Scroll To Top
FLASH
  • L'intégralité du contenu (articles) de la version papier de "Liberté" est disponible sur le site le jour même de l'édition, à partir de midi (GMT+1)
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version papier de "Liberté" écrire à : info@liberte-algerie.com
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version digitale de "Liberté" écrire à: redactiondigitale@liberte-algerie.com

A la une / Environnement

“L’Algérien consomme 10 fois plus d’énergie électrique que l’Européen”

De qui se moque-t-on ?

La consommation moyenne de l’Algérien n’est que de 1362. ©D. R.

Selon les chiffres de la Banque mondiale (donnees.banquemondiale.org/indicateur/) pour 2014, la consommation moyenne par habitant est de 1362 pour l’Algérien, de 1446 pour le Tunisien et de 912 pour le Marocain.


Le président-directeur général du groupe Sonelgaz, Mustapha Guitouni, a déclaré, jeudi 11 mai à partir de la ville de Sidi Bel-Abbès, où il inspectait les activités du CDER (Centre de développement des énergies renouvelables), situé à Dhaya, que “l’Algérien doit savoir qu’il consomme dix fois plus d’énergie que l’Européen dans son pays”. Cet énorme canular a été repris sans commentaires par plusieurs titres de la presse nationale. M. Guitouni avait pour objectif, selon les organes de presse qui avaient repris ses propos, de sensibiliser les citoyens en vue d’une rationalisation de la consommation de l’énergie électrique pour une meilleure gestion du secteur et de démontrer que l’entreprise qu’il gère fait de grands efforts pour éviter les coupures de courant électrique sur l’ensemble du territoire national au prix de consentir (de la part de l’État) d’importants investissements dans ce sens. Notons que ce n’est pas la première fois que des officiels se hasardent dans cette communication “culpabilisante” pour “inciter les Algériens à faire preuve de civisme”. Passons sur le rang de celui qui vient de commettre, à son tour, cet impair.
Une telle démarche nous renvoie tout droit dans les années 70 où les dirigeants, pas toujours à tort, eu égard à la rareté des instruments économiques qui cadraient avec le corpus idéologique de l’époque, n’avaient d’autre choix que de convoquer un patriotisme primaire pour ne pas paraître impuissants devant des citoyens désespérés. M. Guitouni sait parfaitement que ce qu’il avance est faux, et que des économies d’énergie substantielles passent par un signal prix suffisamment dissuasif, équitable et énoncé à l’avance avec l’encouragement de possibilités alternatives accessibles au plus grand nombre pour rationaliser la consommation domestique d’énergie électrique.
Ceci pour la partie “sensibilisation”. Par contre, affirmer que l’Algérien consomme dix fois plus d’énergie que la moyenne européenne implique un standard de vie que beaucoup nous envieraient. Ce n’est évidemment pas le cas pour la simple raison que notre niveau de développement est loin, très loin, de nos voisins de la rive nord de la Méditerranée. Une partie importante de la demande est aujourd’hui tirée par le développement de nouveaux usages, notamment informatiques comme les “data-centers qui représentent une hausse vertigineuse de la consommation”. Entre 2005 et 2010, leur consommation énergétique a ainsi progressé d’environ 56%. Sur l’année 2010, les data-centers ont ainsi utilisé entre 1,1 et 1,5% de la consommation électrique mondiale (lenergieenquestions.fr). On est tenu bien loin de cette révolution. Selon les chiffres de la Banque mondiale(donnees.banquemondiale.org/indicateur/) pour 2014, la consommation moyenne par habitant est de 1362 pour l’Algérien, de 1446 pour le Tunisien et de 912 pour le Marocain.
La moyenne mondiale est de 3144. En Europe, la consommation est à 23 000 en Norvège, 6944 en France, 5002 en Italie, 5007 à Malte et 2306 en Albanie et ailleurs (Arabie Saoudite, 9411, Israël 6601, Irak 1296, Cuba 1442, Libye 1841, Afrique du Sud 4229…).
On remarquera que des pays comme Cuba, mal desservi en ressources naturelles dans le domaine (hydroélectricité et énergies fossiles) et dans une situation géopolitique marquée par maintes contraintes, ne sont pas à la queue du classement. Ce pays est en passe de réaliser une révolution énergétique qui s’appuie sur l’efficacité et le développement durable. Il peut constituer un modèle y compris dans la tarification (le pays a abandonné le tout subventionné depuis 2006).

Quelques chiffres sur la consommation d’énergie dans le monde
Il existe de grandes disparités dans l’accès à l’électricité dans le monde. Certaines régions (Afrique en général) et certains pays souffrent encore de pénurie électrique. Il reste qu’en 2013, plus de 2 milliards d’êtres humains n’ont toujours pas accès à l’électricité, d’une part à cause du manque de ressources (économies fragilisées ou à cause des conflits armés) et, d’autre part, pour des raisons géographiques (difficultés d’accès).
Selon la source citée plus haut, la croissance annuelle moyenne de la consommation d’électricité au niveau mondial est plus forte que celle de la consommation d’énergie primaire (avant transformation) : 2,4% contre seulement 1,5%. L’Asie est ainsi la première zone de consommation d’électricité, suivie de l’Amérique du Nord et de l’Europe. États-Unis, Union européenne, Chine et Russie, consomment plus de 60% de l’électricité mondiale.
Selon les dernières estimations de l’AIE (Agence internationale de l’énergie), la consommation d’électricité dans le monde devrait augmenter de 75% entre 2007 et 2030. Les pays en voie de développement seraient à l’origine de plus de 80% des nouveaux besoins, Chine et Inde en tête. Enfin, il est peut-être utile de savoir que près d'un tiers de l’énergie primaire disponible est “perdu” lors du processus de transformation en énergie finale comme l’électricité.
L’essentiel des pertes est dû aux centrales électriques et au rendement (mauvais) des autres usines de transformation. La rénovation des matériels est l’une des premières mesures qui a été prise dans le plan énergétique cubain. Même à supposer que le réseau de transformation algérien (centrales, usines…) soit très défectueux, il est difficile d’expliquer les affirmations du PDG de Sonelgaz.

R. S.


Publier votre réaction

Nos articles sont ouverts aux commentaires. Chaque abonné peut y participer dans tous nos contenus et dans l'espace réservé. Nous précisons à nos lecteurs que nous modérons les commentaires pour éviter certains abus et dérives et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à notre charte d'utilisation.

RÉAGIR AVEC MON COMPTE

Identifiant
Mot de passe
Mot de passe oublié ? VALIDER