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A la une / Entretien

Mourad Medelci, Ministre des Affaires Étrangères, à LIBERTÉ

“On ne limitera pas le nombre d’observateurs pour les législatives”

Le chef de la diplomatie algérienne revient, dans cet entretien, sur la phase pratique de la venue d’observateurs étrangers pour les législatives de mai prochain, parle de la spécificité algérienne, du rôle du Qatar, du Sahel, de l’Iran et du cinquantenaire de l’Indépendance nationale.

Liberté : Vous avez évoqué la venue d’observateurs de l’UE pour les législatives. Pouvez-vous nous en dire plus sur le déroulement concret de cette opération ?

Mourad Medelci : Chaque organisation a son propre cadre normatif et ses propres contraintes. Par exemple, l’ONU ne vous enverra pas plus de 10 personnes. La Ligue arabe et l’Union africaine peuvent en envoyer davantage. Mais l’Union européenne peut envoyer beaucoup plus. Le problème de savoir combien seront les observateurs ne dépend pas de nous. Il dépend de chacune des organisations. Ce que nous avons nous-mêmes reçus en tant que directives du président de la République, c’est de faire en sorte qu’il n’y ait aucune contrainte. Si l’un des observateurs veut envoyer 1 000 personnes, alors elles sont les bienvenues. Ce n’est pas l’Algérie qui va contraindre et limiter. Bien au contraire. Quant aux conditions matérielles qui vont prévaloir, elles permettront à chaque organisation de venir s’informer sur le cadre dans lequel les élections vont avoir lieu. L’aspect juridique, les commissions, ainsi que le cadre organisationnel. Ce sont des missions de précurseurs qui vont venir, et au terme de ces missions, dans certains cas, et c’est le cas de l’UE en particulier, il est prévu que nous puissions signer un mémorandum d’entente qui fixe les conditions dans lesquelles ces observations doivent se dérouler. Nous sommes en train de travailler dans ce sens-là. Il y a maintenant bientôt un mois que nous avons saisi officiellement l’ONU, l’UE, l’UA, la Ligue arabe et l’OCI pour leur dire que vous êtes les bienvenues. Nous souhaitons que vous soyez présentes pour nous accompagner dans cette échéance électorale. L’UE a d’ores et déjà répondu, l’UA également. Nous n’avons aucun doute que l’ONU s’associera à cet effort et que la Ligue arabe et l’OCI le feront également. Ce n’est pas la première fois que ces organisations viennent en Algérie pour jouer le rôle d’observateurs. Mais, peut-être que la conjoncture peut influencer les observateurs dans le cadre de l’exercice de leur mission.
En même temps, nous sommes nous-mêmes intéressés par l’amélioration du cadre et des conditions dans lesquels ces observateurs vont travailler. Encore une fois, nous sommes dans une conjoncture où ce que nous appelons le Printemps arabe a exercé des pressions positives sur tout le monde pour mieux faire, y compris sur l’Algérie.

L’Algérie s’est retrouvée seule dans les années 1990 dans sa lutte contre l’islamisme armé. Elle se retrouve aujourd’hui encore dans une situation assez paradoxale vu que les islamistes sont devenus fréquentables dans l’Occident. Quels arguments use la diplomatie algérienne pour défendre cette spécificité algérienne ?

Je ne crois pas que l’objectif de la diplomatie algérienne soit de démontrer la spécificité de l’Algérie. Lorsque cette spécificité relève simplement de l’observation, on ne peut y échapper. Mais ce qui est important, par contre, c’est de souligner que chaque cas est particulier. Sortons un moment du champ de notre pays et observons ce qui s’est passé dans d’autres pays. Qu’il s’agisse de la Tunisie, de la Libye ou de l’Égypte, il y a un tronc commun qui peut nous permettre d’avoir une clé d’analyse et comprendre ce qui s’est passé dans ces pays. Ce tronc commun dans ces pays-là s’est fait durablement connaître par le caractère centralisé de leur gouvernance, pour ne pas dire le caractère excessivement centralisé. Ils se sont fait connaître en même temps par le fait que la liberté d’expression était extrêmement relative, voire réduite.
Il y a aussi un autre point commun qui concerne le caractère conjoncturel, à savoir les difficultés sociales et économiques liées à la crise économique mondiale. Ces facteurs-là sont en partie présents en Algérie, mais pour une autre partie, ils ne le sont pas. Pour les facteurs qui sont présents, ce sont les implications de la crise économique. Vous avez vu que notre dépendance au marché extérieur ne s’exprime pas simplement en termes d’évolution du prix du baril, mais elle s’exprime aussi par l’évolution des prix de tous les produits pour lesquels nous sommes structurellement importateurs, en particulier les produits alimentaires. Nous avons observé au début 2011 que les prix d’un certain nombre de produits alimentaires de base avaient augmenté. Donc, nous n’avons pas été à l’abri de la conjoncture. Par contre, nous avons les moyens de riposte, d’abord à travers une volonté politique de façon à faire en sorte que les contrecoups de cette crise ne soient pas dommageables pour le pouvoir d’achat des familles algériennes, et ensuite à travers des capacités financières afin d’y faire face.
Sur les questions où l’Algérie est différente. D’abord le caractère pluraliste de son système de gouvernance. Ce qui n’est pas le cas dans aucun des pays que j’ai cités auparavant. Nous avons un grand nombre de partis dont la majorité est présente à l’assemblée et il y a un parti qui siège au gouvernement depuis 12 ans et qui est d’obédience islamiste. Nous n’avons pas de problème dans notre pays avec une opposition qui serait privée de liberté ou qui serait emprisonnée. Nous pouvons dire que nous avons fait des progrès énormes en matière de liberté d’expression. Et ces progrès-là signalent à l’attention du monde entier, du monde arabe et africain l’Algérie comme un cas singulier. Bien sûr, dans tous les domaines que je viens de mentionner, il y a encore des progrès à faire. Qu’il s’agisse du pluralisme politique ou de la jonction entre ce pluralisme et l’expression populaire sur le plan politique, les conditions dans lesquelles les Algériens doivent voter en particulier, et qui doivent grâce à vous, grâce à l’effort du gouvernement et grâce aux partis politiques et de la société civile être mobilisés davantage pour que la démocratie basée sur l’urne et le vote soit effectivement utilisée par une majorité d’Algériens.
Cela est important, et de ce point de vue-là, nous avons encore des progrès à faire. Nous avons aussi des progrès à faire du point de vue de l’expression télévisuelle et radiophonique, et là, la loi qui vient d’être votée donne la possibilité désormais au secteur privé national de s’investir dans ce champ à partir de cette année. Je dois, en revanche, vous dire que nous ne sommes pas à l’abri de la crise économique qui, malheureusement, perdure et qui pourrait se traduire demain, il ne faut pas l’exclure, par une réduction de la demande sur les produits pétroliers qui pourrait être le corollaire d’une crise économique prolongée, y compris en Europe. C’est un scénario qui nous placerait devant une situation de moindre revenu du fait de notre qualité de mono-exportateur. Nous avons, à travers notre histoire, vécu un moment particulier en 1986, lorsque les prix du baril ont chuté de manière importante. Bien sûr, les sociologues et les historiens auront chacun un regard. Mais nous sommes plusieurs à penser que cette période et cette chute brutale du pétrole ont été la cause de ce que nous avons vécu en 1988. C’est une expérience. Nous l’avons traversée pour pouvoir s’en prémunir. Nous avons de cette expérience tiré un nouveau système politique puisque 1988 est venu conclure une sorte de malaise au sein des forces sociales algériennes qui s’est transformé en une révolte, et cette révolte a donné une nouvelle Constitution, le multipartisme et la liberté d’expression.
Mais nous n’avons pas oublié 1986 pour autant. Et lorsqu’en 2000, le premier gouvernement du président de la République a été mis en place, l’une des premières décisions a été de créer le Fonds de régulation des recettes qui permet de gérer les évolutions drastiques des prix du baril. Nous sommes aujourd’hui dans une position qui nous permet de faire face à des évolutions de conjonctures puisque, d’un côté, nous avons des réserves de changes qui sont confortables et des réserves en dinars qui le sont aussi. La lisibilité de nos plans de développement est mieux assurée. Et nous sommes à notre troisième plan de développement qui est financé par des fonds propres sans recourir à l’extérieur ni à l’endettement.

Mais qu’en est-il des IDE ?

Nous espérons que les investisseurs soient plus nombreux en tant que nationaux, mais aussi en tant qu’étrangers. C’est vrai que la situation sur 10 ans a évolué de manière positive et que les investissements (publics, privés, nationaux et investissements étrangers) ont évolué à la hausse. Mais cela reste insuffisant. Alors, la question est de savoir pourquoi ? Est-ce que cela est dû aux répercussions de la crise financière internationale ou au cadre juridique existant en Algérie ? Il est vrai aussi que la compétition n’est pas facile à assumer, y compris pour un pays comme le nôtre qui a fait énormément de progrès au niveau du droit économique et des infrastructures économiques qui sont offertes aujourd’hui dans de meilleures conditions et qui peuvent donner la possibilité aux opérateurs d’être plus performants. Parce que lorsque vous avez de bonnes infrastructures, cela signifie que vous pouvez produire et transporter dans de meilleures conditions, et lorsque vous avez un bon système éducatif, cela signifie que vous pouvez être performant au niveau des ressources humaines.
Tous les efforts qui ont été faits, aussi bien au niveau du droit des infrastructures que des ressources humaines ont eu des effets sur les investissements, mais des effets que nous considérons comme étant insuffisants en volume et en structures.

Je suis convaincu que, lors de vos discussions avec vos homologues, certains évoquent le climat d’affaires qui demeure à leurs yeux défavorable… Qu’en pensez-vous ?
C’est le cas du ministre allemand qui vient de nous rendre visite. Mais il faut reconnaître que lorsqu’on est investisseur, on aime pouvoir disposer d’un cadre juridique stable et lisible. Il faut reconnaître que lorsque, dans un pays, et il n’y a pas que l’Algérie où le cadre juridique est remis en cause, d’autres l’ont fait avant nous, ce cadre juridique évolue de manière impromptue, car c’est considéré comme tel par les partenaires étrangers, cela peut changer leur calcul économique.
Pour ceux qui sont là, le problème ne se pose pas, mais ceux qui veulent venir diront que s’il y avait un changement aujourd’hui, il se pourrait qu’il y en ait un autre demain. Et nous risquons de nous retrouver dans une situation qui pourrait troubler l’équilibre économique du projet dont nous sommes porteurs. Mais en même temps, nous leur expliquons que nous avons notre analyse et que cette analyse nous a conduits à prendre nous-mêmes plus d’engagements pour pouvoir booster les investissements et notamment les investissements étrangers.
Jusqu’à présent, nous étions en train d’attendre les IDE, maintenant nous allons les chercher et c’est là la différence. Et pour pouvoir les chercher, il faut que dans le tour de table de l’investissement, vous soyez vous le porteur le plus important d’actions. C’est pour cela que nous avons pris 51% pour pouvoir aller nous-mêmes chercher celui qui va porter les 49% et le porteur des 49%, nous demandons à ce qu’il soit le manager de l’entreprise. Parce que ce dont nous manquons aujourd’hui, c’est le savoir-faire et non l’argent. Et les 51% pourraient être répartis entre plusieurs actionnaires algériens, publics et privés.
Cette explication commence à porter ses fruits et beaucoup parmi les partenaires qui étaient sceptiques quant à cette évolution du cadre juridique commencent à mieux comprendre et à y adhérer.

Beaucoup reprochent à la diplomatie algérienne son absence ou son manque de réactivité dans les évènements qui se sont déroulés dans les pays arabes ?
Certains auraient souhaité que nous allions voler, nous, au secours de révolutions de pays voisins. Ce n’est pas dans la tradition algérienne. Et la discrétion qui a été celle de la diplomatie algérienne à l’endroit de ce que nous appelons aujourd’hui les révolutions tunisienne, libyenne ou autres, c’est simplement la résultante d’un respect que nous portons à chacun de ces peuples et nous allons respecter ce que le peuple veut se donner comme système politique et comme gouvernants. Lorsqu’ils l’auront fait, nous travaillerons avec ce que ces peuples auront désigné comme système et comme gouvernants. Parce que la tradition de la diplomatie algérienne est de travailler d’État à État et non pas avec des régimes. Nous ne défendons aucun régime pas plus le tunisien, le libyen que l’égyptien.
Soyons logiques, nous ne voulons pas que les autres s’immiscent dans nos affaires alors ne comptez pas sur nous pour aller nous immiscer dans les affaires des autres. La souveraineté des États est une question importante. Nous avons des relations excellentes avec les Tunisiens, avec les Égyptiens et nous allons reprendre contact avec les Libyens dès l’instant où les Libyens auront commencé à y voir clair dans leur propre stratégie de retour au calme.

Le Qatar joue un rôle prépondérant au Proche-Orient. Serait-on en train de vivre un changement des équilibres régionaux ?
ll Les pays du Golfe de manière générale ont fait plus de progrès que les pays du Maghreb en termes d’intégration et de coordination de leur politique. C’est un constat qui n’échappe à personne. Le Qatar au sein des pays du Golfe joue un rôle qui le met en pole position afin de se spécialiser dans les médiations pour dénouer les crises. Ils l’ont fait pour le Liban et le font aujourd’hui pour la Syrie. Mais ce qu’il faut ne pas perdre de vue, c’est qu’à chaque fois qu’ils l’ont fait l’Algérie était là.

Pas tout le temps du moins pas dans le cas de la Libye…
Dans le cas de la Libye, le Qatar n’a pas joué un rôle de médiation. Le Qatar a joué un rôle de médiation au Liban, pour la Syrie et le Soudan. Et sur ces trois opérations, l’Algérie était là. Je peux vous dire que personnellement j’étais là pour ces trois opérations. Le Qatar était le coordinateur de notre groupe. Pour le Soudan, c’était un groupe arabo-africain. Pour le Liban, c’était un groupe de la Ligue arabe, et pour la Syrie c’est la même chose. Et à chaque fois que le Qatar est intervenu, il ne l’a pas fait en son nom. Dans la plupart des cas, il intervient au nom de la Ligue arabe.
Dans le cas de la Libye, nous nous sommes retrouvés dans une situation de conflit. Pourquoi ? Parce que la Libye est à la fois un pays africain et arabe. Et notre position devait être cohérente en étant nous-mêmes Africains et Arabes. À un moment donné, nous avons milité en faveur d’une cohésion entre la Ligue arabe et l’UA. Et malheureusement nous n’avons pas réussi. Nous n’étions pas pour aller vers le Conseil de sécurité de l’ONU en tant que Ligue arabe à moins que cela ne soit une conclusion de la Ligue arabe et de l’UA. Nous avons alors demandé un peu plus de temps. Et puis, nous avions espéré que le régime du colonel Kadhafi puisse évoluer sans qu’on ait besoin de faire couler le sang ou de détruire. Avec ce qui s’est passé en Tunisie et en Égypte, nous avions les arguments pour plaider pour un changement pacifique en Libye. C’était notre position.
Malheureusement, la Ligue arabe, ce n’est pas un seul pays puisqu’il y en a 22. La Ligue arabe a transmis un message à l’ONU qui l’a transformé en résolution, la création d’une zone d’exclusion aérienne. La réalité entre la résolution et sa traduction sur le terrain et les dérives qui ont été constatées avec la mort de dizaines de milliers de personnes ont été la destruction d’une partie de la Libye.  Aujourd’hui, nous ne voulons pas revenir sur le passé. Nous avons travaillé dans un cadre arabe où chacun a donné son point de vue. Nous avons donné le nôtre. Mais lorsqu’aujourd’hui se pose le problème de la création ou de l’avènement d’une Libye nouvelle, nous disons : nous sommes là pour aider les Libyens.

Pourquoi ce choix du Qatar dans les médiations ?

Parce qu’il est disponible. Parce qu’il s’est donné vocation d’apporter un soutien et on ne peut pas le lui reprocher. Ce n’est pas une volonté d’hégémonie. Ce qu’il faut savoir, c’est que ce n’est pas évident d’être plusieurs et de se mettre d’accord sur quelque chose. Il n’est pas simple de coordonner un groupe où chacun a son point de vue. La tâche du Qatar dans cette coordination qu’il s’agit du Liban, de la Syrie ou du Darfour n’a pas été simple.

Quel constat faites-vous du Maghreb, de nos relations avec le Maroc qui ne cesse de demander la réouverture des frontières ?
La cohésion dans le Maghreb est en devenir. Cette question du bilatéral et du régional se pose au Maghreb de façon différente. Nous avons un couple algéro-marocain qui du point de vue économique pouvait constituer un moteur pour l’avènement du Maghreb. Ce couple n’a pas fonctionné pour différentes raisons. On évoque souvent le problème du Sahara occidental. Il n’y a pas que cela. Il y a aussi les approches économiques. Le Maroc a adopté un système libéral où le soutien des prix n’existe pas. En Algérie, on était dans un système centralisé où l’État soutient les prix. Il n’était donc pas facile de rouvrir les frontières et de fédérer à l’intégration.
Il y a aussi les dix années où les Algériens ont vécu seuls les pires des situations. Évidemment, le Maghreb, s’il avait été créé avant, aurait pu apporter une solution maghrébine à la crise algérienne. Mais la crise, les Algériens l’ont vécue seuls. Pendant dix ans, on a aussi oublié les objectifs de l’UMA. Maintenant on y revient. Le système économique est un peu plus harmonisé puisqu’on est tous plus au moins inscrits dans le libéralisme. Il y a aussi à la faveur du Printemps arabe, je crois, un peu plus de républiques dans les systèmes politiques de la région et il devrait normalement se créer un mouvement de confortement de l’UMA à partir de 2012. Je ne connais pas un pays du Maghreb aujourd’hui qui ne porte pas en lui l’espoir que cette nouvelle situation ne puisse donner enfin la possibilité au Maghreb de se mettre en ordre de marche.

La guerre en Libye a créé une situation d’instabilité au Sahel. Nos partenaires européens expriment de plus en plus leurs inquiétudes dont la dernière en date émane du MAE allemand. Quelle lecture faites-vous des menaces et qu’attend l’Algérie de ses partenaires occidentaux ?
D’abord qu’ils comprennent que la question de la sécurité concerne les pays eux-mêmes. Ils ont bien compris que les pays du pays veulent bien s’approprier les questions de sécurité et développements, et ce, à la faveur d’une coopération à l’intérieur des pays du champ plus importante que par le passé. Mais les pays du champ chacun d’entre eux séparément a des relations avec les pays partenaires, américains, européens asiatiques ou autres. Nous avons pensé qu’au niveau des pays du champ qu’il serait bon de discipliner un peu la relation avec les partenaires et ne pas les laisser simplement sur un plan bilatéral. Mais il faut leur donner sur le plan multilatéral plus de lisibilité et plus de force. C’est cela le sens de la Conférence de septembre 2011. Aujourd’hui, ce que nous demandons aux pays partenaires, c’est de mieux former nos cadres en termes de développement et de sécurité, de mieux gérer le renseignement avec nous parce qu’ils ont des moyens techniques que nous n’avons pas. Et de nous aider à acquérir des équipements parce que cela est nécessaire.
C’est ce que nous avons demandé aux pays partenaires et ils l’ont bien compris. Bien évidemment, nous leur avons également demandé de faire en sorte que l’aide publique au développement puisse considérer le Sahel comme une priorité. C’est la région où sont situés les foyers de tension et de pauvreté les plus lourds.
Maintenant, nous avons un accord sur la démarche, nous savons qui doit faire quoi. Il faut maintenant faire. Et faire en sorte que chacun des pays puisse accompagner la déclaration qu’il fait par des gestes.

Le débat sur l’histoire attendu pour le cinquantenaire a été entamé à l’occasion de la polémique franco-turque sur le génocide arménien. L’Algérie s’est-elle préparée à faire face à la campagne de l’extrême droite surtout que la présidentielle française ne manquera pas d’utiliser le thème de la mémoire pour ramasser des voix ?

La mémoire n’est pas une affaire classée. La mémoire des peuples est inviolable. Personne n’a le droit de la violer et personne n’a le droit d’oublier. La vérité s’imposera et s’impose déjà et s’imposera encore davantage à tout le monde. Maintenant, le cinquantième anniversaire, c’est d’abord pour nous en Algérie. Nous devons faire le point de ce qui a été fait en 50 ans. Voir quelles sont les lignes de force, les lignes de faiblesse et comment nous améliorer dans le futur. C’est cela le plus important. C’est de faire en sorte que notre génération qui va disparaître puisse passer le témoin à la génération qui vient. Et le cinquantième anniversaire est une formidable occasion de transférer sur les générations montantes l’esprit de Novembre et le sacrifice du peuple algérien et c’est cet esprit que nous sommes en train de constater avec grand plaisir de solidarité entre Algériens et d’ambitions portées par les Algériens pour aller vers l’émergence.
Le problème de la mémoire et des conflits que la mémoire a pu engendrer dans les relations entre tel ou tel pays ne dépend pas d’un anniversaire. C’est quelque chose qui est de l’ordre du constat.

Quel est l’état de nos relations avec l’Iran sachant que l’Algérie a constitué un canal de discussion dans le cadre du conflit sur le nucléaire ?
Le problème de la limite entre le nucléaire civil et militaire est géré par l’AIEA. Et c’est à l’AIEA de trouver les solutions pour mieux le gérer. Je crois que pendant longtemps, nous avons géré les doutes. Peut-être que nous ne savons pas gérer les faits. Et parce que nous ne savons pas correctement gérer les faits, nous gérons les doutes. Le cadre normatif dans lequel fonctionne l’AIEA est lui-même sujet à évaluation, autoévaluation et amélioration. Nous devons réduire le champ du doute et gérer les faits. Parce que le droit international peut être à l’origine d’erreur monstrueuse s’il devait être actionné sur la base de doutes seulement.

Comme la guerre contre l’Irak…
Je ne vous le fais pas dire.

L’élargissement de l’aéroport d’Alger a été décidé et l’un des objectifs est de préparer l’Algérie à l’Open Sky. Qu’en est-il des discussions avec l’OMC ?
Comment faire en sorte qu’une ouverture dans le domaine de l’aviation puisse se faire sans que le pavillon algérien ne puisse pas lui-même évoluer dans le bon sens. Cela suppose que le pavillon algérien se renforce pour aller à l’Open Sky.


A. O./S. T.