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A la une / Entretien

Hervé Bramy, président de la commission écologie du PCF, à “Liberté”

“Les non-engagements à la Cop 21 nous conduisent vers le mur”

©D. R.

Hervé Bramy est âgé de 62 ans, il est membre de la direction du Parti communiste français (PCF). Il dirige la commission écologie du parti. Il a été aussi élu conseiller général avant de prendre la présidence du Conseil général de Seine-Saint-Denis (2004 à 2008). Son blog hervebramy.fr

Liberté : Avant d’aborder la crise écologique, si vous permettez, j’aimerais que vous reveniez sur votre dernier congrès, le 37e, qui s’est tenu sous le signe du “Temps du commun” avec comme référents et objectifs l’égalité, la paix et le partage. S’agit-il d’une continuité ou d’une rupture avec le substrat idéologique du PCF ?
Hervé Bramy : Il s'agit sans équivoque possible d'une réaffirmation et d'une actualisation de nos analyses sur les rapports de forces à l’échelle du monde qui se caractérisent par un approfondissement des inégalités. Nous ressentions le besoin de préciser le sens communiste de notre projet politique, de rendre appropriable par le plus grand nombre les buts des combats actuels des communistes pour notre pays, l’Europe et le monde. En effet, les pertes de repères sur l’utilité de la politique et des luttes sont évidentes au sein de notre peuple qui, de façon paradoxale, continue de croire au concept de lutte de classes. Le peuple perçoit bien que d'un côté les richesses ne se sont jamais autant accumulées entre les mains d'une extrême minorité, alors que les pouvoirs instaurent l'austérité, dans tous les domaines, pour le reste de la population. Le candidat Hollande avait proclamé que la finance était son ennemie mais, une fois au pouvoir, il n'a fait que la servir. Cette politique faite de renoncements et de reniements a jeté un profond trouble dans les consciences populaires et a renforcé l'idée qu'il n'était pas possible de transformer la société dans un sens progressiste. Avec le “Temps du commun” nous faisons au contraire la démonstration que les valeurs d'égalité, de paix et de partage sont plus que jamais d'actualité afin de satisfaire les besoins d'émancipation. Faire vivre notre texte dans les rassemblements et les luttes c'est recréer l'espoir qu'il est possible de bâtir un autre monde, une autre société en France et en Europe.

L’effondrement de l’ex-Union soviétique et la fin de ce qui était appelé la guerre froide n’a pas donné lieu à un monde plus sûr. L’Afrique, le Moyen-Orient et à un degré moindre l’Europe sont en proie à des guerres ouvertes pendant que la menace terroriste pèse partout. Quelle lecture faites-vous de cette situation ?
Vous avez raison, la fin de l'expérience des pays du socialisme réel, selon la formule consacrée, n’a pas rendu le monde plus sûr. En effet, les forces dominantes du système mondialisé et financiarisé capitaliste se sont senties toutes-puissantes. Le résultat c'est l'accroissement des inégalités à l'échelle du monde du fait de l'application dogmatique de règles économiques et sociales libérales, notamment par le FMI et la Banque mondiale, déstructurant les politiques publiques des États des pays riches comme en voie de développement. C'est aussi le rôle de gendarme du monde que se sont attribuées, en marginalisant l'ONU qui doit se démocratiser, les gouvernements capitalistes occidentaux, dont la France. Tous les promoteurs et artisans de la “guerre des civilisations”, depuis Daesh jusqu'à ceux qui prétendent la combattre sur le même terrain, entraînent notre pays et l'humanité dans une voie sans issue. Ces stratégies guerrières provoquent le chaos et ce sont les peuples dans de très nombreuses régions qui en payent le prix fort par la perte de vies humaines.
C'est pourquoi à la veille de notre congrès nous avons pris l'initiative de l’organisation d’un forum international pour la paix et le progrès qui a réuni de très nombreuses délégations de partis progressistes dans le monde.

Abordons si vous voulez la crise écologique mondiale. D’abord, votre appréciation de l’Accord de Paris à la Cop21 et les avancées ou reculs depuis cette conférence.
Le gouvernement français a remporté un succès diplomatique réel. Toutefois, sur le contenu de cet accord – universel malgré tout – nous considérons que si tout est, à peu près, écrit… tout reste à faire. En réalité, l'égoïsme des États les plus puissants que nous appelions à dépasser l'a finalement emporté. Trop d'intérêts nationaux contradictoires se sont exprimés. Alors la machine à compromis a fonctionné à fond. Résultat : l'utilisation dans le texte de termes évasifs ou ambigus déqualifie le caractère contraignant. C'est un texte de bonnes intentions loin de satisfaire à l'urgence de limiter l'augmentation de la température en deçà des 2°C recommandés par le GIEC. Le texte se garde de faire mention de quotas nationaux, ce qui a bien arrangé l'Europe, soit dit en passant (Allemagne et Pologne pour leurs réserves de charbon). Il n'est fait aucunement référence de dates ou d'objectifs de “neutralité carbone”. Il est seulement convenu de parvenir au plus tôt au “pic d'émissions”. Pour limiter les mécontentements, une clause de revoyure tous les cinq ans a été inscrite, à partir de 2025. Or c'est bien trop tard. Ces non-engagements nous conduisent vers le mur, car la période 2015-2025 est déterminante pour recalibrer les actuelles trajectoires d'émissions de gaz à effets de serre (GES) selon le GIEC. Les promesses actuelles des États provoqueront un réchauffement à plus de 3°C en 2100. Ce qui nous prépare à un monde difficile. Ce bilan est vraiment loin de nous satisfaire et nous considérons comme incontournable la mobilisation des peuples pour contraindre leurs gouvernements à franchir des étapes décisives.

Vous soutenez le gouvernement dans sa décision de prolonger la durée d’exploitation du parc nucléaire français de 40 à 50 ans comme annoncé au mois de mars dernier. Est-ce que vous considérez que l’électricité issue du nucléaire fait partie des solutions dé-carbonées à l’échelle internationale ou alors votre position découle de la dépendance de la France vis-à-vis de l’atome dont  l’Allemagne et la Suisse par exemples veulent sortir ?
Notre position est bien connue : nous défendons, pour nous-mêmes, le principe d'un mix énergétique composé d'énergies renouvelables et de nucléaire. En effet, pour lutter efficacement contre les émissions de GES, il est déterminant de réduire les énergies fossiles (gaz, charbon, pétrole) qui les provoquent. Dans le même temps, nous considérons que le droit à l'énergie pour toutes et tous, au prix le plus bas possible, à l'échelle du monde doit se concrétiser. Nous ne pensons pas que les seules énergies renouvelables puissent satisfaire cette exigence du fait notamment de leur intermittence et de l'absence de technologies permettant de stocker l'électricité.
De ce fait, le nucléaire qui produit effectivement une énergie très dé-carbonée est une solution sérieuse ici et pour d'autres régions. D'ailleurs, nous constatons malgré Fukushima la relance à l'échelle du monde de la construction de réacteurs, car dans l'état actuel des technologies, le nucléaire, pour nombre d'États, devient en quelque sorte indispensable. Néanmoins, nous devons veiller à ce que les mêmes normes de sûreté s'appliquent partout dans le monde, car cette énergie comporte des risques certains et avérés. Pour ce faire, nous militons pour l'émergence de normes internationales de sûreté. La France, qui a une longue expérience du nucléaire et qui s'est dotée d'instances indépendantes (ASN - Agence de sûreté nucléaire) reconnues dans le monde, devrait jouer un rôle très important dans ce sens.

À l’instar des fonds pour le développement, celui dédié à l’adaptation pour aider les pays du Sud à s’insérer dans la dynamique de réduction des émissions de GES et faire face aux retombées du changement climatique ne semble pas susciter l’engouement des donateurs, les États y compris. Votre commentaire.
C’est l’un des principaux écueils de l’Accord de Paris. Nous avions fait de cet enjeu un axe essentiel de notre campagne internationale pour le climat. En effet, nous considérions qu’un accord ambitieux à Paris était possible à condition de dégager une vision solidaire du développement humain durable. Pour cela, les pays riches devaient s’engager, entre autres, à doter le Fonds Vert de 100 milliards de dollars par an, à partir de 2020, comme ils s’y étaient engagés lors du sommet de Copenhague. Or, on sait qu’on est loin du compte : on évoque la somme de 15 milliards sans assurance d’ailleurs que ce fonds sera pérennisé au-delà de 2025. De plus, on n’en connaît ni la structuration (dons, prêts, subvention…), ni son point d'équilibre entre action d'atténuation et d'adaptation, ni ses modalités de répartition. Ce qui est préjudiciable à l’action des pays en voie de développement et réduit la dimension universelle de l’Accord. C’est inacceptable et nous envisageons de contribuer à la poursuite des mobilisations dans ce domaine.

À votre avis, si l’humanité arrive à limiter le réchauffement climatique à des plafonds souhaitables, cela sera la résultante d’une gouvernance ou alors la seule chance possible viendrait de la technologie ?
Je serai tenté de faire une réponse de Normand. Les deux actions sont incontournables. Sans gouvernance réellement solidaire à l’échelle de la planète, pas d’issue de progrès pour l’humanité. Il en est ainsi, par exemple, de la volonté des pays industrialisés de transférer des technologies utiles, avec les brevets associés, vers les pays en développement. Combattre le réchauffement climatique, c’est décider de réduire massivement les énergies carbonées.
Or nos sociétés sont actuellement dépendantes à 80% de celles-ci. Dans le même temps, nous devons affirmer plus fortement le droit à l’énergie partout. Certaines technologies doivent donc contribuer à l’avenir des peuples. Il ne s’agit pas d’une foi aveugle en faveur de la technologie, mais d’un choix humain et raisonné.


Entretien réalisé par : Rabah Saïd


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