Scroll To Top
FLASH
  • L'intégralité du contenu (articles) de la version papier de "Liberté" est disponible sur le site le jour même de l'édition, à partir de midi (GMT+1)
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version papier de "Liberté" écrire à : info@liberte-algerie.com
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version digitale de "Liberté" écrire à: redactiondigitale@liberte-algerie.com

A la une / Entretien

Noureddine Kehal, P-DG de l’OAIC, à “Liberté”

“L’Algérie n’a pas investi dans le stockage depuis 1988”

Sur une SAU totale de près de 8 millions d’hectares, la céréaliculture occupe environ 3,3 millions. Le blé et l’orge occupent 80% de la superficie emblavée. Les 20% restants sont dédiés à l’avoine et au blé tendre. Noureddine Kehal,  ingénieur agronome de formation, est spécialisé en génétique.

Liberté : Quelle est l’évolution de la production céréalière en Algérie ?
Noureddine Kehal : À la fin des années 1980, début 1990, nous sommes passés de 35 millions de quintaux en moyenne (vers 2000) pour atteindre 62 millions de quintaux en 2008-2009. La moyenne annuelle sur dix ans tourne autour de 55 millions de quintaux. C’est dire qu’il y a eu une dynamique qui tend à devenir structurelle dans les niveaux de production, quelles que soient les conditions climatiques de l’année qui influent pour une question de plus ou de moins. Pour conforter cette dynamique, on prendra les rendements nationaux moyens à l’hectare. Fin des années 1980, on était à 8 quintaux/ha pour atteindre les 12 q/ha en 2000, puis 17 q/ha en 2010. Le rendement par hectare a évolué de 1 quintal/ha  tous les deux ans. Cette dynamique demeure insuffisante comparée aux rendements obtenus ailleurs. En France, par exemple, durant la même période, entre 1980 et 2010, le rendement, qui était de 40 q/ha/an, est passé en 30 ans à 70 q/ha/an, soit une progression double de celle de l’Algérie. Les améliorations obtenues chez nous sont liées à une maîtrise de plus en plus importante des conditions de conduite, d’entretien et de récolte des céréales, la maîtrise de ce qu’on appelle dans le jargon l’itinéraire technique.

Pourriez-vous détailler les éléments de cette maîtrise ?
 Il y a d’abord le niveau d’utilisation des semences qui est passé de 800 000 quintaux de semences sélectionnées (toutes céréales confondues) en 2008, à 1,410 million de quintaux en 2010. Ensuite, il y a l’utilisation croissante des intrants, dont les engrais phosphatés, qui est passée de 150 000 quintaux en 2008 à 450 000 q  en 2010. Cette année-ci, l’OAIC a déjà vendu fin novembre, 450 000 q et l’opération se poursuit. On a donc enregistré en 2 ans une croissance de 250% environ. Par ailleurs, les opérations de lutte contre les mauvaises herbes concernaient 200 000 ha en 2008, avant d’atteindre 450 000 ha en 2010. Ce qui influe positivement sur la qualité du produit obtenu. Peu à peu, de bonnes habitudes culturales se mettent en place chez les céréaliculteurs. Les prix offerts aux céréaliculteurs sont attractifs et dépassent largement les cours internationaux. Cette option a été décidée pour une question de sécurité alimentaire évidente.

Quelles sont les mesures incitatives décidées par l’État pour convaincre les céréaliculteurs de ramener leurs récoltes vers les installations de  l’OAIC ?
 En plus des prix offerts aux producteurs de céréales qui livrent leurs récoltes à l’OAIC, l’État leur accorde son soutien pour l’acquisition des engrais et des produits de traitement phytosanitaire. Le taux de 20% de TVA sur les engrais est pris en charge par l’État, ainsi que les 17% de TVA sur les produits phytosanitaires. De plus, un crédit Rfig (sans intérêt) peut être sollicité par le céréaliculteur auprès de la Badr. C’est l’État qui prend en charge le remboursement des intérêts à la banque. L’OAIC accorde un crédit fournisseur au cultivateur qui ne payera ses engrais, ses semences et ses pesticides qu’une fois la récolte livrée à l’OAIC. Ce système, mis en place depuis deux ans avec la mise en œuvre du Programme du renouveau agricole et rural. Le prix incitatif, l’accompagnement technique, organisationnel et financier encouragent l’agriculteur à faire le maximum pour continuer à en bénéficier. C’est une véritable révolution silencieuse qui est en train de se dérouler depuis quelques années dans la céréaliculture. Toutes les dispositions qui visent l’accompagnement de l’agriculteur tendent à améliorer son rendement et sa productivité, et ainsi à faire en sorte qu’il tente de livrer le maximum de sa récolte à l’OAIC. Jusqu’ici, au moins 95% de la récolte sont livrés à l’OAIC qui les commercialise avec pour objectif la régulation du marché national. Évaluer la production et la demande de consommation intérieure, afin de faire de l’importation un simple complément, un appoint à la production nationale. En 2010, l’Algérie a réalisé une production excédentaire d’orge pour devenir, pour la première fois depuis les années 1960, exportatrice de 100 000 quintaux d’orge.

L’Algérie, grosse consommatrice de blé dur, en importait beaucoup, quelle a été l’évolution de ces dernières  années ?
 L’État n’a plus importé de blé dur depuis avril 2009 à ce jour, c'est-à-dire fin décembre 2010. C’est une première depuis quarante ans, après que l’Algérie eut été le premier importateur de blé dur du monde en achetant 50% de ce qui était sur les marchés internationaux ! Depuis que l’Algérie n’achète plus de blé dur, certains grands pays exportateurs ont dû réduire la superficie emblavée dédiée à cette variété. L’OAIC importe pratiquement 90% du blé consommé en Algérie. L’évolution des importations est à la baisse : ainsi, en 2008, l’OAIC a importé pour 3,25 milliards de dollars en céréales, 1,25 miliard de dollars en 2009 et 800 millions de dollars en 2010.

Qu’est-ce qui a justifié l’importation de 200 000 quintaux de blé dur dernièrement ?
Nous achetons du blé pour couvrir la période de soudure qui s’étend d’avril à juin de chaque année. Pour 2011, le stock intra-muros peut couvrir la période janvier-février-mars. Nous avons réalisé un achat d’appoint destiné à couvrir le 2e trimestre 2011. Nous avons pour cela profité d’une accalmie du marché de Chicago durant les fêtes de fin d’année, pour acquérir le blé à raison de 400 dollars la tonne. Aujourd’hui, la tonne coûte 415 dollars. Les négociants ont été surpris par notre sortie et se sont sentis comme arnaqués quelque part, car d’habitude on annonçait notre arrivée sur le marché avec des gros sabots et le marché se mettait à flamber !

Dans les pays gros producteurs de céréales, il existe toujours une irrigation d’appoint en cas de mauvaise pluviométrie, qu’en est-il en l’Algérie ?
 Durant la saison 2009-2010, 160 000 hectares ont bénéficié d’une irrigation d’appoint. Pour la saison 2010-2011, nous comptons toucher 500 000 hectares, là où il existe la possibilité d’irrigation où l’eau est disponible. Après les bonnes récoltes de ces dernières années, les producteurs n’ont pas trouvé où ensiler leurs récoltes. Certains ont été contraints de faire la queue durant plusieurs jours, avec leurs récoltes chargées dans des camions, avant d’être reçus au niveau des entrepôts de l’OAIC.

Comment expliquez-vous cela ?
 Les dernières performances dans la production de blé ont surpris l’organisation du stockage, qui a été prise de court, dans la mesure où l’Algérie n’a plus investi dans le renforcement de ses capacités de stockage depuis 1988. L’OAIC a engagé, depuis 2010, une opération de renforcement de ses capacités de stockage de 10 millions de quintaux supplémentaires. Cette opération a été entérinée, le 15 mars 2010, par le CPE présidé par le Premier ministre. Les capacités de stockage actuelles de l’OAIC sont de 35 millions de quintaux en silos plus 10 millions de quintaux constitués par les magasins de transit à fond plat, durant la période de récolte. L’ensemble des capacités de stockage est réparti sur les CCLS des 48 wilayas.

Comment comptez-vous améliorer la qualité du blé livré, puisque de nombreux minotiers se plaignent de la mauvaise qualité de la marchandise acquise chez l’OAIC ?
Afin d’accompagner les céréaliculteurs et améliorer l’itinéraire technique et la qualité du produit livré, l’OAIC a décidé de créer une section motoculture pour assurer la prestation de service au bénéfice de tous les céréaliculteurs qui le souhaitent : en labours (tracteur, charrue), semoir, matériel de désherbage, moissonneuse-batteuse pour la récolte. Les moissonneuses-batteuses acquises par l’OAIC peuvent travailler dans toutes les conditions (chaleur et humidité) sur tous les terrains, pour donner un produit de qualité aux standards internationaux, nettoyé et mis en sac. Ces machines dotées d’équipements électroniques s’adaptent à tous les terrains quelle que soit leur topographie, sont montées par l’unité de matériel agricole de Sidi Bel-Abbès. Elles peuvent déceler et éliminer jusqu’à 90% des impuretés. Par ailleurs, le produit livré par les agriculteurs fait l’objet de bonification et de réfaction, selon la qualité du prélèvement opéré au point de collecte OAIC. On confie un échantillon contradictoire du blé livré au producteur qui pourrait, en cas de contestation, lui servir à réaliser une contre-expertise.


Bio express
M. Noureddine Kehal est ingénieur agronome, spécialisé en génétique. Il a été chercheur à l’Institut des techniques de grandes cultures (ITGC), directeur de la station de recherche de l’INRA du Khroub, directeur central chargé de la production végétale, au ministère de l’Agriculture et du Développement rural, expert de la BM et député entre 2002 et 2007. Il est P-DG de l’OAIC depuis 2009.