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A la une / Entretien

Le Ministre des travaux publics en exclusivité à Liberté

Ghoul : “L’autoroute vers Oran et Constantine livrable en septembre 2009”

Dans cet entretien, le premier responsable du secteur présente le chantier du siècle, situe le niveau d’avancement du projet. Il aborde le dossier de l’équipement de l’autoroute, du péage et annonce la livraison de tronçons importants dans les prochains mois qui vont progressivement faciliter la circulation à des centaines de milliers d’automobilistes.

Liberté : Où en est la réalisation de l’autoroute Est-Ouest ?
Amar Ghoul : En guise d’introduction, je voudrais présenter ce projet du siècle. Il s’agit de construire 1 700 kilomètres d’autoroute en 40 mois, dont 800 kilomètres en terrain très difficile passant par des montagnes, des oueds, des zones de grands glissements du sol, qui posent des problèmes techniques dans le domaine des travaux publics. Il s’agissait de résoudre les problèmes techniques de sol. Ce projet par sa conception est l’un des rares du bassin méditerranéen en termes d’engagement de réalisation dans un délai record. De plus, ce projet a une consistance physique particulière : 3 000 ouvrages d’art dont 100 grands viaducs, 16 tunnels (8 en bitubes), 600 ponts de liaison, environ 700 passages inférieurs pour les riverains, 1 000 ouvrages hydrauliques pour drainer l’eau au niveau du site. C’est un projet d’envergure qui nécessite une coordination très minutieuse et une maîtrise parfaite de la conduite d’un tel projet. C’est le plus grand défi qu’on ait connu. Engager ce projet sur le terrain c’était, en un mot, notre plus grand défi. L’engagement dans ce projet a été une réussite totale. C’était un grand défi avec un tel volume de travaux. Notre deuxième défi était comment encadrer le chantier par les ressources humaines c’est-à-dire comment ouvrir tout le couloir de l’autoroute. Ce second défi, c’était le lancement de 3 000 cadres et spécialistes algériens qui sont engagés dans ce projet, une partie dans l’Agence nationale des autoroutes, une partie au niveau des consortiums japonais et chinois et le reste au niveau des bureaux de suivi et de contrôle. Cette partie a été gagnée. Le défi a été relevé. Nous avons gagné cette seconde bataille. Notre troisième défi, c’étaient les moyens matériels et bien sûr l’ouverture du couloir. Il a fallu pour les deux consortiums recourir à
10 000 engins de travaux publics et installer en même temps 500 installations entre chantiers et bases de vie. Et il a fallu mobiliser donc des efforts colossaux pour libérer l’emprise de l’autoroute. En ce qui concerne les moyens matériels, l’installation des chantiers et bases de vie, ce défi a été gagné grâce à l’approche et l’organisation qui a été choisie en étroite coordination entre les consortiums, l’Agence des autoroutes et les collectivités locales. En ce qui concerne la libération de l’emprise, tâche très pénible, qui constituait un véritable défi, il s’agissait de déplacer 20 000 contraintes du couloir de l’autoroute (réseaux d’électricité, des PTT, gazoducs et oléoducs entre déplacement et protection des réseaux). Il fallait reloger les familles qui occupaient le couloir de l’autoroute. Nous avons déjà déplacé 1 000 familles qui ont été toutes relogées. Il y avait aussi une tâche difficile celle d’expropriation et dans ce cadre, nous avons exproprié 15 000 familles. C’était un travail très pénible au niveau local. Des efforts considérables ont été fournis par les services des travaux publics pour dialoguer, informer et donc travailler à l’amiable pour faire aboutir l’opération d’expropriation de chaque famille et aussi dégager l’argent nécessaire d’expropriation qui a dépassé les 18 milliards de dinars.

Vous avez donc rencontré de grosses difficultés dans la réalisation.
Notre quatrième défi était d’engager des travaux dans des tronçons très difficiles ou très délicats à traiter. Je donne un exemple, tout le lot de Chlef à Bordj Bou-Arréridj. Nous avons été obligés de passer par des montagnes, de traverser de grands oueds et construire des viaducs géants et des tunnels très importants. Autre exemple : à l’Ouest dans la région de Tlemcen où nous avions environ 80 kilomètres de terrains très accidentés et pour lesquels nous avons réalisé une vingtaine de grands viaducs (presque achevés). Autre exemple : à l’Est, c’est-à-dire à Constantine, Skikda et El-Tarf où nous devions construire des tunnels très importants, des phénomènes de glissement de terrains très délicats à traiter. Pour faire avancer la route, on était obligé d’utiliser des explosifs, donc ce volet technique, c’était très délicat pour nous au début de traverser les montagnes de Bouzegza et des wilayas de Bouira-Boumerdès à travers des tunnels où le terrain est très délicat. On a réussi quand même à creuser nos tunnels et surmonter toutes ces difficultés. Idem pour les tunnels de Constantine et de Skikda où nous étions obligés de mobiliser les plus grands experts du monde, japonais et européens pour surmonter les difficultés qui bien sûr s’opposaient à nous. Avec une délicatesse technique et avec des efforts exceptionnels, nous avons donc gagné l’avancement du tunnel au niveau de Skikda et de Constantine (achèvement des travaux à plus de 60%). D’ici l’été, nous aurons donc terminé le creusement de tous les tunnels : 16 tunnels au niveau de Skikda, Constantine, Bouira et Boumerdès. Le sixième défi, c’était pour nous comment s’organiser pour libérer progressivement des tronçons fonctionnels de l’autoroute à la circulation, et ce, pour décongestionner le nord du pays et les grands axes qui sont déjà saturés sur l’axe est-ouest. Nous avons donc environ 1 300 kilomètres de linéaire total (avec les bretelles et les échangeurs). Notre option, ce n’était pas de terminer toute l’autoroute pour libérer les tronçons, c’était de libérer progressivement par tronçons terminés pour décongestionner Bouira, Blida et Aïn Defla. Il s’agissait de terminer l’autoroute par phasage. Le nord du pays est saturé. Le sixième défi relevait de l’organisation et optimisation qui commence aujourd’hui à produire des résultats en matière de décongestion du réseau.  Maintenant revenons aux délais de réalisation, le délai contractuel de réalisation de toute l’autoroute est juillet 2010. Nous avons un taux très appréciable d’avancement : route-ouvrages d’art-tunnel de 80%. Nous serons très heureux incessamment de livrer plus de 200 kilomètres d’autoroute, précisément en ce mois de mars. Il s’agit des tronçons Aïn Defla-Chlef, Bouira-Bordj Bou-Arréridj, Relizane-Oran. Sur ces 1 700 kilomètres, l’axe principal est long de 1 300 kilomètres. Ce qui a été livré, ce sont 300 kilomètres du programme en cours auxquels vont se rajouter 200 kilomètres de voies autoroutières nouvelles. Nous aurons livré 500 kilomètres d’autoroute en mars. Nous sommes aujourd’hui en train de faire un travail colossal et pertinent, un forcing sur les deux consortiums pour réceptionner en septembre 2009 Alger-Oran et Alger-Constantine (on met aujourd’hui 7 heures à 8 heures, on mettra 3 heures 20). Si on arrive à ce que nous avons projeté, nous allons réceptionner l’autoroute presque une année avant les délais. Ce n’est pas une tâche aisée. Mais c’est possible. La mise en service de l’axe autoroutier et la réalisation de 1 700 kilomètres d’autoroute sont des dossiers importants. L’option a été retenue donc par le gouvernement de mettre en service progressivement les tronçons pour décongestionner le pays. Les autres dossiers ne sont pas intégrés dans la durée du premier dossier.

Quand sera lancé l’appel d’offres concernant la réalisation des stations-services ?
 Il y a le second dossier, celui donc de l’équipement et l’exploitation de l’autoroute à travers des gares de péage qui seront installées tous les 25-30 kilomètres. Le deuxième dossier est en train d’être préparé en parallèle avec la réalisation de l’autoroute avec l’Algérienne des autoroutes qui est responsable de la gestion et l’exploitation de l’autoroute, bien sûr en partenariat avec le savoir-faire et l’expertise étrangère.
Pour ce dossier, l’étude de péage a été finalisée par un bureau d’études Setautoroute International ce bureau a finalisé l’étude d’implantation de ces gares de péage et de l’équipement de péage, mais aussi du volet économique (rentabilité du projet) à travers le système de péage aux normes internationales. Nous avons retenu huit niveaux de péage : du petit véhicule au plus lourd, aux normes internationales. Ce dossier avec toutes les options sera donc incessamment traité, étudié au niveau du gouvernement pour bien sûr déterminer les détails concernant toute la procédure de péage (prix, options). Ce que je peux vous dire, pour les simples citoyens, les fonctionnaires, le prix sera très raisonnable, le plus bas par rapport aux autoroutes du Maroc, de la Tunisie et d’Europe. L’engagement du dossier de péage est prévu pour le 1er semestre 2009 (choix des fournisseurs, appel d’offres). Toute l’autoroute sera terminée, équipée aux normes internationales. Le troisième dossier est celui des aires de services qui comprend outre les aires de services, les aires de repos et les centres d’entretien. Chaque aire de service est une microville avec des prestations de services aux normes internationales. L’aire de service, ce n’est pas seulement une simple station-service. Outre la station-service, l’aire de service comprendra motels, restaurants, magasins, aires de jeux pour les enfants, des espaces d’exposition et de vente de produits d’artisanat local, de promotion des produits des régions, un système d’orientation et de guide touristique vers les différentes régions du pays. Il y aura des espaces pour les besoins financiers (guichets de banque). Les aires de services comprendront toutes les commodités, aux normes internationales. L’étude au niveau de l’Agence des autoroutes, qui va être bientôt terminée, sera approuvée par le gouvernement durant ce 1er semestre.

Comment expliquez-vous que la réalisation des équipements de l’autoroute intervienne après sa réception ?
 Comme vous le savez, pour réaliser techniquement toute l’autoroute, il fallait terminer toutes les études d’exécution. Les études concernant le péage et les aires de services ne peuvent qu’intervenir après. Tu ne peut pas réaliser l’étude sur les aires de services et le péage sans que les travaux soit terminer.  Les études des aires de services ont pris deux ans. Or, il faut au minimum trois ans pour réaliser ces études. Ce dossier des aires de services est piloté par le ministère des Travaux publics en étroite collaboration avec le ministère de l’Énergie et des Mines. L’équipement et l’achèvement s’effectuent par priorité, par phasage. Les travaux de ces aires de services débuteront au 2e semestre 2009.  Certaines aires de services seront prêtes avant fin 2010. La priorité est aujourd’hui de décongestionner le nord du pays. Les axes routiers est-ouest sont saturés à 70%. Les aires de services, le péage, ce n’est pas aujourd’hui la priorité. Le gouvernement peut décider du péage dans deux ans. La priorité du gouvernement, c’est comment décongestionner le nord du pays. Le long de l’autoroute, il y aura également des aires de repos où les automobilistes pourront s’arrêter et qui présenteront certaines commodités aux environs des forêts ou d’endroits agréables (bancs, WC, parkings), tous les 30 à 40 kilomètres. Il y a aura aussi des centres d’entretien tous les 40 à 50 kilomètres, occupant de grands espaces qui abriteront les bâtiments de l’administration, de l’autorité gestionnaire, l’Algérienne des autoroutes, les ateliers de maintenance, les brigades spéciales de gendarmerie et aussi les brigades spéciales de la Protection civile dédiées à l’autoroute. L’autoroute sera sécurisée, conformément aux normes internationales. À noter que l’autoroute Est-Ouest fait partie d’un large projet autoroutier. C’est un projet méditerranéen, maghrébin et continental. Elle fait partie de l’autoroute maghrébine longue de 7 000 kilomètres qui sera achevée en principe en 2015. C’est une route passerelle entre l’Europe, le continent africain et la Méditerranée. C’est une autoroute qui permet de relier le nord de l’Algérie au Niger à travers la Transsaharienne. Les points de jonction sont Blida, la RN3, la RN6. L’autoroute Est-Ouest est reliée à 34 chefs-lieux de wilaya à travers des dessertes. Elle sera reliée aux ports et aéroports nationaux, sans oublier l’intermodalité avec le chemin de fer. L’appel d’offres de la liaison entre Jijel et Sétif a été lancé. Celui de Béjaïa à Bouira également. Les dessertes seront réalisées en voies express sur les traces de l’existant (dédoublement ou élargissement de la route). Au plan des retombées économiques, l’autoroute va générer 200 000 emplois. L’autoroute Est-Ouest va être la colonne vertébrale de l’aménagement du territoire. Comme vous le savez, le nord du pays connaît une congestion. Il concentre 70 à 80% de la population sur une frange du littoral qui ne représente que 4% de la superficie de l’Algérie. L’autoroute Est-Ouest permet aussi une meilleure répartition de la population vers l’intérieur du pays. Elle permet aussi la promotion du tourisme. Elle va être la locomotive du développement national. Elle va aussi créer un nouvel espace socioéconomique très attractif à l’investissement.

Qui s’intéresse à la réalisation et à l’exploitation des aires de services ?
Tout le monde s’intéresse à ces aires de services : le privé algérien, des boîtes internationales, Naftal. L’État peu décider d’attribuer la totalité des aires de services à Naftal. Elle sera partie prenante. Nous travaillons en étroite collaboration avec le Ministère de l’Énergie et des Mines sur ce dossier. C’est le gouvernement qui tranchera sur ce dossier, si par exemple Naftal doit prendre 50% ou 20% de ces aires de services.

Quels sont les délais de réalisation des aires de services ?
Nous prévoyons une centaine d’aires de services. Une aire de service sera réalisée tous les 40 à 50 kilomètres. Les travaux concernant les aires de services seront lancés normalement le second semestre. Toutes les aires de services seront achevées fin 2010. Certaines prioritaires seront réceptionnées bien avant. Un schéma synoptique est déjà tracé. On a tous les détails (sur l’emplacement par exemple de ces aires de services). La réalisation de ces aires de services s’effectuera par priorités et par phasage. Par exemple sur un tronçon à Aïn Defla, on priorise la réalisation de trois aires de services sur 10. Une fois terminées ces trois aires en trois mois, on passe aux autres, le restant sera achevé au terme de six mois, un an.

Qu’en est-il des zones industrielles qui seront créées à proximité de l’autoroute ?
Le quatrième dossier relatif à l’autoroute Est-Ouest est celui des pôles d’activité économiques futurs du pays. Il y a des études qui sont menées par le ministère de l’Industrie et de la Promotion de l’investissement et le ministère de l’Aménagement du territoire et du Tourisme pour suivre le corridor de l’autoroute et voir les possibilités de créer au niveau corridor des zones attractives à l’investissement et à la promotion de la richesse nationale. Des bureaux d’études internationaux sont en train de travailler sur ce dossier. L’autoroute Est- Ouest concerne donc aussi les zones et pôles d’activités économiques. N’oublions pas que l’axe est-ouest draine 80% de la mobilité des personnes et des marchandises.

Cette autoroute est-elle prévue pour satisfaire les besoins de la circulation à long terme ?
C’est un projet pharaonique. C’est le projet du siècle. L’autoroute Est-Ouest est reliée à 34 chefs-lieux de wilaya, à 32 dessertes en voies express. En parallèle sont prévues des rocades. Il est prévu la rocade des Hauts-Plateaux, la transsaharienne, la rocade du Grand Sud. Nous avons un schéma directeur 2005-2025 routier et autoroutier qui prévoit ce qui sera réalisé durant cette période.Ce sont des milliers de projets qui sont prévus en parallèle. Aujourd’hui, nous sommes pressés de décongestionner le nord du pays et de pousser vers l’intérieur du pays, vers les Hauts-Plateaux, le sud du pays.

Qui va gérer l’autoroute est-ouest ?
C’est l’Algérienne des autoroutes qui va gérer l’autoroute avec éventuellement un partenaire étranger. Nous avons cependant plusieurs options : le partenaire national qui va gérer (l’AGA, l’agence de gestion des autoroutes) soit une gestion déléguée confiée à un partenaire étranger… C’est le gouvernement qui va trancher incessamment. Tout le dossier est ficelé.

Que prévoit le plan de relance 2005-2009 en termes de recrutement dans le secteur des travaux publics ?
L’objectif est d’encadrer avec 3 500 cadres spécialisés les activités du secteur. À travers les chantiers, ce sont 170 000 emplois permanents qui sont engagés dans le secteur des travaux publics au cours du quinquennat.