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A la une / Entretien

HABIB BOUSLAMA, PRÉSIDENT DU CAP-BON, À LIBERTÉ

“Les Tunisiens attendent un signal fort des Algériens”

Les Algériens iront-ils en masse en Tunisie lors de la prochaine saison estivale ? Comment les touristes d’Algérie appréhendent-ils la situation qui prévaut actuellement chez notre voisin immédiat ? Que font les autorités tunisiennes pour rétablir cette confiance entre les acteurs du secteur et les voyagistes, afin de relancer cette destination après quelques semaines de la Révolution du jasmin ? Ces questions et tant d’autres, le président du Cap-Bon, Habib Bouslama, les aborde sans ambages. Nous l’avons rencontré à l’hôtel Nahrawess de Hammamet, dont il est également le P-DG. Aussi lucide qu’optimiste, il lance un message aux partenaires algériens pour expliciter les raisons d’une “panne”, mais aussi d’une relance que connaît ce secteur non sans mettre fin aux rumeurs et manipulations médiatiques arabo-occidentales qui tentent de mettre le holà sur le sensationnel. En un seul mot, il décrit la relance du tourisme à l’ère de la révolution et les défis majeurs qu’attendent et les acteurs et les clients algériens d’un pays frère : la Tunisie. Entretien…

Liberté : M. Bouslama, ce premier Eductour intervient au moment où la Tunisie célèbre un double évènement, à savoir la fête de l’Indépendance du 20 mars et la fête de la Jeunesse du 21 mars. La symbolique étant aussi claire, quelle lecture faites-vous de ce contact entre voyagistes algériens et acteurs du tourisme tunisien ?
Habib Bouslama : Le propos est justement là : la Tunisie célèbre, le 20 mars, la fête de l’Indépendance. Mais, au fait, elle célèbre une double indépendance. Je peux dire que nous vivons à l’ère de la deuxième indépendance, sinon de la deuxième République. À l’époque de Habib Bourguiba, les Tunisiens aspiraient à la liberté, au droit à l’enseignement et aux libertés individuelles et collectives, aux droits de l’Homme, tout simplement. L’espoir était permis dès que les choses avaient fonctionné en droite ligne d’un pays prospère et en développement constant. Bourguiba avait fait le choix de faire face à un peuple éduqué et responsable non pas face à un peuple analphabète. Suite à quoi, la donne avait vite changé pour voir les libertés confisquées et l’espoir réduit. L’ex-pouvoir aura tout fait pour provoquer des disparités régionales économiquement parlant. Étouffés, les Tunisiens ont fini par demander le changement. Il y a eu cette révolution, mais il y a eu débordement. Ce qui n’est pas le propre de la Tunisie, certes, mais qui a touché de plein fouet le secteur du tourisme. Or, là, il aura fallu faire bon usage de cette révolution à tous points de vue. Un débordement appelle un autre débordement et la conséquence a été directe, car cet étouffement des libertés a duré des années. Nous avons tenu plusieurs réunions au sommet pour préserver les infrastructures et l’outil de travail. La priorité des priorités du gouvernement, c’est le respect de l’État et la sécurité des citoyens tunisiens et des étrangers. Je vous confirme, aucun étranger, touriste ou autre n’a été touché par les évènements. Et comme vous l’avez constaté de visu, rien n’a changé en matière de prestation de services ou de la qualité des produits que nous développons. Mieux, aucun établissement hôtelier n’a été touché par les émeutiers car ils savent pertinemment que le tourisme est non seulement pourvoyeur d’emplois, mais représente une économie. Par contre, je pose la question suivante : qui a le doute de remettre en cause un secteur qui représente 7% du PIB de l’économie tunisienne et plus de 400 000 emplois, en plus de la qualité d’accueil, sans qu’il n’y ait la moindre mesure de sécurité ? Autrement, y a-t-il économie sans sécurité ?

Justement, M. Bouslama, qu’est-ce qui a changé depuis et à quels changements pourrait-on s’attendre de cette révolution, notamment en ce qui concerne son impact sur le secteur du tourisme ?
L’actuel gouvernement œuvre à des changements positifs. D’abord, par le respect de la loi. Ensuite, par le rétablissement d’un climat de sécurité et de sérénité. C’est ce qui a été fait. Il y aura très prochainement la révision de la Constitution et, à ce moment-là, il y aura des garde-fous qui permettront à tous les Tunisiens de jouir de toutes leurs libertés et de passer au travail.

Les Algériens, comme d’ailleurs tous les touristes, appréhendent la prochaine saison estivale avec beaucoup de peur et d’hésitation…
Merci d’aborder franchement cette question. Si le secteur du tourisme est le premier à être touché par cette panne économique, il faut savoir que c’est le seul secteur qui a cet avantage d’être un indice de reprise d’activité dans un pays comme dans un autre. Dieu merci, vous êtes là et vous constatez par vous-même ce changement et cette métamorphose après deux mois de paralysie. Et là, on assiste à un retour à la normale et les touristes reviennent en force.

Mais qu’a-t-on fait en Tunisie pour que les Algériens, plus d’un million de touristes, renouent avec cette destination tant prisée ?
Je vous informe que les Algériens n’ont jamais coupé les liens avec la Tunisie. Y compris lors des évènements, nos frères algériens venaient chez nous car ils se sentaient chez eux. La coupure n’a jamais eu lieu ! Par contre, nous tenons à rassurer les familles ou autres touristes qui viennent en Tunisie que toutes les conditions d’accueil et de prestation sont améliorées et, mieux, sont orientées pour que leur séjour soit agréable.
Mais, j’insiste, nous tenons également à ce que les Algériens viennent en masse pour aussi témoigner de leur solidarité et s’entraider mutuellement à traverser cette crise momentanée. Et nous comptons beaucoup sur nos frères algériens à venir passer leurs vacances en Tunisie. Car, après tout, la vie continue et les évènements sont derrière nous. Dieu merci, il n’y a plus de crainte sur ce plan.

Vous confirmez donc que les infrastructures touristiques sont prêtes à accueillir les touristes algériens et en toute sécurité, y compris pendant le prochain mois de Ramadhan ?
Au risque de me répéter, ce qui a été touché par les émeutiers représentait le symbole de l’ex-pouvoir. C'est-à-dire tous les signes externes de richesse ont été attaqués. Mais pas plus. Mais, le reste, à savoir les infrastructures touristiques ont été jalousement préservées par les travailleurs qui conservent leurs postes d’emploi. Pour les Algériens, je les rassure que les conditions seront meilleures. Nous avons même discuté du renforcement des postes-frontières et des faiblesses à ce sujet. Aussi, nous irons vers la création de nouvelles infrastructures d’accueil pour que nos amis algériens puissent rallier les sites touristiques dans le confort et la sécurité, que ce soit au niveau des frontières terrestres ou aéroportuaires. Au sein de notre fédération, comme d’ailleurs au niveau de l’administration ou entre professionnels, nous avons abordé la manière avec laquelle nous devons perfectionner cette traversée jusqu’aux sites touristiques. Il y aura toutes les facilités car le marché touristique est très important et c’est un marché qu’il faut accroître.

Un dernier mot, M. Bouslama ?
Nous attendons un signal fort des Algériens. Ce signal devra être traduit par une arrivée en masse des Algériens en Tunisie. Durant le mois de Ramadhan 2010, nous avons accueilli plus de 60 000 touristes algériens. Cette année, nous espérons doubler ce chiffre. Toutes les conditions adéquates sont étudiées pour cette circonstance et faciliter à nos frères de passer un séjour meilleur. Je suis personnellement convaincu que la prochaine saison estivale sera fructueuse car les gens ont besoin d’un signal fort…