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A la une / Entretien

Bill Rammel, ministre d’État britannique pour les affaires étrangères et du Commonwealth, à Liberté

“Je constate un réel engagement de la part de l’Algérie à lutter contre le terrorisme”

À la veille de son séjour de deux jours à Alger, dans le cadre de la réunion du comité mixte
algéro-britannique, il révèle, au cours de cet entretien exclusif, la nature des dossiers qui seront discutés avec son homologue Abdelkader Messahel, ministre délégué aux Affaires maghrébines et africaines.

Liberté : La visite du président Bouteflika au Royaume-Uni, en juillet 2006, a ouvert des perspectives prometteuses dans les relations algéro-britanniques. Comment qualifiez-vous ces rapports aujourd’hui ?
Bill Rammel : Je pense que les relations algéro-britanniques sont très solides. Aujourd’hui, les gouvernements des deux pays souhaitent leur donner une impulsion plus importante. Évidemment, la visite du président Abdelaziz Bouteflika au Royaume-Uni constitue un tournant crucial et a permis de franchir un pas important dans les rapports bilatéraux. Depuis, nous avons établi des relations dans le domaine de la défense, à travers la désignation d’un attaché militaire à Alger. Nous avons également procédé à la relocalisation à Alger du service de traitement des visas. Le nouveau siège de notre ambassade sera ouvert l’année prochaine… Oui, je crois que nos relations sont bonnes. Ma visite en Algérie est une occasion de les consolider davantage.

Vous vous rendez à Alger dans le cadre de la réunion du comité mixte algéro-britannique. Pouvez-vous nous révéler la nature des dossiers qui seront discutés avec votre homologue algérien au cours de cette réunion ?
Nous allons discuter d’un certain nombre de dossiers importants. La lutte antiterroriste est une question fondamentale et d’intérêt commun. La coopération dans le domaine de la défense sera également au menu de notre réunion. En outre, nous parlerons de commerce et d’investissements, deux secteurs de coopération importants sur lesquels nous voudrions nous engager plus amplement, particulièrement aujourd’hui, au moment où l’économie mondiale connaît des difficultés. Nous aborderons aussi les questions migratoires et le dossier du Moyen-Orient.
 
Attirer les investissements britanniques en Algérie est l’un des chapitres les plus importants de la coopération bilatérale. Or, une certaine frilosité distingue les hommes d’affaires. Quelle en est la raison ?
Ce n’est pas tout à fait exact. Le Royaume-Uni est le premier pays détenteur d’investissements directs en Algérie. Diverses compagnies britanniques comme BP, Shell, British Gaz et d’autres sont présentes dans le pays.

Oui, mais ces investissements concernent surtout les hydrocarbures. Hors ce domaine, les firmes britanniques ne sont pas légion...
Nous voudrions renforcer le nombre de ces compagnies. Cependant, il y a certaines entraves en Algérie, auxquelles les investisseurs étrangers, dont les Britanniques, sont confrontés, comme la bureaucratie, l’existence d’un système bancaire très restrictif, de grandes difficultés à accéder directement aux responsables et la lenteur dans la prise de décision. Tous ces facteurs font obstacle à l’attraction de futurs investisseurs. Ce genre de préoccupations sera au centre du dialogue que j’aurai avec mon homologue à Alger. Certes, il y a une volonté de la part de l’Algérie de prendre en charge une partie de ces problèmes, mais nous voudrions voir émerger un environnement d’entreprise, plus attrayant et de nature à encourager les investissements. C’est en partie pour cela que je me rends en Algérie. Dans une perspective similaire, mon collègue Gareth Thomas, ministre d’État chargé du Commerce et des Investissements, effectuera une visite à Alger au début de l’année prochaine. 

Selon vous, quel environnement est susceptible d’attirer les hommes d’affaires britanniques en Algérie ?
À travers le monde, les pays qui détiennent le plus grand nombre d’investissements étrangers sont ceux où il y a un minimum de régulation non nécessaire, où les entrepreneurs n’ont pas besoin de remplir une dizaine de formulaires pour obtenir une seule autorisation et savent où aller et à qui s’adresser en cas de problème. En ce moment, ce n’est pas toujours le cas en Algérie. Nous voudrions voir des progrès dans ce domaine.

La crise financière mondiale peut-elle avoir des répercussions sur le niveau des investissements britanniques en Algérie ?
Sans aucun doute, la situation économique et financière actuelle a un impact sur les investissements britanniques et internationaux, à travers le monde, et influe considérablement sur les décisions des hommes d’affaires. Cependant, à long terme, les projections sont bonnes. Dans les 20 prochaines années, le volume des échanges commerciaux internationaux va doubler. Les challenges sont certainement très importants. Nous devons les affronter à travers la réforme de la politique monétaire et la fiscalité. Si nous parvenons à mettre en place des mesures coordonnées, les opportunités d’affaires seront plus propices en Algérie et partout ailleurs.
 
Le Foreign Office déconseille formellement à ses ressortissants de se rendre en Algérie. Ne considérez-vous pas que ce genre d’avertissement est de nature à faire peur aux investisseurs ? 
Le Travel Warning ne déconseille pas tous les déplacements en Algérie, mais seulement les voyages qui ne sont pas essentiels. Les séjours des hommes d’affaires sont des déplacements essentiels. Je dois dire que le contenu des conseils aux voyageurs fait l’objet d’un examen régulier et constant, en moyenne une fois tous les mois et même plus. L’objectif étant de prendre des décisions correctes sur la base des informations que nous détenons. Nous avons une responsabilité à l’égard des citoyens britanniques.
Nous faisons en sorte de leur donner des conseils adéquats. C’est pourquoi le Travel Warning concernant l’Algérie est tel qu’il est. Certaines régions du pays connaissent des activités terroristes commises par certains groupes. Ce qui suscite quelques sérieuses inquiétudes. Maintenant, j’estime que la lutte contre le terrorisme doit être une responsabilité partagée. C’est pour cela que cette question sera au centre de nos discussions à Alger. Nous devons renforcer notre coopération dans ce domaine.
 
Il n’est donc pas question actuellement de revoir le contenu du Travel Warning ?
Non, pas pour le moment. À l’exception des modifications qui peuvent y être apportées lors des réactualisations, une fois par mois.

Quel est votre commentaire sur la situation sécuritaire en Algérie ?
Tout d’abord, je constate un réel engagement de la part de l’Algérie à lutter contre le terrorisme. Indéniablement, Al-Qaïda au Maghreb constitue une menace. C’est un sérieux problème. Aujourd’hui, plus que jamais, nous devons œuvrer ensemble pour contrecarrer cette menace. La situation aurait été plus dramatique si l’Algérie n’avait pas exprimé sa détermination à venir à bout du terrorisme. Or, au cours de toutes les discussions que nous avons eues avec le gouvernement algérien, celui-ci a toujours montré sa disponibilité à discuter avec nous et à consolider la coopération bilatérale dans ce domaine. À cet égard, je dois dire qu’évidemment, je suis favorable à la levée des restrictions sur les déplacements en Algérie. Mais, auparavant, la sécurité doit être renforcée.
 
L’Algérie et le Royaume-Uni ont signé des accords d’entraide judiciaire, dont l’un sur les extraditions. Or à ce jour, les seuls cas d’extradition concernent des individus qui ont émis le vœu d’être transférés en Algérie. Qu’en est-il des autres, dont les personnes incarcérées pour des liens avec le terrorisme ?
Effectivement, des individus sont retournés en Algérie, suivant leur propre volonté. Dans ce cadre, l’existence d’une convention d’extradition entre les deux pays est une chose très positive. La difficulté avec les autres dossiers d’extradition consiste dans le fait qu’ils sont toujours entre les mains de la justice. Les individus concernés ont fait appel et attendent la décision du juge. La procédure doit être respectée.

Dans les années 1990, le Royaume-Uni a accordé l’asile politique à des dizaines d’opposants islamistes algériens. Quel est le sort de ces personnes aujourd’hui, au regard des lois antiterroristes mises en place par le gouvernement britannique ? Sont-ils surveillés par exemple ?
Toute personne ayant obtenu le refuge dans ce pays doit se conformer aux lois en vigueur. À la moindre infraction, les auteurs se verront déchus de leur statut de réfugiés. Cela s’est produit dans certains cas, mais pas avec des Algériens. Ce que je peux vous dire est que nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour s’assurer que toute personne réfugiée au Royaume-Uni ne présente aucun risque pour la sécurité du pays et de sa population.

Parmi les chapitres de la coopération figure aussi la gestion des flux migratoires. Quelle est la stratégie appliquée dans ce domaine ?
Le dossier migratoire constitue un domaine crucial. Nous voulons transmettre à l’Algérie comme à d’autres pays un message d’équilibre qui consiste à dire que le Royaume-Uni est prêt à accueillir des immigrés réguliers, qui ont quelque chose à offrir à ce pays et qui ont des compétences, ainsi que des étudiants que nous encourageons à venir étudier dans nos universités. Nous voulons continuer à recevoir toutes ces catégories de personnes. En revanche, nous sommes fermement engagés à réprimer l’immigration clandestine.

Le Royaume-Uni est une destination de choix pour les jeunes immigrés clandestins algériens. À combien estimez-vous leur nombre ? 
Les gouvernements successifs n’ont pas donné de chiffres sur l’immigration clandestine car de par leur nature, les immigrés illégaux ne se font pas connaître.
Notre mission consiste à prendre une série de mesures pour freiner ce phénomène, comme la multiplication des contrôles aux frontières, l’augmentation du nombre des inspecteurs dans les avions en vue d’identifier les immigrés clandestins et de renforcer la coopération avec les pays d’origine, en matière de refoulement. Cette dernière question sera évoquée lors de mon séjour à Alger.

L’anglais est une langue internationale que les Algériens parlent très peu. Comment espérez-vous étendre son usage en Algérie et répondre à la demande des autorités algériennes sur cette question précise ?
Nous avons déjà répondu au désir du gouvernement algérien d’obtenir une aide pour la formation d’un millier d’enseignants. Nous avons mis en place une coopération avec le British Council qui dispose de 350 places. Nous entendons développer notre soutien dans ce domaine en faisant en sorte de répondre à la volonté du gouvernement algérien d’étendre l’usage de l’anglais parmi la population.

S. L. K.