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A la une / Entretien

Le ministre de la santé, le Pr Abdelhamid Aberkane à LIBERTE

“Nous préparons une réforme globale”

Le ministre de la Santé a donné les lignes directrices de son programme. C’est ainsi qu’il rappelle que les réformes seront bénéfiques pour le malade et les structures de santé. Il refuse de voir en la réforme un seul aspect, à savoir la non-gratuité des soins.
A cette disposition inévitable, le ministre insiste sur le fait que le paiement ne sera effectif que le jour où le ministère de la Solidarité déterminera qui est démuni et qui ne l’est pas.

Liberté : Quelle a été la facture de la santé pour l’exercice actuel ?
M. Abdelhamid Aberkane : Nous arrêtons les budgets et nous faisons les bilans au 31 mars de chaque année, parce qu’il y avait des engagements et des paiements. Enfin, si on prend en amont les budgets qui étaient inscrits au chapitre du ministère de la Santé, nous sommes à une consommation de 72 milliards de centimes pour la dotation au secteur public de la santé. Naturellement, votre question est large. Si on veut l’aborder différemment, on dira que ces 72 milliards de centimes, c’est ce qu’ont coûté les soins dans les structures publiques. Il y a aussi ce qu’a remboursé la sécurité sociale et ce qu’ont payé les citoyens dans le secteur privé. A partir de là, votre question devient : quels sont les comptes nationaux de la santé qui inclut le privé et le public. On peut aussi faire déborder le concept de la santé qui sous-entend : “absence de maladie”. A ce moment-là, il faut voir ce qui a été fait par les autres secteurs en matière de prévention, comme par exemple l’amélioration des réseaux d’assainissement et d’eau potable pour que disparaissent les maladies à transmission hydrique. On peut aussi évoquer les efforts pour améliorer la santé animale. On peut comptabiliser aussi ce qui a été fait pour diminuer le taux de brucellose, de leichmaniose, etc.
Pour 2003, nous disposons d’un budget de 80 milliards de dinars, auxquels il faut ajouter 3 milliards de dinars au chapitre convention, destinés à supprimer les transferts à l’étranger. Comme en 2002, nous comptons sur 2 milliards de dinars de taxes sur le tabac et qui serviront au Fonds de soutien aux urgences et aux actions de santé. Nous comptons aussi sur 55 milliards de dinars pour 2003.
Ces chiffres n’incluent pas le budget d’investissement pour la finition des CHU d’Oran, de Skikda et de Béchar. Par ailleurs, le Fonds saoudien financera la réalisation des hôpitaux de Tablat et d’Azzefoun. L’hôpital de Khenchela et l’institut du rein de Blida bénéficieront d’un financement coréen.

Où en est la réforme hospitalière ?
Le dossier a été remis à toutes les parties concernées, les usagers de la santé, le mouvement associatif, les syndicats et tous les représentants des professionnels du secteur. Par ailleurs, le même dossier est traité au niveau local, à savoir, dans tous les établissements concernés. Les mêmes documents sont sur le Net pour permettre à un large public de participer aux débats. Comme vous pouvez le constater, nous avons sollicité toutes les parties, ce qui a donné naissance à un gigantesque débat, dont nous nous inspirons actuellement pour enrichir le “plan spécial hôpitaux”. Ce dernier sera le programme de modernisation et de mise à niveau et la rationalisation de la carte sanitaire, et cela se fera sur plusieurs années. Bien entendu, cette rationalisation prendra en compte les secteurs, public et privé, c’est-à-dire, parvenir à la maîtrise de l’offre des soins, qu’ils soient de base ou tertiaires. Les soins de base sont entre autres la prévention et les activités pouvant être assurées par des unités de proximité. Cela permettra alors aux hôpitaux d’atteindre de nouvelles performances, car ils prendront en charge les soins secondaires et tertiaires. D’ailleurs, vu la mutation démographique et épidémiologique, il y a une demande très importante des usagers et ce, à mesure que la population se transforme et prend de l’âge. C’est la rançon du prolongement de l’espérance de vie.

Pourquoi ce retard dans son application ?
Il n’y a aucun retard. Je dirais mieux, le gouvernement a déjà donné une avance à ce programme en acceptant de désendetter les hôpitaux. Le traitement de la dette, prévu pour cette année, a été entamé beaucoup plus rapidement, et cela représentera une véritable bouffée d’oxygène pour libérer les hôpitaux de leurs contraintes de fonctionnement. Par ailleurs, des améliorations salariales ont été accordées. Maintenant que nous allons entamer la finalisation des travaux, les actions seront mieux ciblées pour pouvoir présenter un dossier qui sera alors l’objet de l’action gouvernementale. Il n’y a pas que le ministère des Finances, puisque c’est lui qui donnera les moyens de ce programme, mais aussi d’autres départements. La Fonction publique est appelée à penser sur la manière dont les statuts peuvent être améliorés pour le personnel. La sécurité sociale sera sollicitée pour la contractualisation. Cette dernière signifie des objectifs mieux organisés et définis, d’une part, et une évaluation interne et externe par les bailleurs de fonds qui sont la sécurité social et l’Etat, d’autre part. Toutes ces actions sont des opérations de modernisation de la gestion qui sont sous-tendues par un formidable apport de formation, qui est un autre problème gigantesque, pour réussir.
Les réformes, ce n’est pas seulement le paiement des actes, c’est beaucoup plus large. Le jour où la solidarité définira qui est démuni et qui ne l’est pas, quand les textes seront pris en charge à la fois par la solidarité, la sécurité sociale, la santé, le ministère de l’Intérieur et les Collectivités locales, on verra mieux alors, puisqu’on aura, des contrats et des objectifs. La recherche d’équité est un objectif majeur dans tout système de santé pour ne pas mettre sur un pied d’égalité le milliardaire et le SDF, et aussi l’assuré social et celui qui ne l’est pas.

Depuis quelque temps, une pénurie de médicaments est constatée au niveau des hôpitaux. La Pharmacie centrale des hôpitaux (PCH) est incriminée. Pensez-vous que cette seule et unique structure puisse remplir convenablement sa mission et assurer une disponibilité du médicament dans tous les établissements publics du pays ?
Globalement, l’amélioration de l’approvisionnement en médicaments est reconnue par tous les partenaires, à savoir, entre autres, l’Association des diabétiques, celle des insuffisants rénaux et tous les usagers des hôpitaux. Aux urgences, il n’y a pas de manque de médicaments. Il est vrai aussi que l’importante dette de la PCH ne facilite pas les choses. Vous évoquez certains anticancéreux, il faut dire plutôt quelques nouveaux produits, et ce n’est pas facile à obtenir, car nous n’avons pas les moyens de payer 3 000 dollars la seule boîte. Cela sera valable pour d’autres médicaments. Nous savons que nous n’avons pas assez d’Interféron pour traiter les hépatites et la sclérose en plaques ; mais jamais personne ne pourra dire qu’il y a pénurie d’insuline.  On peut se retrouver avec une pénurie passagère dans un établissement précis, à cause des prévisions. Dans les pays développés, le pharmacien passe dans les services pour participer avec les médecins à établir la meilleure solution thérapeutique et au coût le plus bas. En Algérie, quand le pharmacien gère aux mieux ce qu’il a en stock, cela est considéré comme une atteinte inadmissible à une liberté débridée.

De jeunes pharmaciens sont interdits d’ouvrir des officines, il n’y a plus d’enregistrement de nouveaux médicaments et la délivrance d’agréments aux grossistes et aux importateurs est gelée. Pourquoi ?
C’est exact. C’est une volonté de gérer l’existant. Le nombre d’importateurs de médicaments est important. Ils ont tous signé des contrats en bonne et due forme, les engageant à investir en Algérie. Nous ne pouvons donner de nouvelles autorisations d’importation alors que le marché est saturé. Cela coûte très cher au contribuable et à la société.
Par ailleurs, le ministère ne peut rester inerte devant les demandes d’installation uniquement dans le Nord, alors que des citoyens doivent faire des centaines de kilomètres pour trouver une officine, dans le Sud notamment. Il y a une carte, qui n’est pas élaborée uniquement par le ministère, mais avec le Conseil de l’ordre des pharmaciens qui nous reproche, aujourd’hui, de maintenir ouvertes les officines de l’Endimed qui ne sont pas gérées par des personnes diplômées comme le prévoit la loi. Une officine doit être gérée par un pharmacien, les agences Endimed sont tenues par des employés, et c’est le seul moyen qui permet aux citoyens du Sud d’avoir leurs médicaments et logiquement elles doivent fermer.
Avant mon arrivée, il y avait 120 importateurs et ils ne sont que 70 à présent. Ce secteur continue à être difficile à organiser. L’importation sur la base des enregistrements existants, dans des quantités importantes, signifie une inflation de la facture en médicaments. On ne peut pas accepter que la facture de 500 millions de dollars passe à 600 millions de dollars, car il y a beaucoup d’importateurs qui demandent à continuer leurs activités comme l’économie de marché le permet.
Enfin nous n’enregistrons que les médicaments essentiels et les génériques, les moins chers. Avant d’enregistrer un nouveau produit, nous voyons d’abord ce qu’il apporte au malade. Il est clair aussi que celui qui souffre d’une maladie chronique et celui qui a un “bobo” ne peuvent être mis sur le même plateau.
Ceux qui pensent que “réforme” veut dire uniquement paiement à l’hôpital ne doivent pas savoir ce qu’est un système de santé qui est lourd, car il concerne tout un pays. Tout changement doit s’accompagner de “changement” de comportement de dizaine d’acteurs, car il traite toute la population. Par ailleurs, le fait que nous parlions de problème n’est pas un ordre de finaliser dans la semaine, car ce n’est pas sérieux et encore moins réaliste. Nous en débattons depuis une année. Il me semble qu’on a été à une vitesse formidable et beaucoup de choses ont évolué, comme la revalorisation du personnel, et la concertation en elle-même est une pédagogie dont on ne peut faire l’économie.
Pour beaucoup, la greffe du foie réalisée en Algérie est un simple acte, mais quand on le prend comme indicateur d’une demande et d’une capacité nouvelle, on peut dire alors que pour celui qui a réussi une telle intervention, les autres opérations des viscères deviennent plus faciles. Par ailleurs, la vaccination des enfants contre l’hépatite, et ce, pour la première fois, est une somme d’efforts, de programmation, de financement et de préparation. Ca aussi, c’est la réforme…

Des importateurs ont été suspendus, car ils n’ont pas investi dans la production. Par ailleurs, l’industrie pharmaceutique exige une main-d’œuvre hautement qualifiée et des mesures fiscales incitatives. Estimez-vous que ces deux facteurs sont réunis en Algérie ?
Grâce à la politique d’enregistrement et d’études des dossiers, nous essayons d’aider l’industrie nationale que nous soutenons, lorsque la qualité est garantie et le prix concurrentiel. Si beaucoup de gens disent que l’économie de marché piétine dans ce secteur, c’est plutôt le contraire, les plus grands laboratoires du monde sont présents en Algérie et leurs usines construites dans le cadre du partenariat sont une réalité.  Nos universités continuent à produire des cadres. Nous devons, et c’est normal, développer la filière de l’industrie pharmaceutique qui n’est enseignée qu’à l’université d’Annaba pour le moment.
Il y a aussi des pays comme Cuba où on ne forme pas de pharmaciens à la faculté de médecine mais dans les instituts de chimie et pourtant, les chimistes cubains dament le pion aux grands laboratoires, et ce, notamment dans le génie génétique.  Il faut noter aussi qu’au jour d’aujourd’hui, nous n’avons qu’un seul pharmacien inspecteur. Nous allons former des médecins, des dentistes et des pharmaciens inspecteurs pour garantir les droits de chacun.

Entamée sous les feux de la rampe, la greffe d’organes à partir de cadavres ou de comas dépassés enregistre un ralentissement. Vont-elles réellement reprendre ?
Deux malades, insuffisants rénaux, viennent de bénéficier d’une greffe à Constantine après l’accord des parents d’un décédé. Autre nouveauté, le même corps a permis deux greffes de cornée à Alger. Des médecins de la capitale ont été dépêchés pour prélever les deux greffons. C’est un pas de plus qui fera tache d’huile, je l’espère, pour permettre aux malades de bénéficier d’organes prélevés dans une autre région.
Pour obtenir le consentement de la famille d’un mort, les équipes ne réussissent qu’une tentative sur vingt et pourtant, il ne faut pas parler de 19 refus. Par ailleurs, il n’est pas facile pour les médecins de solliciter les familles, dans des moments aussi douloureux. Les oulémas se sont engagés à El Azhar. Le ministre des Affaires religieuses a envoyé deux lettres dans ce sens à tous les imams d’Algérie.

Que promettez-vous aux Algériens ?
Bien entendu, je promets une amélioration concrète en 2003, et les citoyens la constateront d’eux-mêmes. Je l’ai dit à plusieurs reprises, il faut être ambitieux et raisonnable. On ne peut aussi se comparer aux pays développés et les plus riches qui ont des centaines d’années de médecine. Tous les professionnels de la santé travaillent pour que cela aille mieux en 2003.

S. I.