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A la une / Entretien

Le président de la République sahraouie à Liberté

“Nous combattrons l’option d’autonomie”

Dans l’entretien qui suit, M. Mohamed Abdelaziz, s’est livré au jeu des questions-réponses de notre journaliste. Il a passé en revue les derniers évènements ayant marqué l’affaire du Sahara occidental.

Liberté : Monsieur le président, le dimanche 12 décembre, vous avez reçu la visite du chef de l’État mozambicain. Pourquoi Joaquim Alberto Chissano a-t-il attendu la fin de son mandat pour se déplacer dans les camps des réfugiés sahraouis ?
M. Mohamed Abdelaziz : Je considère personnellement que sa visite est importante. Le président Chissano va en effet partir de l’administration du Mozambique, mais il ne va pas se retirer de la politique. C’est une personnalité qui sera toujours utile sur les plans africain et international. Pourquoi cette visite à la fin du mandat présidentiel ? M. Chissano avait prévu de venir nous voir et l’occasion s’est présentée cette fois pour lui. Comme vous le savez, il a rendu visite à plusieurs pays avant son départ de l’administration du Mozambique, des pays dont il a beaucoup de respect, comme l’Algérie, l’Afrique du Sud, la Tanzanie, etc. C’est à ce titre qu’il est venu donc nous voir, pour nous faire ses adieux.

Dans sa déclaration, le président Chissano a insisté sur le respect, par le Maroc, du droit du peuple sahraoui à l’autodétermination et à l’indépendance. Ne pensez-vous pas justement que le dernier plan de l’ONU connu sous le nom de plan Baker, vise finalement l’autonomie du territoire du Sahara occidental, James Baker lui-même semblait inviter l’été dernier le Maroc à présenter des propositions sur l’autonomie élargie ?
Le plan de paix pour l’autodétermination du peuple du Sahara occidental, connu sous le nom de plan Baker a certes pris en compte ce que demandaient les Marocains. Mais il s’agit d’une solution médiane puisqu’elle comporte l’option d’autonomie revendiquée par Rabat et l’option d’autodétermination du peuple sahraoui. Nous avons accepté ce plan et l’élargissement du corps électoral aux Marocains installés dans le territoire depuis son invasion en 1975 par les forces armées royales parce que nous sommes pour la paix, mais aussi parce que l’essentiel pour nous est qu’il est question à la fin d’un référendum d’autodétermination. Seulement, le Maroc a refusé le plan Baker et veut imposer le fait accompli colonial. Nous savons que l’autonomie équivaut à l’intégration du territoire sahraoui au royaume du Maroc. Nous avons combattu cette option et nous la combattrons, car dans l’affaire de la décolonisation du Sahara occidental, il est avant tout question de respect du droit à l’autodétermination du peuple sahraoui.

La scène médiatique a enregistré, ces dernières semaines, plusieurs interviews de Driss Basri, l’ex-ministre marocain de l’Intérieur. Que pensez-vous des positions de ce dernier à propos du dossier sahraoui ?
Le 19 avril 2004, le gouvernement marocain a informé les Nations unies qu’il refusait d’aller vers un référendum d’autodétermination. Cette position, aussi claire, a été encouragée par l’arrivée en mars dernier, de l’actuel gouvernement espagnol. La position marocaine est dangereuse et d’ailleurs la démission de James Baker de son poste d’envoyé personnel du secrétaire général des Nations unies, représente un signe de ce danger. La reconnaissance de la République sahraouie par l’Afrique du Sud est une réponse à la position marocaine, qui a renié ses engagements. Quant à Basri, ses déclarations sont cohérentes avec la politique menée par le roi Hassan II, dans le cadre de l’ONU et du principe d’autodétermination du peuple sahraoui, à travers un référendum. Nous savons que Driss Basri est un homme qui figure parmi les grands défenseurs de la monarchie, qui se soucie de l’amélioration des relations entre le Maroc et les pays voisins. Cela explique la défense, par Basri, du principe d'autodétermination et de la monarchie. Sa position est à la fois constructive et importante dans le contexte actuel. Il ne faut pas perdre de vue aussi que le Maroc subit des pressions internationales, parce qu’il est en confrontation directe avec l’ONU et l’Union africaine.

Driss Bari ne chercherait-il pas alors à sauver la monarchie en voulant remplacer l’actuel roi par un autre membre du palais royal ?
Je n’ai aucune idée.

Monsieur le président, l’Union européenne semble très inquiète par la situation interne du Maroc. Est-elle plus disposée à présent à contribuer au règlement juste de la question du Sahara occidental ?
Nous tenons l’Europe, particulièrement la France et l’Espagne, pour responsables du danger qui pèse, pour avoir encouragé le Maroc dans sa position actuelle. Il y a une sorte de conspiration entre les gouvernements de Rabat, de Madrid et de Paris, contre le peuple sahraoui et la légalité internationale.
L’Europe n’est pas seule à être inquiète de la situation interne du Maroc. Nous le sommes également. Nous voulons aussi la stabilité et le bien pour le Maroc. Mais, nous disons aux Européens et à tous ceux qui se préoccupent de cette situation qu’un des éléments de stabilité et de résolution des problèmes du Maroc est le suivant : Rabat doit cesser sa politique coloniale, respecter la légalité internationale et améliorer ses relations avec ses voisins.

Revenons, si vous le voulez bien, à votre première rencontre avec M. Zapatero, le Chef du gouvernement espagnol. Quelle est votre impression sur les entretiens que vous avez eus avec lui ?
La rencontre s’est bien déroulée. Il y a eu des promesses, mais nous attendons des actes. Cela ne veut nullement dire que nous avons retrouvé toute la confiance envers l’Espagne. Celle-là même qui a encouragé le Maroc à adopter cette attitude d’escalade. Nous considérons que le gouvernement espagnol actuel est responsable de la volte-face de Rabat. Aujourd’hui, on nous dit qu’il y a une bonne entente entre les gouvernements espagnol et marocain, en référence aux accords conclus entre les deux pays. Nous, nous voyons qu’il y a entente au détriment de la question du Sahara occidental.

Aujourd’hui, des pays maghrébins sont confrontés au phénomène du terrorisme et à celui de l’émigration clandestine. Ne craignez-vous pas que le Maroc utilise ces deux cartes pour faire pression sur les responsables de la RASD et du Polisario ?
Le Maroc ne désespère pas de vouloir ternir coûte que coûte l’image de marque du Front Polisario.
Notre combat pour l’autodétermination et l’indépendance a impliqué la participation de l’ensemble du peuple sahraoui. Nous veillons à ce qu’il n’y ait ni discrimination ni marginalisation. Nous partagerons nos moyens... pour ne pas avoir affaire ni à l’extrémisme ni au terrorisme. Nous essayons de régler nos problèmes par la voie démocratique : nous n’avons pas peur en ce qui concerne le phénomène du terrorisme.
Par contre, l’émigration clandestine constitue un phénomène dangereux. Et là, la responsabilité incombe aux groupes marocains et à l’armée, à la gendarmerie et à la police marocaines. Il y a un mur qui a été érigé par Rabat. Si quelqu’un passe dans nos territoires libérés, cela voudra dire que les Marocains ont ouvert un passage au niveau du mur. Ce sont les Marocains et les services marocains qui sont impliqués, d’une certaine manière, dans l’entrée de quelques clandestins dans les territoires de la RASD...

H. A.