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A la une / Entretien

Amara Benyounès à Liberté

“Les démocrates doivent s’entendre sur un projet”

L’Union pour la démocratie et la République (UDR) ne participera pas aux élections partielles. Cette formation appelle la population de Kabylie à opter pour les candidats de son choix.

Liberté : Quels sont vos commentaires sur les résultats du scrutin du 29 septembre ?
Amara Benyounès : Les résultats de ce scrutin ne peuvent que nous satisfaire en tant que parti politique qui a participé comme il a pu à la campagne électorale. L’essentiel est que le vote s’est déroulé dans de bonnes conditions. Pour ce qui est des chiffres, vous savez que depuis 1990, il y a eu des polémiques autour des résultats à chaque élection en Algérie. Ce scrutin n’a donc pas échappé à cette polémique. Mais, tout le monde est unanime pour dire que les Algériens, dans une large proportion, ont voté en faveur de la paix et de la réconciliation nationale.

Avez-vous eu une réponse à votre requête sur la limitation, à 6 mois, du délai d’application de la charte ?
Nous avons été le seul parti à revendiquer la limitation du délai. La porte a été ouverte pour les repentis, mais il ne faut pas que cette porte reste ouverte… sinon ce serait une prime pour le terrorisme. Demain, n’importe qui pourrait monter au maquis, en réglant un certain nombre de comptes, et redescendre ou alors monter au maquis en se disant : ma famille sera de toute façon prise en charge. Je crois, après avoir entendu le Chef du gouvernement et le ministre de l’Intérieur s’exprimer sur le sujet, que la limitation est prévue dans les lois d’application.

Il y a quelques semaines, vous avez déclaré lors d’une conférence de presse que l’islamisme politique avait de longues années devant lui en Algérie. Pourriez-vous nous développer cette idée ?
Tant qu’il y aura des partis politiques ou des personnes qui veulent instrumentaliser la religion à des fins politiques, et tant que subsisteront des militants islamistes qui portent le projet de construction d’une république théocratique, l’État algérien sera menacé. Il ne faut jamais oublier que l’objectif fondamental d’un islamiste est la république théocratique, qui est la négation de l’État républicain, de la démocratie et de la modernité.

Rejoignez-vous alors les partis qui parlent de jonction entre le pouvoir et les islamistes ?
Si c’était le cas, l’UDR ne soutiendrait jamais le président Bouteflika. On peut tout dire de Bouteflika, absolument tout, sauf qu’il est islamiste. La charte pour la paix et la réconciliation n’est pas une charte islamiste. Elle consacre une lecture républicaine des événements qui se sont déroulés. Elle dénonce l’instrumentalisation de la religion à des fins politiques et rend exclusivement le FIS responsable du drame qu’a vécu l’Algérie : elle interdit à tous les responsables politiques du FIS, directement impliqués dans la crise, de faire de la politique. Je ne pense pas qu’un président qui fasse cela est un président islamiste.

Vous avez déclaré aussi que Madani Mezrag n’aura plus le droit à la parole, une fois la charte adoptée, et qu’il aura affaire à la justice algérienne. Maintenez-vous de tels propos aujourd’hui ?
Je vous signale que le ministre de l’Intérieur, lors de sa conférence de presse (du 30 septembre, ndlr), a indirectement confirmé cela… La question lui avait été posée sur Anouar Haddam, si ma mémoire est bonne… C’est clair que les responsables politiques du FIS, impliqués dans la tragédie, sont interdits d’exercer une activité politique. Ils sont interdits d’adhérer à d’autres partis politiques, contrairement à l’appel du pied qui leur a été fait par certains responsables politiques.

L’UDR n’a pas encore son agrément. Elle a pourtant mené campagne pour la charte, bénéficié d’un siège et des salles pour ses activités publiques, alors que des organisations et des partis agréés ont du mal à obtenir des autorisations. Comment expliquez-vous cela ?
 L’UDR n’a pas bénéficié de siège de la part de l’État. Et même si c’était le cas, cela ne serait que justice, au regard des sièges qui sont occupés par tous les partis politiques et des autres sièges fermés. Pour ce qui est de l’agrément, nous avons finalisé le dossier avec le ministère de l’Intérieur, il y a un peu plus d’un mois. Nous avons laissé la campagne électorale se dérouler… Nous espérons avoir une réponse ces jours-ci ou dans les semaines qui viennent.

Comment entrevoyez-vous, dans l’après-charte, l’avenir du multipartisme, du pluralisme syndical et de la démocratie en général ?
La démocratie est un combat permanent. Nos amis démocrates doivent comprendre que rien ne sera donné. Ils doivent lutter et être vigilants tous les jours. Nous avons besoin d’une opposition forte : à cette opposition de se structurer, de s’organiser et de se battre quotidiennement pour s’imposer. Tout ce qui existe actuellement en Algérie, en termes de multipartisme, de pluralisme syndical, de libertés, a été arraché. Les démocrates algériens ont payé un prix extrêmement lourd, et le combat doit continuer. C’est à nous d’être combatifs.

Avez-vous des propositions pour l’union des rangs des forces démocratiques ?
Si les démocrates veulent se réunir et se rassembler, c’est avant tout sur la base d’un projet. L’union ne doit pas se faire autour d’un homme, aussi important soit-il… Les démocrates doivent donc s’entendre sur un projet et s’accorder concrètement sur le terrain, mais la construction viendra d’en bas et non pas d’en haut. Pour l’instant, l’UDR soutient le président de la République et les partis dits démocratiques sont dans l’opposition : il y a un fossé entre nous. Mais comme on dit, il faut du temps au temps. Il y a les prochaines élections de 2007 et celles de 2009.

Finalement, quel regard portez-vous sur la mouvance démocratique ?
 Il y a un certain nombre de personnalités dans la mouvance démocratique, mais il n’existe pas encore en Algérie de véritable parti politique national et démocratique. Il existe des partis qui ont une présence plus ou moins régionale… Force est de constater que les partis démocrates sont totalement absents sur le terrain des luttes et, plus grave, sur le terrain de la lutte des idées. Les démocrates, tels qu’ils sont labellisés en Algérie, ont été absents des débats sur la réforme de l’école, le code de la famille, la réforme de la justice, le problème du terrorisme islamiste et dernièrement sur la charte. On a même entendu des responsables démocrates dire, à propos du code de la famille, que c’est un problème entre Bouteflika et les islamistes.

Est-il possible, si on se limite au cas de la charte, de mener un débat lorsque les médias lourds sont fermés à toute voix qui est pour le “oui, mais…” ou pour le “non” ?
J’ai moi-même dénoncé cela depuis le premier jour. Il fallait absolument ouvrir les médias, notamment les médias lourds à l’opposition pour qu’elle puisse s’exprimer. Il fallait organiser des débats contradictoires. Mais, je suis désolé de vous dire que les partis politiques n’ont pas du tout activé, je ne les ai pas rencontrés sur le terrain. Je ne pense pas qu’un journal comme Liberté fermerait ses colonnes à ces partis, bien au contraire. Ces gens-là étaient absents du terrain.

Dans une situation d’état d’urgence, les actions citoyennes et démocratiques peuvent-elles vraiment être menées normalement ?
Dire que l’état d’urgence freine les activités des partis politiques n’est pas vrai du tout. Je n’ai encore jamais vu un parti se faire interdire un meeting ou une conférence parce qu’il y a état d’urgence. Quand ces partis sont en panne d’activités ou d’arguments politiques, ils sortent alors l’état d’urgence. Ces partis démocrates ont toujours applaudi l’état d’urgence car, qu’on le veuille ou non, il a permis la coordination entre les services de sécurité pour une lutte plus efficace contre le terrorisme. L’état d’urgence est fait contre les terroristes, il n’est pas fait contre les démocrates.

M. Benyounès, pensez-vous que la Constitution sera révisée ?
Un ministre d’État, M. Belkhadem, dit qu’il y aura une révision constitutionnelle. Un autre ministre d’État, M. Zerhouni, lui répond qu’elle n’est pas à l’ordre du jour. Cela suscite des interrogations. Pour l’UDR, le problème n’est ni la révision de la Constitution ni la nature du régime, présidentiel ou parlementaire. Le problème pour nous est le suivant : sommes-nous dans un pays démocratique et est-ce que l’alternance au pouvoir se fait de manière démocratique ? L’essentiel est donc le mode d’accès au pouvoir.

La Kabylie s’est distinguée, selon les chiffres officiels, par une forte abstention. Cette région ne risque-t-elle pas de subir des mesures répressives, sous le prétexte de la consolidation de la réconciliation nationale ?
Non, absolument pas. Ni le président ni le gouvernement n’ont l’intention de punir la Kabylie… Ce serait de la folie ! Depuis 1990, la Kabylie n’a jamais voté massivement à tous les scrutins. La Kabylie est traditionnellement une région où une grande partie de la population ne vote pas.
Mais, les blessures ne sont pas aussi cicatrisées, les événements d’avril 2001 sont encore dans les mémoires. Et puis, les habitants ne voient pas concrètement les résultats des accords entre le gouvernement et le mouvement citoyen. Il faut ajouter le climat de confusion qui a régné en Kabylie avant le référendum.
Des membres de la coalition présidentielle disaient une chose et son contraire. Il y a eu ensuite le discours du président à Constantine où il a dit que tamazight ne sera jamais langue officielle.
Ce discours a été interprété comme étant une provocation. Pour l’UDR, l’enjeu était que le scrutin se déroule d’une manière calme et sereine, qu’il n’y ait ni violences ni incidents… Contrairement aux élections municipales de 2002 et au scrutin présidentiel, il n’y a pas eu de morts en Kabylie cette fois-ci. J’espère que les élections partielles se dérouleront dans le calme et que le taux de participation sera plus élevé.

À propos de ces partielles, apporterez-vous votre soutien au FFS et au RCD ?
L’UDR ne participera pas à ces élections, car elle n’a pas encore son agrément. Pour l’instant, nous appelons tous les citoyens à aller voter massivement pour le candidat de leur choix. Mais, nous avons une résolution du conseil national qui laisse la liberté totale aux sections de l’UDR. Le bureau national va se réunir : une consigne de vote sera très probablement donnée. Le plus important, c’est que les Kabyles aillent voter pour choisir les personnes qui vont les représenter au niveau des communes et des wilayas. Ils doivent comprendre que l’alternance au pouvoir ne se fait que par les urnes. L’utilisation de la force, c’est terminé. Le destin de la Kabylie ne doit pas se limiter aux bars clandestins et aux barricades.

H. A.