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Entretien avec Jean-Pierre MIGNARD (Président de JISR France-El Djazaïr)

"Macron est convaincu de la place essentielle que tient l'Algérie dans les alliances et amitiés de la France"

©Zakia SIDHOUM

C'est dans le cadre d'une coopération franco-algérienne d'un tout nouveau genre que Jean-Pierre Mignard, avocat au barreau de Paris de passage à Alger, nous fait découvrir un projet dont il est l'un des initiateurs et qui a pour nom "JISR France-El Djazaïr". Il vise à constituer un pont entre la France et l’Algérie dans le domaine de l'entreprenariat, des nouvelles technologies et du développement durable.

 

Rédaction Numérique de "Liberté": Quelles sont les raisons de votre présence à Alger ?

Jean-Pierre MIGNARD:  D’abord, pour des raisons professionnelles parce que je suis avocat et que j’ai donc des clients en Algérie et à titre au moins tout aussi important, contribuer à donner un essor à l’initiative “JISR France-El Djazaïr” qui est un laboratoire d’idées que nous avons créé avec mon associé Adrien Basdevant qui est avocat au barreau de Paris, Aghiles Ait Larbi qui est juriste et algérien travaillant à Paris, et puis les élèves -ingénieurs de l’Ecole Nationale Polytechnique d’Alger dont notamment Wassim Benaissa et Lamia Amrani, tous deux vices-présidents de JISR.

Quelques membres du conseil d'administration de JISR (De gauche à droite : Adrien Basdevant, Lamia Amrani, Wassim Benaissa et Jean-Pierre Mignard)/ ©Zakia SIDHOUM

 

Qu’est-ce que JISR et comment ce projet est-il né ?

Ce projet est né grâce à une amie. Elle m’avait parlé d'une interview d’inventeurs publiée sur “liberté-algerie.com”. C’était SEENRGIE” qui était présentée par Wassim et c'était au moment où nous réfléchissions de manière tout à fait libre à la question énergétique et du réchauffement climatique. 

J'avais trouvé l’idée du compteur intelligent assez intéressante. J’ai donc contacté Wassim Benaissa et de fil en aiguille l’idée était déjà présente. Nous nous sommes dit que c’était peut-être le moment de créer un instrument qui favorise la coopération franco-algérienne, mais également générationnelle en termes d’invention pour, précisément, répondre aux grands défis du temps : les données personnelles, les datas, les nouvelles technologies et la transition énergétique. En somme, toutes sortes de questions qui peuvent être le bien ou le mal de l’humanité et qui, selon l’usage éthique que l’on aura des technologies, peuvent contribuer à un bienfait considérable pour les deux pays, et plus généralement pour toute la région. C’est pour cela que nous avons mis en place un laboratoire d’idées.

Quelles sont les principales missions de “JISR” ?

Mettre en contact, réfléchir ensemble, proposer ensemble. Une des premières manifestations de "JISR", qui a déjà un site web , c’est de tenir en octobre prochain (la date sera communiquée très prochainement) une première conférence de deux jours sur toutes les questions que j’ai évoquées, avec des participants de très haut niveau : scientifiques, chercheurs, entrepreneurs, étudiants, élèves-ingénieurs, sur l'entrepreneuriat, l’innovation et les nouvelles technologies.

Y aurait-il des projets en cours entre les deux pays ?

Nous voulons faire en sorte de faciliter toutes les synergies possibles, et cela d’une manière ambitieuse sur le plan du projet : mettre en contact, faire en sorte que les inventions soient connues dans les deux pays et puissent circuler. Il est également indispensable que la coopération entre les deux pays soit majeure, parce que l’un et l’autre occupent une position stratégique dans leurs continents respectifs. Comme je suis français, je rappellerai ce qu'avait dit le président Hollande lorsqu’il était venu à Alger en s’exprimant devant le Parlement (je participais à cette séance) : “L’avenir de la France, ce sont les relations qu’elle saura tisser plus fortes que jamais avec l’Allemagne et l’Algérie”.

Je sais aussi que l’Algérie est le plus grand pays d’Afrique. Il occupe dans le continent africain une place considérable et par rapport aux grands défis qui sont : le défi climatique et les questions de migration, le développement et la puissance de l’Algérie sont aujourd’hui essentielles pour nous tous, et si nous pouvons y contribuer, c’est avec une immense satisfaction et sens de la responsabilité que nous le faisons aussi.

Bien évidemment il ne s’agit pas d’un face à face mais d’un côte à côte, afin que l’Algérie et la France interagissent en pôle. D’ailleurs nous nous efforçons de publier en arabe, en français et en anglais. Nous le ferions bien volontiers en tamazigh mais les ressources nous manquent. Mais si on nous le demande…

Je dois signaler également que ce qui explique cela c’est l’existence d’une immense communauté humaine qui est à la fois algérienne et française et qui rend cette obligation de travailler autant nécessaire que chaleureuse… Et puisque tant d’Algériens nous font l’honneur de parler, aussi, le français c’est presque naturel.

En tant que président de “JISR”, croyez-vous que les relations algéro-françaises vont être boostées avec l’arrivée d’Emmanuel Macron à la tête de l'Etat français ?

Il appartiendra aux exécutifs, algériens et français, de le prouver. En ce qui concerne Emmanuel Macron, que je connais bien et que j’avais suivi lors de son voyage à Alger, je sais effectivement que son souci de travailler plus étroitement avec l’Algérie est clairement et nettement affiché avec une immense sincérité, mais surtout parce qu'il est intimement convaincu de la place essentielle que tient l’Algérie dans les alliances et amitiés de la France et de la place majeure qu’elle occupe en Afrique.

Donc, pour toutes ces raisons, je pense que du côté français tout sera fait pour que l’essor soit le plus important possible. Je dois dire que d’ailleurs il avait été reçu avec une chaleur et une cordialité par les autorités algériennes, d’une manière très impressionnante.

Quels sont les secteurs que vous estimez prioritaires dans ces relations?

La recherche, l’éducation, la culture. Je crois que ce sont des questions qui sont majeures et je pense que sur les nouvelles technologies, il y a une inventivité chez les jeunes algériens et des ingénieurs qui sont formés, qui justifie une coopération essentielle. Moi, j’insiste beaucoup sur la question du climat, de la transition énergétique et des technologies au service d’un enjeu qui est d’autant plus important que les dernières indications données par le groupe d’information et de la recherche sur le climat sont très inquiétantes. Les Etats-unis viennent de décider de quitter les accords de Paris, ce qui est une décision très lourde de conséquences sur l’avenir des Etats-unis eux-mêmes et sur l’avenir de la planète. Nous avons donc besoin plus que jamais de renforcer notre coopération parce que c’est de notre avenir et même de la vie sur la planète qu’il s’agit aujourd’hui. Le pôle algéro-français est un lien majeur entre l’Europe et l’Afrique.

Que pensez-vous de la décision de Trump du retrait des US de l’accord de Paris ?

C’est une décision qui n’est pas seulement le fait de Trump. C’est une décision partagée qui semble avoir été prise en correspondance avec le poids de lobbies industriels mais toutes les sociétés pétrolières ne partagent pas le choix qu’il a fait. Certaines considèrent d’ores et déjà que les énergies renouvelables peuvent être un facteur de transformation sociale mais surtout de croissance économique et de création d’emplois donc contrairement à ce qu’a dit Donald Trump, ce n’est pas coûteux. C’est à la fois un bienfait pour l’humanité, un progrès majeur pour la vie des gens et pour le travail des personnes. Pour répondre à votre question, j’en pense donc, pour tout dire, beaucoup de mal.

Il faut espérer que la société civile américaine, les intellectuels et les industriels américains qui pensent la même chose, le fassent savoir avec de plus en plus de force. C’est à nous aussi algériens et français d’être fermes sur la question pour les aider et pour amener, peut-être un jour, le gouvernement américain à changer de position et peut-être même le peuple américain à se donner un leadership conforme à la puissance de ce grand pays.

Zakia SIDHOUM 

@ZakiaSidhoum

Pour la Rédaction Numérique de "Liberté"

 

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