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A la une / Entretien

Marcelo Scaglione, Directeur du Développement du Conseil de coopération, à Liberté

“L’intégration économique méditerranéenne se réalisera avec des actions concrètes”

Marcelo Scaglione est diplômé de l’École nationale d’administration (France) et de la Faculté des sciences économiques de l’Université de Buenos Aires (Argentine). Ancien haut fonctionnaire des Finances en Argentine, il a été consultant senior de la Banque mondiale et de la Banque interaméricaine de développement en Amérique latine, et numéro 2 de PlaNet Finance aux côtés de Jacques Attali, avant de rejoindre le Conseil de coopération économique, présidé par Andrea Canino. Il est membre du Club du XXIe Siècle, qui milite en faveur de la promotion de la diversité au sein de la société française. Dans cet entretien, il évoque le plan d’action sur la Méditerranée et les perspectives de sa concrétisation.

Liberté : Pourquoi les pays du sud de l’Europe s’intéresseraient à travailler sur un plan d’action sur la Méditerranée ?
Marcelo Scaglione : D’abord il faut reconnaître que la célébration du 10e anniversaire du processus de Barcelone s’est soldée par des résultats très mitigés au niveau économique, surtout pour les entreprises de la région. Malgré les efforts, le commerce interrégional, après 12 ans, demeure à moins du 3% du volume d’échange global de la région. Par ailleurs, aucune des multiples initiatives bilatérales en cours n’a été en mesure d’amorcer un développement significatif de la rive sud de la Méditerranée occidentale, du Maroc à l’Égypte. Nous considérons qu’il est donc indispensable de relancer le développement et l’intégration économique de la Méditerranée occidentale par une nouvelle approche, plus pragmatique, intégrant les acteurs économiques de la région. Cela est particulièrement nécessaire aux gouvernements et aux grandes entreprises de nos quatre pays — l’Espagne, la France, l’Italie et le Portugal —, qui ont des intérêts stratégiques dans cette région (65% du stock des IDE européens dans les pays du nord de l’Afrique viennent de ces 4 pays), en termes de croissance, de stabilité politique et d’enjeux sécuritaires.

Quel est le rôle du Conseil de coopération économique en Europe ?
Le CCE est un organisme régional européen, créé en 2003. Il réunit sous le parrainage des gouvernements espagnol, français, italien et portugais les principaux décideurs économiques de ces pays. Notre mission est d’aider à la prise de décision des gouvernements des pays de l’Arc latin et de la Commission européenne sur trois thèmes, à savoir l’intégration régionale, la compétitivité et le rayonnement international, et ce, afin de favoriser la croissance et la vie des entreprises. Concrètement, le CCE contribue à préparer, sur la base de mandats officiels, les volets économiques des sommets bilatéraux entre les pays de la région, les conseils européens et le suivi de la mise en place de la stratégie de Lisbonne. Pour réaliser sa mission, le CCE a constitué un réseau des chefs de très grandes entreprises de la région, qui se réunit régulièrement avec les gouvernements et la Commission européenne. Notre organisation dispose à Paris d’une équipe de collaborateurs de haut niveau issus des quatre pays et s’appuie sur les compétences des experts, qui travaillent auprès des groupes industriels et financiers et des administrations de notre région.

Quelle est la différence avec les travaux effectués par la Commission européenne ?
Pour promouvoir cette nouvelle approche vitale pour l’Europe, le président de la Commission, José Manuel Durao Barroso, a confié au président du CCE, Andréa Canino, la conception d’un “plan d’action Méditerranée- nord de l’Afrique” basé sur les contributions des communautés d’affaires des pays de l’Arc latin – Espagne, France, Italie et Portugal – et de celles du nord de l’Afrique – Algérie, Égypte, Libye, Maroc et Tunisie. Ce plan vise à proposer une nouvelle méthode d’intervention plus pragmatique et opérationnelle ainsi qu’un nombre limité de projets d’envergure, pouvant être les catalyseurs de la construction d’une zone de prospérité commune. Il faut être clair sur un point : le CCE est une organisation composée par les P-DG des pays de l’Arc latin. Notre vision est donc une vision entrepreneuriale. Nous considérons que la communauté d’affaires doit réaliser des contributions essentielles au processus d’intégration économique de nos pays. Il faut savoir que le CCE ne fait pas partie de la Commission européenne, mais nous effectuons ce travail sur la Méditerranée pour le compte du président de la Commission européenne. Ce qui n’engage donc pas la responsabilité des gouvernements parrains du CCE sur nos conclusions. Par contre, nous avons présenté notre mandat à tous les gouvernements impliqués et, une fois le plan d’action rédigé, nous discuterons nos conclusions avec ces derniers.

Quelle est la méthode qui vous permet d’atteindre vos objectifs ?
Nous pensons qu’il faut créer une dynamique fondée sur une méthode nouvelle. Cette dynamique doit se baser sur une double focalisation. Premièrement, l’implication directe des décideurs économiques. Jusqu’à présent, le processus de Barcelone a fonctionné sur la base de réunions et de conférences, mais son impact économique et politique reste très modeste. L’implication directe des décideurs économiques clés des deux rives de la Méditerranée permettra d’identifier les axes de travail réellement prioritaires et d’élaborer des propositions concrètes pour bâtir et financer un plan d’action efficace à remettre aux autorités européennes et nationales. Deuxièmement, une focalisation géographique : nord de l’Afrique et l’Arc latin. Le processus de Barcelone mobilise un trop grand nombre de pays – 27 au Nord et 10 au Sud, plus les pays associés – et d’acteurs. Ces acteurs n’ont pas souvent les mêmes intérêts politiques et économiques sur la question de la Méditerranée. Donc, si l’on souhaite obtenir des résultats concrets, il faut faire en sorte que les 9 pays les plus directement concernés, qui ont déjà des relations économiques fortes et qui ont un vrai intérêt stratégique à les accroître, travaillent ensemble de façon concertée.

Comment se déroule votre travail, quelles sont les prochaines étapes et quelles sont les entreprises qui y participent ?
Trois missions ont été effectuées dans les cinq pays de l’Afrique du Nord (Algérie, Égypte, Libye, Maroc et Tunisie). Il faut dire que ce plan d’action a suscité un vif intérêt des gouvernements et des principaux leaders économiques. Depuis le début de l’année, nous avons rencontré plus de 250 acteurs publics et privés de la région. Participent au travail la plupart des grandes entreprises des 9 pays. Autour de 8 thèmes concrets – développement des ressources humaines, coopération technologique, énergie, eau et santé, communications, infrastructures de transport, tourisme, financement du plan d’action –, ces entreprises sont étroitement associées à la réalisation d’un plan ambitieux et réalisable. Aujourd’hui, ces groupes de travail ont été mis en place. Ils sont constitués de 180 experts issus de 120 grandes entreprises des pays des deux rives de la Méditerranée. Ce plan d’action a vocation à être porté à la connaissance du Conseil européen. Il fera l’objet d’une présentation lors d’une conférence internationale organisée par le CCE avec le président de la Commission européenne dans un pays d’Afrique du Nord.

Vous parlez de catalyseurs de l’intégration régionale, comment pensez-vous mettre cela en place, quelles en sont les priorités ?
De la même manière qu’avec la construction européenne, une intégration économique méditerranéenne se produira seulement si l’on est capable de réaliser des “actions concrètes”. Dans les relations entres les pays de l’Arc latin et ceux de l’Afrique du Nord, deux sujets représentent un potentiel industriel réel et symbolique comparable à celui du charbon et de l’acier, aux origines de la construction européenne : le développement des ressources humaines et l’énergie. Le développement des ressources humaines doit être notre “acier”. La rive sud présente une population jeune importante mais peu formée, avec des taux de chômage supérieurs à 30%. Ce qui présente de très gros risques pour l’avenir. Quant à l’Europe, elle sera obligée d’accroître sensiblement son nombre d’immigrants pour maintenir ses équilibres économiques.
La Banque mondiale estime le besoin d’immigrés pour l’Europe de 2010 à 2050 à 80 millions de personnes ! Et cela pour maintenir les équilibres économiques de l’année 2000… Donc, pour faire l’équilibre entre l’offre et la demande, il est nécessaire de réaliser une très ambitieuse politique de formation cogérée par les pays des deux rives, qui contribuera également à réduire les distances culturelles. Notre “charbon” est bien évidemment l’énergie. En 2010, les exportations de gaz de l’Afrique du Nord (116 milliards de m3) seront presque équivalentes à la totalité des besoins actuels de la France, de l’Italie, de l’Espagne et du Portugal. L’Union européenne a besoin de renforcer sensiblement ses fournitures en gaz et en pétrole en provenance du nord de l’Afrique afin de diversifier ses sources d’approvisionnement. Sur ce sujet, je partage la vision du ministre algérien de l’Énergie et des Mines, M. Chakib Khelil, qui estime qu’il faut créer des partenariats qui déboucheront sur des synergies importantes dans l’amont, l’aval ou en termes de marchés à échelle mondiale. Personnellement, je suis convaincu que les entreprises des deux rives de la Méditerranée peuvent coopérer davantage, non seulement dans l’exploitation, le transport et la distribution, mais aussi en termes de transfert de technologie, d’amélioration de processus et systèmes d’information ou même de management. Le partenariat stratégique signé entre Sonatrach et Energias do Portugal nous offre un bon exemple des démarches à suivre.

a. a.