Scroll To Top
FLASH
  • L'intégralité du contenu (articles) de la version papier de "Liberté" est disponible sur le site le jour même de l'édition, à partir de midi (GMT+1)
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version papier de "Liberté" écrire à : info@liberte-algerie.com
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version digitale de "Liberté" écrire à: redactiondigitale@liberte-algerie.com

A la une / Entretien

Interview-portrait

Yacine.D, enseignant-gréviste : « On nous traite comme des babysitteurs »

©D.R.

Alors qu’une partie des enseignants ont entamé leur deuxième semaine de grève, les négociations entre syndicats et ministère n’ont toujours pas abouti. C’est ce qui a poussé Liberte-algerie.com à se rapprocher et interroger Yacine, un enseignant de physique à Tebessa, et membre du CNAPESTE.

 

Pouvez-vous nous parler des raisons de votre colère ? Quels sont les motifs qui vous ont poussé à vous mettre en grève ?

Vous savez l’enseignement est un dur métier, il demande du savoir-faire et des compétences. Mais dans notre pays on nous traite de babysitteur, on garde les élèves sans plus. Au début de ma carrière professionnelle j’avais honte à la poste quand je touchais ma paie j’avais honte quand on dit de moi « meskine mo3alim »(« le pauvre, il est enseignant », ndlr), et Dieu merci, il y a eu un certain automne 2003. C’était la première fois où je participais à une grève, et je crois que c’est la plus importante dans l’histoire de l’Algérie indépendante. Nous avons eu droit à une augmentation forfaitaire mais pas plus. Les dossiers de la retraite ; médecine de travail ; le logement pour nos collègues du sud rien, niet. Nous avons été les premiers à bénéficier du nouveau régime indemnitaire après une longue grève comme d’habitude, et à la fin les autres secteurs qui n’ont même pas fait un jour de grève ont eu le double. Après nous avons fait une autre grève pour être équitables. En plus le statut particulier est rempli d’anomalies, pour avoir une promotion dans le corps pédagogique c’est presque impossible car les postes sont rarissimes puisque les postes de nos collègues partis à la retraite (la16) sont transférés en poste de recrutement (la 13). Le comble c’est le traitement d’ingratitude infligé par le ministère à nos collègues du primaire et du moyen je parle des anciens on leur interdit la promotion bien qu’ils soient eux qui m’ont enseigné, et par leur savoir faire je suis ce que je suis

Combien d’enseignants ont fait la grève dans le lycée où vous enseignez ?

53 sur 80, car dans notre lycée il y’a beaucoup de stagiaires qui ont peur mais il y’a les khoubzistes qui n’ont rien à gagner dans cette grève.

Est-ce que vous êtes mal vu par les autres non-grévistes ?

Pas du tout chacun a ses convictions, d’ailleurs la grève a une fin aussi tardive quelle soit. Au contraire c’est eux qui doivent avoir honte quand on voit le langage de madame la ministre.

Que répondez-vous aux accusations des parents d'élèves qui disent que vous prenez leurs enfants en otage ?

Moi-même je suis parent et c'est le ministre qui fait la sourde oreille à nos revendications légitimes. C'est madame la ministre qui parle de dialogue mais rien n’est réalisé et j'invite les parents d’élèves à revoir et à relire ses sorties médiatiques. Elle se contredit tout le temps

Vous exercez ce métier depuis combien d’années ?

Depuis déjà dix-huit ans.

Qu’en est-il de votre salaire mensuel ?

Avec une femme au foyer et trois enfants, je touche 57000. En revanche mes collègues à Alger ou Annaba touchent 5000 DA ou 7000 DA de moins que moi, car nous avons quelques primes, comme celle du logement qui est à 1000 DA alors qu’un loyer modeste dans ma ville est à 15000 DA.

Combien dépensez-vous par mois pour le transport ? Et pour la maison ? Le téléphone ?

Pour le transport j’ai ma propre voiture après avoir galéré dans les transports en commun, et puis je me suis endetté pour avoir une vielle voiture que j’ai changé par une autre. Pour les autres frais : chaque bimestre, 1200 DA pour le téléphone, l’internet c’est 2100 DA chaque mois, le parking 2500 DA, en plus du remboursement du crédit de logement.

Avez-vous d’autres dépenses aléatoires  (Vêtements, chaussures voyages, vacances)?

Bien sûr, d’ailleurs je ne suis pas du genre à faire le calcul

Arrivez-vous à mettre un peu d’argent de côté pour les factures imprévues ou autres ?

Non ; heureusement que j’ai quelques amis qui me dépannent. Au contraire je suis endetté.

Sinon, exercez-vous un autre travail en parallèle à l’enseignement (cours de soutien ou commerce) ?

Oui, je donne des cours de soutien, et figurez vous que la première fois c’était par nécessite car ma paye ne suffisait pas pour couvrir les frais après la naissance de mon premier enfant. C’était nécessaire pour avoir un appart, et couvrir les frais de mes enfants qui prennent des cours de soutien aussi. Et je voudrais préciser également aux dirigeants de notre ministère pourquoi les médecins et les paramédicaux qui pratiquent dans les cliniques privées ne sont pas visés.Pour conclure j’aime mon travail, et mes élèves m’aiment et me respectent car ils font la différence entre ceux qui sont sincères et ceux qui mentent lorsque ils parlent de dialogue.

Lire: Manel L, lycéenne: «Je donne raison aux enseignants grévistes»

Interview-portrait réalisé par Imène Amokrane 

@ImeneAmokrane

ARTICLES CONNEXES


Publier votre réaction

Nos articles sont ouverts aux commentaires. Chaque abonné peut y participer dans tous nos contenus et dans l'espace réservé. Nous précisons à nos lecteurs que nous modérons les commentaires pour éviter certains abus et dérives et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à notre charte d'utilisation.

RÉAGIR AVEC MON COMPTE

Identifiant
Mot de passe
Mot de passe oublié ? VALIDER