pour le recrutement des kamikazes ?
Nous ne pouvons pas parler au pluriel. Une hirondelle ne fait pas le printemps. Il se peut que dans une mosquée donnée ou une salle de prière se soit déroulée une rencontre suspecte. Ce n’est pas général. Je crois même qu’il y a un peu d’exagération dans les informations qui ont circulé ces derniers temps. Ce n’est pas dans une mosquée qu’on recrute des kamikazes. Et les harragas, les trabendistes et tous ceux qui font du mal à la société où est-ce qu’on les recrute ? Nous avons une société en mutation qui rencontre des problèmes d’intégration. Un enfant qui a sa famille et qui accepte de se faire exploser pour une cause, sans l’assimiler, voilà le problème qui dépasse l’organisation sociale que nous avons. Je peux certifier que nos mosquées sont bien contrôlées par des imams désignés par le ministère. Ce sont des imams qui ont reçu une formation adéquate pour faire ce travail.

Si les imams désignés contrôlent les mosquées, qui contrôle alors les imams ?
Un professionnel, on ne le contrôle pas. En parlant de contrôle, cela sous-entend la légalité, la façon d’agir. Nous avons des inspecteurs et des proposés et, à chaque fois que nous remarquons une anomalie, nous envoyons des inspecteurs de la centrale sur place pour enquêter et faire un rapport. Maintenant si ce sont de simples fautes d’inattention ou qui dépassent les capacités des commissions régionales, c’est le ministère qui intervient.

Vous avez déclaré, il y a quelques jours, que le recrutement des kamikazes ne se fait pas dans les mosquées. D’où vous vient cette certitude ?
Je sais ce qui se passe dans les mosquées. Je suis au courant de tout. Je ne suis pas coupé de la réalité. Je suis tout le temps en contact avec les responsables des mosquées.

Vous avez dit également que les imams recrutaient en dehors des murs des mosquées. Pourtant, ces mêmes imams sont désignés par le ministère des affaires religieuses à qui incombe une part de responsabilité…
Ce ne sont pas toujours des imams qui s’adonnent à ce genre d’activité. Celui qui a appelé au djihad à Mostaganem n’est pas un imam. Profitant de l’absence de l’imam, il s’est emparé du micro juste après la prière du matin.

Selon vous, les imams sont mis à contribution pour mettre les lieux de prière à l’abri de toute récupération. Comment expliquez-vous alors la forte présence des salafistes dans certaines mosquées, les services de sécurité ayant déjà mis en garde contre ce phénomène ?
Les services de sécurité nous prêtent main-forte quand nous les sollicitons. C’était le cas, dernièrement, à deux ou trois reprises à Bab el-Oued.

De quoi s’agissait-il ?
De quelqu’un qui venait prêcher dans la mosquée sans autorisation de l’imam, ni du directeur des affaires religieuses de la wilaya. Dans le cas aussi d’une personne qui organise des halaquate sans autorisation dans la mosquée, nous demandons l’intervention des services de sécurité pour protéger la mosquée qui est une institution de l’État destinée à une mission et une fonction bien déterminées. Ce sont de faux imams avec qui nous avons des problèmes et que nous dénonçons auprès des services de sécurité, après leur avoir demandé à plusieurs reprises de quitter les lieux, sans succès. Nous refusons les missionnaires.

Quel est le message véhiculé ?
Chacun vient avec une idée dans la tête et veut changer la société.

Est-ce que une opération d’endoctrinement orchestrée sur tout le territoire national ou est-ce des cas épars ? Existe-t-il une coordination entre les personnes ?
Ce sont des cas isolés, mais nous voyons qu’il y a des liens. Il y a les salafistes et les autres qui relèvent d’une organisation en inde qui ordonnent aux gens de faire la prière, aux femmes de se couvrir la tête…

Donc, il existe bel et bien un discours extrémiste au niveau des mosquées ?
Oui, il y a un discours extrémiste. Mais de toutes les façons, nous ne les autorisons pas. Nous tenons des réunions régionales et avons plus de 300 cents inspecteurs. Nous sommes très vigilants.

Quel est le nombre actuel des mosquées à l’échelle nationale ?
Nous sommes autour de 14 500 mosquées.

Et vous croyez que 300 cents inspecteurs suffisent pour contrôler rigoureusement l’ensemble de ces espaces de prière ?
Pas tout à fait. Mais nous avons des inspecteurs qui couvrent le territoire et qui nous transmettent des informations. Ce n’est pas le nombre de mosquées qui compte, mais l’étendue géographique.
 
Qu’est-ce qui en est de l’imam d’Appreval ?
Pour nous, l’imam d’Appreval a disparu. Nous n’avons aucune information officielle à son sujet.

Il est actuellement sous mandat de dépôt…
Je ne sais pas.

Vous étiez au courant de son activité ?
Nous avions des soupçons. Il recevait à des heures qui ne sont pas des heures normales de rencontre. Nous avons commencé à enquêter à son sujet. Puis, il a disparu. C’est pour cette raison que je dis quand on me le demande, que je ne peux sanctionner un homme porté disparu. Quand il réapparaîtra, nous aurons les explications qu’il faut. Pour l’instant, personne ne nous a informés à son sujet.

Quels enseignements avez-vous tirés de cet épisode ? Que faites-vous pour éviter que des jeunes tombent dans ce genre de filets ?
Il ne s’agit pas de les récupérer, mais de les avertir, les éduquer. Il y a une campagne de sensibilisation menée actuellement par notre département contre le terrorisme, la drogue et les déviations intellectuelles. Nous tentons toujours d’orienter vers l’authenticité de la charia, vers notre culture ancestrale. Parce que tant que le modèle social est ébranlé, le jeune ne sait pas quoi choisir. Il verse alors dans de mauvaises expériences, surtout la drogue qui fait ravage, même dans les CEM. Et ces kamikazes, je ne crois pas qu’ils soient loin de ces milieux de drogue.

L’inspection générale des finances (IGF) se pose des questions sur la destination finale de l’argent récolté au niveau des mosquées. Ses soupçons sont-ils justifiés ?
C’est la première fois que l’IGF se penche sur ce dossier. Quelqu’un qui veut se renseigner, ce n’est pas la preuve qu’il y a un dérapage. Les enquêteurs de l’IGF sont venus seulement pour se renseigner sur la procédure. L’argent circulant au niveau des mosquées est contrôlé. Il y a trois sortes de fonds récoltés : la zakat el-fitr, qui est une quête obligatoire destinée à être distribuée aux pauvres, celle qui sert à financer la construction ou l’entretien des mosquées et, enfin, la zakat sur la fortune. Pour cette dernière, la meilleure manière de s’en acquitter est de déposer votre argent dans un compte CCP de votre wilaya. Vous pouvez également donner de l’argent à la mosquée contre un reçu en double exemplaire. L’argent est mis sur le compte de la wilaya au plus tard le lendemain. Pour ce qui est des deux premiers cas de collecte, l’opération devra être mentionnée dans un P-V signé par l’imam de la mosquée qui a fait la collecte, le président de la commission de la mosquée, un membre de la wilaya délégué par le Drag et un membre de la sécurité.

Y a-t-il des dérapages de temps à autre ?
Rarement.

Pour conclure ?
 La polémique soulevée actuellement, je ne sais pas si elle est en faveur de la mosquée ou pas. La mosquée, comme le commissariat, l’école ou l’hôpital, est une institution dont nous ne pouvons s’en passer. Nous devons pas l’accuser, parce qu’un responsable d’une mosquée a dévié. Au contraire, nous devons la protéger, la renforcer et lui exprimer notre respect. Nous ne pouvons mépriser une partie de notre vie quotidienne. Je voudrais bien, à travers la presse, les orientations des partis politiques… que nous aidions la mosquée à fonctionner positivement et dans l’intérêt de la société.

N. H.