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A la une / Entretien

Ahmed Djoghlaf, secrétaire exécutif de la convention des Nations Unies sur la biodiversité

“Une révolution de nos relations avec la nature est essentielle”

Le Dr Ahmed Djoghlaf, sous secrétaire général des Nations unies et secrétaire exécutif de la Convention des Nations unies sur la Diversité biologique, était présent à l’ouverture de la conférence scientifique qui s’est déroulée du 25 au 29 janvier au siège de l’Unesco à Paris. Dans cet entretien, il donne les grandes lignes des nombreux rendez-vous programmés cette année à travers plusieurs pays.

Liberté : Pourquoi une Année internationale de la diversité biologique ?
Dr Ahmed Djoghlaf : L’être humain dépend de la biodiversité pour se nourrir, se loger, se chauffer, se soigner, se distraire. Bref, sans la biodiversité, il ne saurait y avoir de vie sur terre. Le message de l’Année internationale des Nations unies est donc simple  et ne nécessite aucun commentaire : la biodiversité, c’est la vie, c’est notre vie. Cependant, la perte de la biodiversité a atteint des niveaux inégaux qui menacent aujourd’hui les fondements même de la vie sur terre en érodant la capacité de la planète à continuer à fournir ses biens et ses services que nous considérons de façon erronée comme acquis. Le taux de déperdition des espèces serait aujourd’hui de 1 000 fois, oui 1 000 fois supérieur au taux naturel d’extinction ! La perte de la biodiversité se trouve aussi aggravée par le réchauffement de la planète. Le rapport d’experts soumis par le secrétariat à la réunion de Copenhague démontre avec force détails que l’élévation d’un degré de la température de la planète entraîne ipso facto l’extinction de 10% de la biodiversité animale et végétale recensée. Le rapport du GIEC prédit que 30% de la biodiversité risque de disparaître avant la fin de ce siècle en raison des changements climatiques. Les 110 rapports nationaux, que le secrétariat a reçus à ce jour, identifient les changements climatiques comme l’une des principales menaces qui pèsent sur la biodiversité. La vie sur terre est menacée, et il importe de créer une alliance mondiale pour protéger l’avenir de nos enfants. C’est pourquoi l’Assemblée générale des Nations unies a déclaré 2010 l’Année internationale de la diversité biologique. Le but est de sensibiliser et d’engager toutes les parties prenantes, y compris les enfants d’aujourd’hui c’est-à-dire les citoyens de demain, dans la lutte pour la protection de la vie sur terre.

Y a-t-il des raisons “spéciales” pour le choix de cette année 2010 et non une autre ?
Lors du sommet mondial pour le développement durable, qui a eu lieu en 2002 à Johannesburg, en Afrique du Sud, les 110 chefs d’État et de gouvernement, qui ont convenu d’assurer une forte réduction de la perte de diversité biologique, ont choisi 2010 comme échéance. Un an auparavant, à Göteborg, en Suède, les chefs d’État de l’Union européenne avaient décidé de mettre fin à la perte de diversité biologique avant 2010. En 2006, l’objectif de 2010 relatif à la diversité biologique a été intégré dans les objectifs du Millénaire pour le développement. Cette même année, l’Assemblée générale des Nations unies a décidé, sur la base d’une recommandation du secrétariat endossée par les parties contractantes, de déclarer 2010 l’Année internationale de la diversité biologique, afin d’évaluer les progrès réalisés dans la poursuite de cet objectif stratégique et de tracer la voie du futur. Dans le même mouvement, le secrétariat a pris l’initiative de recommander une session spéciale de l’Assemblée générale des Nations unies exclusivement consacrée à la biodiversité. Une sorte d’un sommet type Copenhague qui se tiendra à New York. On espère donc avoir plus de 120 chefs d’État ou de gouvernement, car la protection de la vie sur terre exige l’engagement personnel des chefs d’État. Nous avons réussi, depuis le sommet de Heiligendamm qui s’est tenu en juin 2007, à mettre la biodiversité à l’ordre du jour du G8. Elle le sera également en septembre. À ce jour, les célébrations de l’Année internationale, qui ont eu lieu au Brésil, en Allemagne, au Japon, en Espagne, au Royaume-Uni, en Chine, en Inde et en Norvège, ont mobilisé trois chefs d’État. On espère que cet événement réussira à mobiliser tous les chefs d’État et de gouvernement, sans exception.

Quels sont les changements que vous espérez avec cette célébration de l’Année internationale de la diversité biologique ?
Pendant la célébration de l’Année internationale, une réunion de chefs d’État et de gouvernement, entièrement consacrée à la diversité biologique, sera convoquée en septembre à New York. Elle sera suivie d’une conférence à Aichi-Nagoya qui devrait réunir plus de 10 000 participants. À Nagoya, un nouveau plan stratégique 2011-2020 sera adopté par les 193 parties à la convention et leurs partenaires. Il comprendra une vision à l’horizon 2050 et un objectif de 2020 pour la diversité biologique, ainsi que des sous-objectifs et des mécanismes de mise en œuvre, de suivi et d’évaluation. Ce plan stratégique mondial sera accompagné d’un plan stratégique sur les villes et la biodiversité et d’un plan stratégique sur la coopération Sud-Sud pour le développement et la réduction de la pauvreté. De 2011 à 2012, le plan stratégique sera intégré dans les stratégies et plans d’actions nationaux pour la diversité biologique de toutes les 193 parties à la convention, avec l’engagement des parlementaires. L’élaboration et la mise en œuvre de ce plan seront réalisées avec la participation active de toutes les parties prenantes, y compris les chefs d’État, les ministres de l’Environnement, les ministres du Déve-loppement, les maires, les parlementaires, les ONG, les peuples autochtones, les communautés locales, les jeunes, les enfants et, bien sûr, le milieu des affaires. Cela ne sera pas possible sans le soutien de chaque citoyen sur terre. Nous espérons donc que cet événement inédit dans les annales des Nations unies soit le point de départ d’un nouveau paradigme entre l’homme et la nature basé sur le respect de la vie, de toute forme de vie sur terre. C’est l’objectif de l’Année internationale, conçue non pas comme une fin en soi, mais comme un moyen idoine au service d’une cause, celle de protéger la vie sur terre.

Selon la deuxième édition du rapport “Perspectives mondiales de la biodiversité”, il est presque impossible de réaliser l’objectif de 2010. Cette affirmation vous semble-t-elle encore correcte ?
La deuxième édition des “Perspectives mondiales de la biodiversité” a, certes, indiqué que l’objectif de 2010 serait difficile à atteindre, à moins que la communauté internationale ne redouble ses efforts. La troisième édition des “Perspectives”, qui sera publiée en mai prochain, montrera, en effet, que nous n’avons pas réussi à atteindre cet objectif. Cette évaluation est fondée sur les 110 rapports nationaux soumis à ce jour par les parties contractantes ; nous attendons encore 83 rapports qui devraient nous parvenir avant la fin mars.
L’évaluation souligne la nécessité impérieuse d’une nouvelle stratégie pour la diversité biologique fondée sur les enseignements du passé et l’engagement collectif et individuel de préserver la vie sur terre, en nous comportons de manière différente entre nous les hommes et dans notre relation ombilicale avec la nature. Comme a dit Albert Einstein : “Nous ne pouvons pas résoudre les problèmes du présent en ayant recours aux modes de pensée qui en ont été à l’origine.”

Les citoyens ont évidemment un rôle à jouer dans la promotion de la conservation et de l’utilisation durable de la biodiversité, mais, concrètement, que peuvent-ils faire ?
Tous les citoyens doivent s’engager dans la bataille pour préserver la vie sur terre. Une révolution de nos relations avec la nature est essentielle : nous devons apprendre, ou plutôt nous devons réapprendre, à vivre en harmonie avec notre environnement. À cette fin, la première chose que les citoyens peuvent faire est de nous aider à formuler la stratégie pour la diversité biologique de l’après-2010 en contribuant activement à notre conférence mondiale électronique sur la biodiversité, qui a été lancée en novembre de l’année dernière et qui sera close en juillet. C’est la conférence des citoyens du monde, ouverte à toutes et à tous dans les six langues officielles des Nations unies ainsi qu’en japonais. La conférence est accessible sur le site http://www.cbd.int/aniec2010
La deuxième chose, les citoyens doivent contribuer à la réalisation des objectifs de l’Année internationale de la diversité biologique en se renseignant sur la biodiversité, en partageant leurs connaissances avec les gens autour d’eux et en nous envoyant leurs réussites en matière de conservation à l’adresse : iyb2010@cbd.int, afin que nous puissions les partager avec le reste du monde.
La troisième chose qu’ils doivent faire est d’éviter le gaspillage des ressources y compris hydriques et préparer les générations montantes. Les jeunes se doivent de s’engager à façonner leur avenir. Ils doivent cesser d’être les observateurs du façonnement de leur destin en devenant des acteurs du mouvement mondial de la Vague Verte (l’adresse du site est : www.grenewave.org, ndlr) dont l’objectif est de créer une chaîne de solidarité humaine de tous les enfants du monde autour du symbole même de la vie, à savoir : l’arbre.  

Quel sera le sujet de la prochaine Année internationale, soit en 2011 ?
L’Assemblée générale des Nations unies a déclaré 2011 l’Année internationale des forêts dans le but de soutenir les efforts déployés pour promouvoir la conservation, la gestion et le développement durables des forêts dans le monde entier. Les forêts font partie intégrante du développement durable mondial : les activités économiques liées à la forêt influencent les moyens de subsistance de 1,6 million de personnes dans le monde, les forêts fournissent des avantages socioéconomiques et sont le fondement des savoirs autochtones.
En tant qu’écosystèmes, les forêts jouent un rôle primordial dans l’atténuation des effets des changements climatiques et dans la protection de la diversité biologique. Or, malgré l’importance des forêts, 350 km2 du couvert forestier mondial disparaissent chaque jour, bien que 80% de la diversité biologique soient abrités par celui-ci. 2011 nous offre donc l’occasion de mettre à profit l’impulsion qui aura été créée pendant l’Année internationale de la diversité biologique. 2012 coïncidera avec le vingtième anniversaire de l’ouverture à la signature de la Convention des Nations unies sur la diversité biologique et la Conférence Rio+20.
Ce sera donc l’année des synergies entre les trois conventions de Rio, à savoir la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification et la Convention des Nations unies relative à la vie sur Terre.

Interview réalisé par notre envoyé spécial à Paris : Salim KOUDIL

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