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A la une / Entretien

M. Abdelmadjid ATTAR, Ancien P-DG de Sonatrach et Ancien Ministre des Ressources en Eau à “Liberté”

“Il faudra beaucoup investir dans

Liberté : Des rumeurs insistantes parlent de ressources gazières algériennes en déclin. Serait-ce des éléments à prendre au sérieux, vérifiables ou de simples manœuvres de concurrents cherchant à conquérir des parts de marché dans un nouveau projet énergétique planétaire : quel crédit doit-on accorder à ces rumeurs ?
Abdelmadjid Attar : Tout gisement d’hydrocarbures (pétrole ou gaz) est appelé un jour ou l’autre à voir sa production décliner le plus naturellement du monde même pour des gisements géants comme Hassi-Messaoud (pétrole) et Hassi-R’mel (gaz) qui produisent depuis plus de 40 ans. Or, il se trouve que depuis une décennie, on découvre moins qu’on produit surtout pour ce qui est du gaz naturel, d’où une diminution de nos ressources gazières surtout. Quant à la compétition entre exportateurs, elle a toujours existé et continuera à l’être à chaque fois que l’offre sera supérieure à la demande comme cela se passe aujourd’hui en matière de GNL surtout. J’ai bien peur que cela dure encore quelques années, du fait de la stagnation de la demande et l’augmentation importante des capacités d’exportation en GNL du Qatar, de l’Australie, et de la Russie pour le gaz naturel par gazoduc.
 
la prospection d’hydrocarbures en Algérie n'a couvert jusqu'ici que 10% de l’ensemble du territoire national, sans compter les possibilités en offshore, naturellement plus difficiles d'accès et plus coûteuses à exploiter. Quelles sont les chances de nouvelles découvertes, selon vous ?
 Les travaux d’exploration ont couvert beaucoup plus que ça et je peux vous résumer la situation comme suit :
- la moitié Est du Sahara est très bien couverte et en quelque sorte mature au point de vue exploration. Ce qui reste à découvrir est très difficile, complexe, de petite taille et coûteux ;
- la moitié ouest du Sahara est moins explorée effectivement, notamment les bassins de Béchar, Tindouf et le Taoudenni, mais il faut signaler, hélas, que l’état des connaissances lui confère un potentiel (en gaz surtout) nettement inférieur par rapport à la moitié est ;
- reste le nord de l’Algérie et la zone offshore qui sont très peu explorés, mais sont aussi très complexes à tous les points de vue (en surface et en subsurface). Il y a de nombreux indices qui sont encourageants, mais il faudra beaucoup investir pour faire avancer l’état des connaissances avec de nouveaux concepts, de nouvelles technologies, et surtout un degré d’expertise (humain) de haut niveau.
Il y a donc des hydrocarbures à découvrir à l’avenir, mais il ne faut pas s’attendre à trouver un autre Hassi-R'mel au Sahara.
C’est plus difficile de se prononcer pour le Nord. Je sais par exemple qu’il y a des indications de structures très importantes en offshore, mais personne ne sait à quoi elles peuvent correspondre (piège d’hydrocarbures ? simples dômes de sel ? ou structures volcaniques ?). La seule façon de voir c’est de prendre le risque et d’y aller en forage.
Pour résumer tout cela, je vous dirai que l’avenir des hydrocarbures en Algérie et plus précisément la possibilité d’assurer un minimum de renouvellement de nos réserves repose plus que jamais sur des hommes, c’est-à-dire des ingénieurs, capables d’introduire de nouveaux concepts de recherche, et la disponibilité des outils technologiques qui le permettent.
Sonatrach dispose aujourd’hui des moyens humains, mais hélas pas des “motivations” nécessaires (sous toutes ses formes bien sûr).

pensez-vous que les nouveaux types de gaz découverts dernièrement (issus de schistes, et le tight gas) représentent une réelle menace pour un producteur comme l’Algérie ?
 Personnellement, je pense plutôt au contraire pour deux raisons :
- la première et si les chiffres et perspectives avancés dans le monde sont réels, et si les technologies développées pour exploiter ces nouvelles réserves sont de plus en plus rentables, cela nous amènera à exporter moins de gaz, ce qui constitue autant de ressources à garder pour les générations futures ;
- la deuxième raison est que cela va inciter Sonatrach à s’intéresser sérieusement à ce type de gaz à moyen et long terme, car à ma connaissance, il y a de très nombreux indices comparables rencontrés dans le passé à travers tout le pays que nous avons négligés pour des raisons de rentabilité, et qui pourraient fort bien correspondre à des accumulations pouvant être rentables dans le futur pour peu que les méthodes d’exploitation et surtout l’environnement législatif et fiscal évoluent dans le bon sens.
 
L’Algérie compte réceptionner de nouvelles installations de GNL en 2015 : pensez-vous que cet investissement est venu à point nommé, face à un concurrent direct, le Qatar, doté d'énormes réserves prouvées de gaz naturel, et peut-on s’attendre à une guerre des prix de la part de ce pays et de la Russie, en vue de la conquête de parts de marché ?
 La guerre des prix a déjà démarré en 2008 et pourrait même s’accentuer avec les futures capacités en GNL de l’Australie qui pourraient dépasser les 100 millions de tonnes de GNL par an dans les années à venir. Le Qatar, lui, a déjà une capacité de 77 millions de tonnes par an, alors que l’Algérie n’en aura en 2015 que 24 millions de tonnes par an.
Il y a aussi le Nigeria qui prévoit d’atteindre les 62 millions de tonnes par an. Tout cela signifie que la bataille du GNL va être rude les cinq prochaines années.
Mais il faut aussi prendre en considération que l’Algérie demeure un concurrent et un fournisseur très viable de fait de sa position géographique en Méditerranée et son réseau de gazoducs vers l’Europe.